Isabelle Rossigneux, présidente de l’association Ozecla à Vaux

Mais qu’est-ce qui se cache sous ce nom « Ozecla » ? Bien sûr, l’expression « rire aux éclats » nous vient à l’esprit, mais certainement pas associée au yoga, car c’est bien de cette discipline, le yoga du rire dont il s’agit. Alors, échauffez vos zygomatiques, nous partons pour une petite séance qui, nous l’espérons, déclenchera quelques belles rigolades…

 

Bonjour Isabelle Rossigneux ; j’ai été très intrigué lorsque j’ai vu votre association dans l’annuaire de la ville de Vaux. Yoga du rire, mais qu’est-ce donc ?

Oui, ça peut étonner. Eh bien le yoga du rire c’est une méthode thérapeutique pour rire, accessible à tous, qui nous vient de l’Inde. En effet dans les années 1990, un médecin indien de l’hôpital de Bombay, Madan Kataria, a fait le constat que parmi ses patients, ceux qui sont plutôt positifs, plutôt joyeux, ont tendance à guérir mieux et plus rapidement que les « grincheux ». Intrigué, il a compulsé des revues scientifiques relatives au rire et ses recherches l’ont amené à découvrir que plusieurs publications démontraient les bienfaits du rire sur le corps et l’esprit humain. Il en a retenu deux faits majeurs scientifiquement prouvés. D’abord, notre cerveau ne fait pas la différence entre un rire naturel et un rire volontaire ; le rire envoie le même stimulus positif à notre cerveau. Ensuite, il faut au moins quinze à vingt minutes consécutives de rire pour que le sang évacue ces substances nocives que sont les toxines et pour qu’il commence à secréter les fameuses hormones du plaisir, les endorphines.

Madan Kataria a eu à ce moment l’idée de concevoir une méthode pour rire sans raison ; avec sa femme Madhuri, professeur de yoga, ils ont créé des techniques combinant respirations profondes, étirements et exercices amusants qui stimulent le rire, le yoga du rire était né…

Vous voulez dire que c’est au cours de séances organisées, programmées, que l’on peut amener des personnes à rire, mais comment fait-on ?

Oui, c’est exactement ça. En général, une telle séance se compose de trois étapes : l’accueil avec un éveil corporel, puis entre dix et quinze exercices de rire et pour finir un moment de relaxation, de méditation pour intégrer, incorporer les bienfaits du rire. Cette séquence peut se faire allongé sur un tapis ou assis sur une chaise. Une telle séance peut se révéler très physique. Le professeur ou l’animateur qui la conduit doit faire preuve de créativité pour proposer de nouveaux rires ; il doit explorer de nouvelles thématiques, éviter la routine et créer la surprise et le mouvement.

De votre côté, comment avez-vous connu le yoga du rire ?

En 2015, une collègue et amie m’a proposé de participer à un stage de cette discipline. Je ne savais pas du tout de quoi il s’agissait mais comme je suis un peu clown et aime les défis, sans chercher à en savoir davantage, j’ai répondu « chiche ! ». Nous sommes donc parties à trois pour découvrir cette formation animée par Fabrice Loiseau de l’Institut Français du Yoga du Rire & Rire-Santé. Cette expérience nous a bouleversées et c’est à ce moment que nous avons créé « Ozecla ».

Cette même année, 2015, j’ai opté pour le plan de départ volontaire de l’entreprise PSA et me suis inscrite à une formation dans une école d’art-thérapie.

Vous dites que vous étiez un peu clown, vous aviez déjà connu une expérience dans ce domaine ?

Effectivement, je fais partie de « Soif compagnie », une troupe de théâtre vauxoise créée par Claire Astruc. L’un de nos spectacles, Les clowns de la gloire, que toute la troupe a pris beaucoup de plaisir à jouer, nous a permis d’explorer ce rôle de clown dans son ensemble. Pour autant, « trouver son clown » n’est pas si facile. Le clown ne cherche pas à faire rire, il est simplement authentique, naturel, sans filtre et laisse s’exprimer l’enfant qui est en lui. C’est un vrai travail de déconstruction du contrôle de soi ; c’est le côté spontané qui doit prendre le dessus. Et pour finir, dans tous les cas, c’est la poésie et le rire qui l’emportent… et quel plaisir de partager !

