Jacqueline Auriol, l’aviation au féminin

Aviatrice de talent et femme passionnée, Jacqueline Auriol a su s’imposer dans un monde d’hommes. Grâce à sa détermination, elle obtient les diplômes les plus prestigieux et prend une grande place dans l’aviation française. Née en 1917, Jacqueline se sent attirée par l’art et l’histoire et s’inscrit à l’Ecole du Louvre. Avec son physique de mannequin, elle ne passe pas inaperçue dans les salons parisiens. Sportive et très belle, elle est considérée comme l’une des femmes les plus élégantes de la capitale mais en 1948 elle décide de rompre avec les mondanités.

La naissance d’une passion

1938 : elle se marie avec Paul Auriol, fils de Vincent Auriol, premier président de la IVème République (1947-1954) ; elle aidera d’ailleurs à l’embellissement de salles du Palais de l’Elysée pendant le septennat de son beau-père. Son mari l’emmène faire son baptême de l’air à Saint-Cyr. Par défi et par goût du sport, elle apprend à piloter un biplan Stampe et obtient ses brevets premier et second degrés en 1948. L’aviation devient alors une passion et elle passe à la voltige aérienne pour se perfectionner.

L’accident

Le 11 juillet 1949, elle est victime d’un terrible accident sur la Seine entre Meulan et Les Mureaux, alors qu’elle est copilote d’un prototype d’hydravion. Lors de ce vol d’essai, l’appareil vole trop bas et sa coque touche l’eau brutalement : l’amphibie bascule, happé par l’eau puis se retourne. Des trois passagers qui se trouvent à bord, Jacqueline est la plus gravement blessée : nez arraché, mâchoire fracturée, face écrasée. Elle retrouvera un visage humain après avoir subi pendant deux années une vingtaine d’interventions chirurgicales aux Etats-Unis.

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Records et récompenses

Avec beaucoup d’obstination, elle se remet à piloter. Le 21 décembre 1952, elle bat le record de vitesse féminin sur avion à réaction Mistral à la moyenne de 855 km/h. Sa grande rivale américaine Jacqueline Cochran lui reprend ce record cinq mois plus tard avec 1050 km/h. Le duel entre les deux Jacqueline, qui deviendront de grandes amies, passionne les foules durant des années. Dans un chassé-croisé sensationnel, elles enchaîneront les plus fabuleux records. Le 15 août 1953, la Française est la première Européenne à franchir le mur du son à bord d’un Mystère II.

Insatiable, la parisienne devient la première femme pilote d’essais en vol en 1954 ce qui lui permet de tester de nombreux appareils militaires dont les prestigieux Mystère IV, Mystère-20, Mirage III… Au cours de sa carrière, Jacqueline a effectué plus de cinq mille heures de vol sur cent quarante types d’avions différents. Le 21 janvier 1976, elle aura le privilège d’être la première femme pilote d’essai à piloter le Concorde sur l’un des vols commerciaux.

Son exceptionnelle carrière lui apporte de nombreuses décorations : grand officier de la Légion d’honneur, Grand-Croix de l’Ordre National du Mérite, Grande médaille d’or de l’Aéro-Club de France sans oublier quatre Harmon Trophy, récompense remise par les Etats-Unis pour l’exploit aérien de l’année.

Jacqueline s’éteint à Paris le 11 février 2000 entourée de ses deux fils. Elle repose auprès de son mari à Muret en Haute-Garonne.

Personne, peut-être, n’a autant reflété l’image vivante de la Française irrésistible. Dans les années 1950, au sommet de la notoriété, Jacqueline Auriol a incarné à la fois le charme, l’intelligence et le courage féminins aux yeux du monde entier.