L’histoire extraordinaire de mère Yvonne-Aimée de Malestroit
C’est une histoire qui commence le 16 juillet 1901 à Cossé-en-Champagne en Mayenne ; ce jour-là, naît Yvonne Beauvais, une petite fille qui va beaucoup faire parler d’elle. Sa maman, institutrice, fait de nombreux remplacements et son papa meurt alors qu’elle a à peine 3 ans. C’est sa grand-mère, très pieuse, qui va faire son éducation et l’éveiller à la foi. Dès 9 ans, elle déclare vouloir devenir martyre et sainte. Elle écrit, avec son sang, une lettre adressée directement à Jésus : « ô Jésus, je me donne entièrement à toi et pour toujours » ; cette lettre sera retrouvée dans ses vêtements, après sa mort. A 15 ans, c’est décidé, elle veut devenir religieuse, donner de l’amour aux autres. En attendant, elle passe deux années en Angleterre puis suit des études à Paris tout en travaillant (elle écrit, peint, donne des concerts, fait des ménages, cuisine) au profit de familles pauvres des bidonvilles de la capitale.
A 21 ans, son destin bascule : victime d’une fièvre paratyphoïde, elle est envoyée en convalescence chez les sœurs Augustines de la Miséricorde à Malestroit, petite bourgade située entre Rennes, Brocéliande et Vannes. Elle a toujours le désir de devenir religieuse et demande à rester dans cette congrégation mais l’évêque de Vannes la jugeant trop « mystique », elle doit rentrer à Paris. Il va alors lui arriver des choses très étranges. Une nouvelle fois, elle souffre de typhoïde et sa température corporelle atteint 43°, son pouls est imperceptible…un médecin des hôpitaux de Paris, le docteur Suzanne Loth, l’ausculte et est abasourdie : elle détecte deux rythmes cardiaques ! Quelques instants plus tard, Yvonne revit comme si rien ne s’était passé !
Peu de temps après, Yvonne reçoit enfin l’autorisation tant espérée, commence son noviciat au monastère des Augustines de Malestroit et devient sœur Yvonne-Aimée de Jésus. C’est là que son dynamisme et sa volonté d’entreprendre étonne son entourage. Elle décide de construire une clinique afin d’y accueillir des malades et, bien que n’ayant aucune formation et à la grande stupéfaction des architectes, en dessine les plans ; cet hôpital ouvrira en 1929. Elle en deviendra directrice, puis, en dépit d’une très mauvaise santé, sera élue mère supérieure du monastère en 1935 ; elle n’a alors que 34 ans !
Elle s’occupe activement de l’organisation de l’établissement ; elle écoute ses sœurs avec bienveillance, prend soin des postulantes de plus en plus nombreuses et seconde les médecins. Des évènements surnaturels vont alors se produire : ainsi en 1941, préparant des colis destinés aux plus démunis, les personnes présentes dans la pièce ressentent soudain une impression de forte chaleur, ils s’aperçoivent que les vêtements de la mère supérieure sont percés de toutes parts et que des plaies apparaissent, comme si Mère Yvonne-Aimée voulait prendre sur elle toutes les blessures des autres : ce sont les stigmates de la Passion du Christ ! Et puis, dès le lendemain, on la retrouve, s’activant comme d’habitude, avec le même enthousiasme et la même joie qui la caractérisent tellement.
Ces faits curieux et inexplicables vont se reproduire maintes fois. Ainsi en février 1943, alors qu’elle est à Paris pour rendre visite à une autre religieuse, elle est arrêtée par les Allemands. Informé de sa disparition, le père Labutte, ami depuis près de vingt ans, décide de se rendre dans la capitale. Dans un livre (1) qu’il a écrit plus tard, il raconte que sur le quai il s’est trouvé tout d’un coup face à la mère supérieure en civil et qu’ils sont entrés dans la même wagon de métro. Elle lui confirma alors qu’elle était en prison, torturée par la Gestapo… Il comprit qu’il se trouvait devant un cas de « bilocation ». Mère Yvonne-Aimée était à la fois dans le métro et dans les prisons allemandes. Le milicien français qui pratiquait la torture confirmera d’ailleurs à la Libération qu’elle ne sentait rien, qu’on pouvait lui faire ce que l’on voulait sans qu’elle ne dise mot. Alors qu’elle est dans le métro avec le père Labutte et torturée par la Gestapo, plusieurs marins bretons affirment l’avoir vue ce même jour de février 1943 en tenue d’augustine sur l’Eridan, un navire de la Royal Navy, témoignage confirmé par Edouard Le Corre, officier mécanicien à bord de ce navire. C’est le cas le plus spectaculaire de trilocation vécu par Mère Yvonne-Aimée, mais on en a recensé cent cinquante et un dans la période allant de 1923 à 1948.

