Il y a quatre cents ans à Sainte-Anne d’Auray
L’année 2025 vient tout juste de prendre fin. Il n’est toutefois pas trop tard pour évoquer le quatre centième anniversaire de ce haut lieu de pèlerinage breton qu’est Sainte-Anne d’Auray.
C’était il y a un peu plus de quatre cents ans, en août 1623, ce soir-là, une Belle Dame en robe blanche se présentant comme Anne, mère de Marie, est apparue à Yvon Nicolazic, un pieux habitant du hameau de Keranna (la maison d’Anne) et à son beau-frère, un dénommé Le Roux. Un peu moins de deux ans plus tard, dans la nuit du 7 au 8 mars 1625, ce même Yvon Nicolazic fut guidé jusqu’à un champ voisin dans lequel la lumière d’un cierge allumé lui indiqua un lieu précis. En creusant, notre brave paysan breton ne tarda pas à déterrer une petite statuette en olivier représentant sainte Anne, celle-là même qui, depuis deux ans, ne cessait de lui envoyer des signes.
Il lui revint alors en mémoire le message reçu de la « Belle Dame » en 1623, « Je suis Anne, la mère de Marie, et je te demande de rebâtir ici une chapelle en remplacement de celle tombée en ruine… ». C’est à l’emplacement de cet ancien lieu-dit « Keranna », qu’est maintenant située la ville de Sainte-Anne d’Auray, devenue paroisse en 1937 et commune en 1950, un endroit où depuis 1625 on entretient le culte de sainte Anne.
Au milieu du sanctuaire trône « la Scala Sancta », le saint escalier inauguré en 1662. Un autre édifice, d’une architecture originale, plus ancien que le saint escalier, est le cloître des Carmes ; il abritait l’ancien couvent et date de 1641. La statuette découverte par Yvon Nicolazic a été brûlée en 1794 mais un habitant a cependant réussi à sauver un petit fragment des cendres ; il est maintenant enchâssé dans le socle de la statue exposée dans l’immense basilique dont la construction a débuté en 1866. A cette époque, le pèlerinage à sainte Anne était considéré comme « incontournable » pour tout catholique breton car tous la reconnaissent comme leur Mère ! Au XXe siècle encore, en particulier après la première guerre mondiale, les anciens combattants ont pris l’habitude de se retrouver dans ce lieu saint pour honorer leurs morts ; on sait que pratiquement toutes les familles bretonnes en comptent au moins un.
Actuellement, ce sanctuaire, lieu d’histoire, de culture et de spiritualité, accueille encore près de quatre cent mille visiteurs chaque année. Le fait que sainte Anne soit fêtée le 26 juillet, c’est-à-dire en pleine saison des vacanciers pour lesquels le golfe du Morbihan est une destination privilégiée, ajoute encore à la très haute fréquentation de ce lieu ; mais Sainte-Anne d’Auray n’est pas seulement un lieu de prière, c’est également un endroit où l’éducation a sa place. On y trouve un groupe scolaire, une académie de musique et d’arts sacrés et un centre qui joue un grand rôle dans la défense de la langue bretonne. Tout ceci explique que, Sainte-Anne d’Auray, sans doute dû à son ancrage profond dans la tradition, est considéré comme un espace de spiritualité qui est appelé à perdurer…
En 2025, année de jubilé, les célébrations qui ont eu lieu du 25 au 27 juillet dernier, date du traditionnel pardon, ont pris encore plus d’importance que d’habitude : veillées aux flambeaux, concerts, troménie (1), fest-diez, et nombreuses messes étaient au programme auquel a assisté le représentant du Pape, le cardinal Robert Sarah, qui a présidé la messe du jubilé.
Jannick Denouël
- La troménie a duré cinq mois au cours desquels une calèche tirée par un cheval de trait a parcouru 1 800 km à travers tout le diocèse en portant une statue de sainte Anne.

