La prière des malades à Saint-Nicolas-des-Champs

Il y a deux mille ans lorsque Jésus parcourait la Palestine, il guérissait, enseignait, pardonnait les péchés, annonçait le Royaume. Présent de manière visible parmi nous, il se laissait toucher, imposait les mains ou touchait les yeux des aveugles, purifiait les lépreux, remettait debout les paralysés, chassait les démons (guérissait de maladie psychique). Si on lit attentivement ces récits de guérisons (par exemple Mt 8, 9, Mc 1, 2, 3, Jn 4, 46, etc.), on constate que le malade guéri a joué un rôle pour sa guérison. A minima, sa foi a permis cette guérison. Rappelons-nous sa réponse aux disciples de Jean-Baptiste venus l’interroger s’il était le Messie attendu : « Allez annoncer à Jean ce que vous voyez et entendez : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les morts ressuscitent, et les pauvres entendent la Bonne Nouvelle » (Mt 11, 3-5). A l’inverse, le manque de foi empêchait Jésus de commettre ces guérisons (Mt 13, 58).

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Jésus est toujours présent parmi nous (Mt 18, 19-20) et des guérisons, à Lourdes ou ailleurs, ont toujours lieu. Par exemple, le jeudi se réunit en l’église Saint-Nicolas-des-Champs à Paris, une assemblée qu’on pourrait qualifier d’inhabituelle : la prière des malades. Elle débute à 17 h par la méditation du chapelet, se poursuit par un temps d’adoration, puis d’un enseignement ; s’ensuit une procession du Saint Sacrement parmi les fidèles et pendant cette procession, des personnes douées d’un charisme étonnant, annoncent des guérisons, à venir ou en cours, immédiates ou progressives, de malades présents ou non ; cette guérison peut aussi bien concerner le corps que l’esprit ; annoncer une restauration de la vie individuelle comme de la vie familiale. Ces paroles, qui annoncent des guérisons, sont dites « paroles de connaissances ». Juste avant cette procession, des témoignages de guérisons antérieures sont lus ou prononcés au pupitre par les personnes ayant été guéries.

L’assemblée des fidèles n’est pas inactive : elle porte dans sa prière ses proches souffrant, porte ses propres souffrances, invoquant le Seigneur Jésus-Christ par des chants de louange, dans une atmosphère de recueillement (elle n’invoque jamais l’intercession ni d’un saint, ni d’une mythologie plus ou moins superstitieuse) ; la musique accompagne sans effets tonitruants ni d’exubérance déplacée. L’assemblée (plus d’un millier de personnes) est diverse : personnes jeunes, âgées, catholiques ou athées, ou d’autres religions et de toutes origines (la France ultramarine est très présente).

Qui est guéri ?

Des malades présents dans l’assemblée, des malades qui suivent la prière à distance sur la chaîne YouTube de la paroisse, des personnes pour qui on a prié, sans qu’elles le sachent parfois. La guérison peut être immédiate ou différée, soudaine ou progressive. Pourquoi telle personne est guérie et pas moi qui implore la miséricorde du Seigneur depuis tant d’années ? On ne sait pas. Il serait tentant d’expliquer à Jésus ce qu’il devrait faire, qu’il devrait guérir du cancer telle jeune maman plutôt que de guérir d’une arthrose. Les signes du Royaume ne sont pas ceux que nous attendons, ils nous surprennent toujours.

Quelles sont ces paroles de connaissance et qui les prononce ?

Entre dix et vingt paroles de connaissance sont prononcées chaque veillée : « une personne ici présente perd anormalement la vue : le Seigneur la guérit, elle va recouvrer une vue normale » ; « le Seigneur visite et guérit une personne qui a des infections urinaires douloureuses ». « Le Seigneur donne à une personne la grâce de pardonner ». Ce charisme de la connaissance est un don accordé à la communauté, exercé par des personnes dont on a vérifié les bonnes dispositions : vie de foi, de prière, vie ecclésiale. La personne prétendant bénéficier de cette disposition suit une période probatoire, avant de prononcer elle-même une parole.

Et les témoignages ?

La paroisse reçoit chaque semaine plusieurs témoignages de personnes ayant été guéries, leur guérison étant en relation avec cette prière des malades du jeudi soir ; ce témoignage est appuyé par le médecin traitant qui lui seul se prononce sur la guérison et autorise (ou pas) la suspension des traitements. Il constate la disparition de symptômes, la récupération de capacités physiques auparavant très altérées, la fin d’angoisses ou d’addictions. Parfois il s’agit du vécu intime de la personne : réconciliation avec un passé douloureux (enfance difficile, séparation conjugale insupportable), relations sociales apaisées, … Éventuellement la médecine (et l’Église à sa suite) parlera de « guérison inexpliquée », jamais de miracle, ni même de « guérison inexplicable ».

La paroisse propose à la personne de témoigner de sa guérison devant l’assemblée, mais cela se fait plusieurs mois après réception d’un premier témoignage écrit. Un registre est tenu, à la fois des paroles de connaissances et des témoignages reçus, ce qui permet d’établir des correspondances, de vérifier la validité des témoignages, mais aussi d’apprécier la réalité du charisme des personnes annonçant ces guérisons.

Quel enseignement en tirer ?

Jésus convertit le cœur, restaure le corps, purifie l’esprit. Il a soif de nos prières : n’ayons pas peur de le toucher, car il porte nos souffrances jusque sur la Croix. Confions-lui nos manques, notre épuisement, nos larmes contenues, ce qui nous étouffe, même et surtout, si nous n’avons plus la force de prier. Acceptons de ne plus nous fier à nous-mêmes, laissons tomber nos défenses, laissons Jésus nous visiter, tels que nous sommes. Bien entendu, personne n’est obligé d’y croire, chacun est libre ; à chacun de se déterminer. Venez et voyez. Jugeons sur pièces, considérons les faits concrètement et non des réputations plus ou moins décalées ou exaltées. Il arrive que des faits indubitables ne puissent entamer des convictions établies, il arrive également que des préjugés paralysants soient pulvérisés par une foi intense.

Antoine Clave

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