Mais l’histoire de cette sœur extraordinaire qui parlait allemand, russe et chinois, sans jamais avoir appris ces langues, ne se limite pas à ces évènements irréels. Pendant l’occupation, les blessés allemands ou français étaient soignés dans l’hospice tenu par les Augustines à Malestroit. Elles accueillaient aussi des résistants, en particulier du fameux maquis de Saint-Marcel très proche, cachaient des juifs et des parachutistes anglais et américains que Mère Yvonne-Aimée déguisait en infirmières, par crainte d’une inspection allemande… qui eut lieu en juin 1944. C’est pour toutes ces raisons qu’elle recevra, le 24 juin 1945, la Croix de guerre avec palme, à Saint-Marcel. Le 22 juillet de la même année, c’est le général de Gaulle en personne qui, se découvrant exceptionnellement, lui remet à Vannes la Légion d’Honneur « pour avoir caché et soigné à la clinique soldats alliés et résistants bretons ». Le 3 janvier 1946, elle est décorée de la médaille de la résistance et de la médaille de la Reconnaissance française et enfin, l’année suivante, ce sont les Anglais cette fois qui lui accrochent la « King’s Medal for Courage in the Cause of Freedom » !
Suite à ces décorations, elle répète : « Nous avons seulement pratiqué la charité ». Elle meurt peu de temps après, le 3 février 1951, d’une hémorragie foudroyante et est enterrée dans le petit cimetière du monastère des Augustines à Malestroit. Elle a 49 ans.
Voilà l’incroyable histoire de cette sœur aimée et admirée par la société, aussi bien civile que militaire ; mais son cas ne fait pas l’unanimité. On lui reproche de se mutiler pour attirer l’attention et d’inventer des bilocations. Il y a pourtant de nombreux témoignages, d’attestations de psychologues, neurologues, jésuites ; on trouve plus de soixante mille documents dans les archives du couvent de Malestroit…
Son procès en béatification est entamé en 1957. Le cercueil de Mère Yvonne-Aimée est ouvert et son corps exhumé. Celui-ci, qui baigne dans cinq centimètres d’eau, est intact… L’Eglise estime tous ces aspects surnaturels peu catholiques : bilocations, prophéties, miracles et autres phénomènes paranormaux. De plus, des publications superficielles sur les côtés insolites ou merveilleux de cette vie accélérèrent l’arrêt de sa Cause de canonisation, La procédure est donc stoppée en 1960, sur demande du cardinal Ottaviani. En 1984, c’est le cardinal Ratzinger (futur Benoit XVI) qui reprend le dossier. En 2004, Monseigneur Gourvès, évêque de Vannes, est victime d’un infarctus. Il doit désormais marcher avec une canne et part se reposer à … Malestroit où il va prier sur la tombe de Mère Yvonne-Aimée ; guéri miraculeusement, il fait tout pour faire avancer le dossier. En 2009, son successeur Monseigneur Centène, actuel évêque de Vannes, dépose une demande officielle de béatification, toujours en attente…
Jannick Denouël et Eric Le Scanff
On pourra aussi regarder sur « Le Jour du Seigneur » une émission intitulée « Mère Yvonne-Aimée de Malestroit ».
On lira aussi avec profit :
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Un amour extraordinaire de René Laurentin (Edition FX de Guibert, 1985) |
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Mère Yvonne-aimée de Malestroit en BD (2 tomes), scénario et dessins de Gaëtan Evrard (Editions du Signe) |
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Malestroit de Jean de Saint-Chéron (Grasset 2025) |
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Yvonne Aimée, telle que je l’ai connue de Paul Labutte (Editions François-Xavier de Guibert ) |





