Le Figaro fête des deux-cents ans
Du 14 au 16 janvier, une exposition dans la nef du Grand Palais retraçait le parcours de ce titre emblématique.
Voici quelques points de repère : fondé en janvier 1826 sous Charles X (la première parution date du 15 janvier), Le Figaro est à ses débuts une feuille humoristique, satirique, comme d’autres à l’époque (Le Corsaire, Le Diable boiteux, Le Satan). Ces journaux s’insurgent ainsi contre une prétendue liberté de la presse, d’où le nom de Figaro, emprunté au jeune valet qui dans une tirade dans Le Mariage de Figaro, plaide en faveur de la liberté de la presse : « […] Je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que, sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. »
Le chansonnier Maurice Alhoy et le romancier Étienne Arago sont à l’initiative de ce journal dans lequel, pour protéger leur anonymat, ils signent leurs articles de noms de personnages des pièces de Beaumarchais : comte Almaviva, Figaro, Bartholo, Rosine, etc.
La vie du journal est très chaotique jusqu’au 2 avril 1854 quand Hippolyte de Villemessant reprend Le Figaro et transforme en 1866 le petit journal pamphlétaire en grand quotidien. Théodore de Banville assure la critique théâtrale, Nadar la critique d’art,
y débute aussi Jules Vallès et les caricatures de Caran d’Ache (Emmanuel Poiré) et de Jean-Louis Forain égayent les pages du journal ; les « articles de genres » sont signés Daudet, les « études et portraits » Zola.
En 1874, Le Figaro revendiquant 15 000 abonnés et 56 000 acheteurs, son propriétaire l’installe au 26 de la rue Drouot. C’est dans ces locaux que son directeur, Gaston Calmette, sera tué de plusieurs coups de révolver le 16 mars 1914 par Henriette Caillaux, l’épouse du ministre des Finances.
En 1922, François Coty, riche parfumeur, actionnaire principal du Figaro est très controversé par les membres de la rédaction pour ses idées fascistes ; les lecteurs boudent le journal qui ne tire plus qu’à 18 000 exemplaires. Il déménage au rond-point des Champs-Elysées en 1925 et fait faillite en 1933.
A partir de 1936, Pierre Brisson prend le contrôle du quotidien, mais prisonnier de guerre, il ne retrouvera le journal qu’à Lyon, après son évasion. En juin 1940, le siège se replie à Bordeaux puis à Clermont-Ferrand et enfin à Lyon, rue de la Charité. Le journal est plusieurs fois suspendu par le régime de Vichy et les autorités d’occupation et en novembre 1942, Pierre Brisson en interrompt la publication. Le 23 août 1944 paraît le premier numéro du Figaro d’après-guerre avec la plume de François Mauriac de plus en plus présente et en 1946, paraît le Figaro Littéraire.
En 1974, Jean d’Ormesson est nommé directeur général et en 1975, le journal est vendu à Robert Hersant et va s’installer 37 rue du Louvre. Cette vente provoque une crise dans la rédaction et le départ de nombreux journalistes. Le quotidien sera complété de l’offre week-end avec Le Figaro Magazine (1978), Madame Figaro (1980) et Le Figaro TV Magazine (1987).
Serge Dassault rachète en 2004 l’ancien groupe de Robert Hersant. C’est donc un nouveau déménagement du siège au 14 boulevard Haussmann et le lancement d’une nouvelle formule dans un format réduit avec une organisation en trois cahiers thématiques (actualité internationale – économie – culture, mode et voyages). En 2023, le travail commencé en 1999 pour s’adapter aux mutations technologiques aboutit au lancement de la chaîne Le Figaro TV et de Figaro Radio.
Tout au long de son histoire, le journal aura employé, au milieu de milliers de journalistes et de chroniqueurs, de nombreuses célébrités tels qu’Emile Zola, Alphonse Daudet, Nadar, Colette, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Guy de Maupassant, Paul Claudel, Marcel Proust et, plus près de nous, André Maurois, Paul Morand, François Mauriac, Jacques Faizant, Alain Peyrefitte, Raymond Aron, Hélène Carrère-d’Encausse, Jean d’Ormesson ou Jean-Marie Rouart.
Bruno Gonin

