Patricia Thoral et Michel Cronier, directrice et président de l’association « Ferme d’Ecancourt »

Ce mois-ci, rendez-vous à la ferme, oui, mais pas n’importe quelle ferme, celle-ci est plutôt originale et surtout participe largement à l’éducation des enfants (mais pas que …) de notre région. Alors, enfilez les bottes, nous vous emmenons à la ferme à la rencontre de Patricia Thoral et Michel Cronier, respectivement directrice et président de l’association « la Ferme d’Ecancourt ».

Bonjour Patricia, bonjour Michel, merci de recevoir les Echos. Votre ferme nichée au creux de la colline de l’Hautil est un véritable bijou ; elle a forcément une histoire, racontez-nous …

Patricia Thoral (PT) : Au moment de la création de la ville nouvelle de Cergy, vers la fin des années 70, dans le but de favoriser les rapports entre le milieu rural et le milieu urbain, l’idée est venue de sensibiliser les nouveaux habitants à l’environnement, en ciblant particulièrement les jeunes. Cet objectif s’est d’abord concrétisé par la forme d’un bus qui transportait les enfants des écoles et leur faisait visiter les exploitations agricoles du secteur. Ce n’est qu’en 1984 que cette ancienne ferme du XVIIIème siècle, qui appartenait à cette époque à l’EPA, (Etablissement Public Administratif) a été mise à notre disposition. Grâce à différents partenariats financiers, elle a été restaurée au fur et à mesure et le gîte de groupe a été ouvert en 1993. De nouvelles phases de rénovation sont en cours depuis un peu plus de deux ans et il reste encore à faire …

C’est une belle et grande aventure, et comment êtes-vous organisés ?

Michel Cronier (MC) : Effectivement nous sommes une association qui emploie actuellement treize salariés et comme toutes les associations loi de 1901, nous avons un conseil d’administration, un bureau, un président, etc.

Qu’est-ce qui vous a fait découvrir et vous investir dans ce projet ?

MC : Je travaillais dans la restauration, je suis cuisinier de métier et dans ma vie d’entreprise j’avais eu l’occasion de collaborer avec la Ferme. Lorsque j’ai eu un peu plus de temps libre, j’ai eu envie d’apporter ma contribution, dans un premier temps pour apporter mon expérience dans la préparation des repas (nous accueillons des groupes qui mangent à la Ferme) et par la suite, pour donner un coup de main ; il y a deux ans, il faut bien dire un peu par hasard, je suis devenu président.

PT : De mon côté, j’avais eu l’occasion de fréquenter la Ferme avec mes enfants lorsqu’ils étaient petits. Ensuite du fait de mon intérêt personnel, je suis devenue membre du conseil d’administration ; comme Michel, c’est en 2016 que je suis devenue directrice de cette Ferme qui me tient beaucoup à cœur.

Justement, revenons à cette Ferme, quels sont ses principaux objectifs ?

PT : Avant tout, nous avons pour vocation d’apporter notre contribution à la sensibilisation du public à l’environnement, au développement durable et à la biodiversité, un beau programme, non ? Pour mettre tout ceci en place, nous disposons de plusieurs moyens mais surtout d’une ferme pédagogique, avec des brebis (environ quatre-vingts), des chèvres (une vingtaine), trois vaches, des poules, canards, oies, dindons, des lapins et enfin une truie. Nous avons choisi des animaux de races en conservation ou à faible effectif, comme le porc de Bayeux. Nous avons aussi un gite qui peut accueillir quarante-six personnes et depuis l’an dernier, un jardin potager de 600 m².

MC : Cette ferme accueille des visiteurs (l’entrée est libre pour les particuliers, tous les jours de la semaine de 9 h à 18 h, les horaires sont différents le week-end) et surtout des groupes d’écoliers, de collégiens et parfois de lycéens. Ces enfants ont là l’opportunité de découvrir le milieu rural. Pendant une ou plusieurs journées, puisque nous disposons d’un gîte et d’un espace cuisine-restauration, encadrés par des personnes compétentes, ils peuvent, en fonction de leur âge et tout en s’amusant, voir comment on soigne et nourrit les animaux, assister à la traite, fabriquer du pain et découvrir la faune et la flore autour des bâtiments (notre domaine fait six hectares).

PT : Ces séjours leur permettent également de s’initier à la lutte contre le gaspillage alimentaire, en particulier en lien avec le poulailler, car les volailles mangent une grande quantité de déchets ménagers. Avec un peu de chance, ils peuvent également assister à l’éclosion des œufs, voir naître des poussins, un grand moment qu’ils ne sont pas près d’oublier !

Je comprends que cet accueil de jeunes enfants est une de vos activités principales. Parlez-nous un peu des autres.