Parlons un peu de votre association « Ozecla », vous y animez donc des séances de yoga du rire ?

Oui, elles ont lieu une fois par mois, le vendredi de 19 h 30 à 20 h 30 à l’espace Marcelle-Cuche à Vaux, c’est un bon moment pour préparer le week-end ; elles réunissent une dizaine de personnes, actuellement uniquement des femmes de tous âges, qui ont un point commun : l’envie de rire !

Je crois savoir que parallèlement vous avez créé une petite entreprise dont le but n’est pas très éloigné du yoga du rire, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Vous êtes bien renseigné. En effet, après ma reconversion professionnelle, j’ai fondé Le débrouill’art, une petite structure qui a pour but d’aider à redonner un sens à sa vie ou de retrouver l’estime de soi à travers la création artistique. Je suis médiatrice en relation d’aide, c’est assez proche de l’Art thérapie.

Je propose mes ateliers dans des établissements comme les maisons de retraite, les centres psychiatriques, les écoles et aussi dans les entreprises. J’ai animé dernièrement, pour un séminaire de la société Veolia, une séance de yoga du rire à laquelle ont participé soixante-quinze personnes.

C’est aussi Le débrouill’art qui me permet de faire des formations aux futurs animateurs ou animatrices du Yoga du rire.

Le rire semble avoir une très grande place dans toutes vos activités, mais pourquoi « yoga », ce n’est pas uniquement lié aux origines indiennes de cette méthode ?

Il y a effectivement un peu de l’Inde dans le Yoga du rire mais plus spécifiquement le recours à des respirations yogiques permet de maintenir le diaphragme en activité entre deux exercices de rire… ce qui nous garantit d’avoir vingt bonnes minutes de rire continu, qui permettent un bon nettoyage de notre organisme.

Je voudrais aussi ajouter que le yoga du rire n’est pas seulement un artifice pour rire, sa pratique régulière permet de « muscler » son rire ; plus on rit, mieux on se sent et plus la vie nous sourit ! C’est le cercle vertueux du rire ; il modifie notre carte mentale et nous permet de prendre un peu de distance avec les difficultés de la vie et d’avoir beaucoup d’énergie et de créativité pour les surmonter.

Le yoga du rire est également excellent pour la santé : il agit sur notre cœur et sur l’ensemble de notre corps. Au palmarès de ses multiples bienfaits, il aide à la lutte contre les maladies cardio-vasculaires, diminue la sensation de douleur, booste le système immunitaire, régule le sommeil, améliore les fonctions cognitives et chasse le stress…

Est-ce qu’il existe beaucoup d’associations telles que la vôtre en France ?

Oui, le yoga du rire est maintenant très répandu en France ; il est présent dans plus de cent vingt pays dans le monde.

Voilà nous arrivons au terme de cette interview, est-ce que vous auriez un dernier message pour nos lecteurs ?

Le yoga du rire, ça se discute comme nous venons de le faire, mais surtout ça se pratique ! J’invite vos lecteurs à l’expérimenter ; tout le monde est équipé et le rire est un langage universel.

Pour clore cet échange, j’aimerais partager la pensée du docteur Madan Kataria, qui présente cette méthode comme un vecteur de paix dans le monde : « Nous ne rions pas parce que nous sommes heureux, nous sommes heureux parce que nous rions ».

Un grand merci, Isabelle Rossigneux, pour ce bon moment au cours duquel nous avons mis en pratique vos principes et en ce début d’année, période propice aux bonnes résolutions, je propose à nos lecteurs d’en prendre une assez simple à appliquer : rions, riez ! Je rappelle aussi, et ça ce n’est pas pour rire que la journée internationale du rire aura lieu le 6 mai, à vos agendas…

 

Renseignements auprès de l’Association Ozecla à Vaux -, tel 06 07 84 51 97.

Pour aller un peu plus loin vous pouvez aussi visiter le site : www.yoga-du-rire-observatoire.infohttps://www.formation-yogadurire.fr

Propos recueillis par Jannick Denouël

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