La présence dans l’absence

Lorsqu’une personne qui nous est très chère, que nous aimons beaucoup, qui nous comble de sa présence par les paroles que nous échangeons et les évènements vécus ensemble, nous annonce son départ au loin, nous avons du mal à « encaisser » le choc de la séparation, de l’éloignement. Le vide relationnel va générer une souffrance, une frustration. Si cet ami qui s’en va nous laisse un objet qui lui est personnel, une photo ou autre chose d’intime qui l’identifie, la tristesse de la séparation sera atténuée. A travers ce témoignage d’affection, c’est cet ami qui reste présent sous une autre forme, vivant dans notre cœur.

En repensant aux disciples de Jésus, nous savons qu’une relation très étroite et affective s’était créée avec lui. Ils ont vécu des moments extraordinaires en sa compagnie par son enseignement, ses miracles, les fêtes en commun, les prières, … les conflits avec les Pharisiens et les autorités religieuses. Ils ont aussi vécu des moments cruels avec la perte de leurs illusions en une vie libérée du joug romain. L’arrestation de Jésus, leur ami, l’envoyé de Dieu, condamné pour blasphème par les Hébreux et transféré aux Romains pour y être exécuté non pas pour un motif religieux mais uniquement politique alors qu’il n’en faisait pas. On lui a volé le sens de sa mort.

Pour les disciples, tout s’est effondré, plus d’espérance de libération ; comment le Fils de Dieu peut-il mourir ? On imagine aisément leur détresse intérieure. Du fond de l’abîme dans lequel ils ont été plongés par la condamnation et la mort de Jésus, leur vie s’est trouvée radicalement transformée le matin de Pâques. En ressuscitant Jésus, Dieu a donné raison à toute son œuvre. Dieu valide tout ce que Jésus a fait au milieu de ses disciples. Ainsi l’espérance renait, la Foi est transformée dans un élan d’Amour, la vie est transfigurée à la Lumière de la résurrection.

Les retrouvailles ne sont que temporaires, Jésus annonce son départ définitif d’ici peu de temps. Pour apaiser la tristesse de ses amis et de l’humanité à venir, Jésus explique « qu’il part mais qu’il reste ? ». Certes, il ne sera plus visible mais son Esprit Saint sera toujours présent au milieu de nous… en nous. « Là où deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai présent au milieu de vous ». (Mt 18, 20)

Mieux, pour renforcer sa présence dans nos cœurs, il nous laisse un signe bien concret dans le pain et le vin eucharistique consacrés, corps et sang de Jésus. Dans la tradition hébraïque un individu ne peut pas exister sans corps et sans le sang qui lui donne vie. Quand Jésus dit le soir de sa passion : « Ceci est mon corps… ceci est mon sang » (Mt 26, 26-27), c’est tout son être qu’il donne au cœur de l’humanité. C’est le signe vivant de sa Sainte Présence permanente au milieu de nous.

C’est le cadeau souvenir de l’ami qui part en restant présent d’une autre manière chez ses amis. Restons fidèles à cette amitié, à cet Amour divin : « Faites ceci en mémoire de moi ». (Lc 22,19).

Yves Corvisy

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