MC : Toujours au niveau de l’accueil, nous recevons aussi des groupes de personnes en situation de handicap, des personnes en stage professionnel ou qui effectuent des travaux d’intérêt général dans le cadre d’une mesure pénale ou des jeunes adolescents en décrochage scolaire. Il y a aussi des « Bulles d’air », une animation à faire en famille, des sorties nature, les nuits de la chauve-souris et de la chouette, des projets autour de l’eau, etc. comme vous voyez c’est très varié.

PT : Depuis 2011, nous avons aussi mis en place de l’éco-pâturage. C’est un moyen écologique de remplacer le fauchage mécanique des espaces. De plus, nous avons remarqué que la présence des brebis ou des chèvres sur un terrain, et pendant un certain temps, favorisait la biodiversité ; cela génère un regain de la flore et de la faune. Chaque année au début du printemps, en 2019 ce sera les 13 et 14 avril, nous organisons la « transhumance de Cergy-Pontoise ». Encadrés par un berger et ses chiens, nous partons avec une quarantaine de moutons de la ferme et laissons des animaux à chaque étape, Maurecourt, Jouy-le-Moutier, Vauréal, Cergy et enfin Courdimanche.

MC : Ces deux journées sont très festives et nous sommes suivis par un grand nombre de personnes intéressées par cette marche. L’an dernier, avec l’aide d’une association de Menucourt, « Jakadiroule » et d’une centaine de bénévoles, nous avons permis à une trentaine de personnes à mobilité réduite de suivre la transhumance à l’aide d’engins appelés « joëlettes » ; ils étaient ravis ! J’en profite pour lancer un appel à vos lecteurs, pour ces journées nous avons toujours besoin d’aide, les volontaires peuvent nous contacter au 01 34 21 17 91.

Nous avons bien noté les dates de cette transhumance, participez-vous à d’autres évènements ?

PT : Bien sûr, début octobre, malheureusement elles viennent d’avoir lieu, nous proposons « Les journées d’automne ». Pendant un week-end, la ferme fait « portes ouvertes » et une quarantaine de stands est dressée : producteurs locaux, artisans, associations partenaires, buvette, crêpes et le soir nous organisons un grand repas champêtre en musique : cochon et mouton grillés au menu … L’année dernière, nous avons accueilli près de six mille visiteurs ! Il y a aussi chaque année, en général en mai, la très spectaculaire tonte des moutons.

MC : Nous participons aussi à des évènements extérieurs comme les journées du patrimoine naturel à Paris, la fête de la nature à Vauréal, les journées des écoles en partenariat avec le Parc Naturel Régional du Vexin …, les occasions pour sensibiliser le public au développement durable et à la biodiversité ne manquent pas.

Nous pouvons constater que vous apportez largement votre contribution à cette sensibilisation, mais comment financez-vous ce beau programme ?

MC : Nous avons un budget de 575 000 € financé à 80 % par les ventes (séjours et ateliers) contreparties de contrats aidés et les produits de la ferme (œufs, fromages, nous en fabriquons une quinzaine chaque jour …) ; les 20 % restants proviennent des subventions et des aides de nos partenaires, principalement la commune de Jouy-le-Moutier et la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise (CACP). Nous en profitons pour les remercier, mais aussi des partenaires privés tels que le Campus Véolia ou certaines fondations d’entreprises.

Et si nous parlions un peu projets …

MC : Bien sûr, nous en avons. D’abord la rénovation de notre poulailler. Cet enclos de 1200 m² est dans un état catastrophique ! Pour financer sa remise en état, 27 000 €, nous avons lancé, avec peu de succès pour l’instant, un appel au financement participatif ; nous envisageons d’autres actions car le besoin est urgent.

PT : En 2019, la Ferme aura quarante ans ! Nous fêterons dignement cet anniversaire en organisant, entre autres, un concours de dessin auprès des écoles dont les élèves ont déjà été accueillis dans nos murs. Nous prévoyons aussi de réaliser un film et un livre-mémoire qui retraceraient l’histoire de la Ferme d’Ecancourt ; ils permettraient en même temps de mettre en valeur toutes nos actions. Dans les cartons, il y a également la mise en place d’un atelier d’artistes, probablement au moment de la première semaine des vacances de février.

MC : Et bien sûr, il reste tous les travaux de rénovation et d’aménagement à terminer, comme vous voyez nous ne manquons pas d’objectifs …

Merci beaucoup Patricia et Michel pour toutes ces explications. Un grand bravo pour votre engagement et votre action au service de notre planète. Je pense que nos lecteurs seront intéressés par vos actions en ce splendide lieu ; attendez-vous à recevoir pas mal de visites les jours prochains.

 

Propos recueillis par Jannick Denouël

 

Contacts : 01 34 21 17 91

Site : www.ferme.ecancourt.fr ou sur facebook : https://facebook.com/ferme.ecancourt

Email : fermeecancourt.contact@gmail.com

Dans le but de nous permettre de rénover le poulailler, nous lançons une campagne de dons, à partir du lien suivant :https://www.helloasso.com/associations/ferme-d-ecancourt/collectes/renovation-du-poulailler-pedagogique