Attention, changement d’heure !

Dans la nuit du samedi 28 mars 2020 au dimanche 29 mars, vous avancerez vos horloges d’une heure. À 2 h, il sera donc 3 h. Vous dormirez une heure de moins.

Dans la nuit du samedi 24 octobre au dimanche 25 octobre, vous reculerez (il y a RE dans octobre) vos horloges d’une heure ; à 3 h, il sera donc 2 h. Vous dormirez une heure de plus.

Beaucoup d’entre nous font remonter ce changement d’heure au septennat de Valéry Giscard d’Estaing qui, le 28 mars 1976, fit avancer d’une heure les aiguilles des montres des Français. Eh bien, c’est … une idée très ancienne.

ELLE DATE DE 1784

Photo : Wikipédia – Benjamin Franklin vers 1785, par Joseph-Siffrein Duplessis.

Elle est de Benjamin Franklin, l’inventeur du paratonnerre et est publiée le 26 avril 1784 dans le Journal de Paris, article dans lequel ce dernier explique qu’une meilleure synchronisation avec le soleil du temps d’activité ferait « …une immense somme que la ville de Paris pourrait sauver chaque année ! » cela en économisant sur les bougies qui éclairaient la nuit. « En six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a cent quatre vingt-trois nuits, sept heures par nuit d’utilisation de bougie. La multiplication donne 1 281 heures. Ces 1 281 heures multipliées par 100 000 (nombre de familles vivant à Paris à l’époque) donnent 128 100 000. Chaque bougie exige 1/2 livre de suif et de cire, soit un total de 64 050 000 livres. À un prix de trente sols par livre de suif et de cire, on en arrive à 96 075 000 tournois de livre. » … et en euros ?

L’idée fut reprise en 1907 par un certain William Willett. Son idée à lui fut bien d’avancer et retarder les montres. Dans une brochure intitulée Waste of Daylight (« Gaspillage de la lumière du jour »), il explique le processus. Son but était double :

  • passer ses loisirs à la lumière du jour ; sans compter ses six premières années, un homme gagnerait une année de « jour » à 28 ans, deux à 50 ans et trois à 72 ans ;
  • et, surtout et encore une fois, économiser l’énergie destinée à produire l’éclairage artificiel ; Willett l’estime, à £ 2546 834 pour la période avril-septembre de chaque année.

 

QUI REMONTE A 1916

Son initiateur en fut André Honnorat. Lors de la grande guerre, cherchant à faire des économies, l’idée de Benjamin Franklin refait surface et le mercredi 14 juin 1916 à 23 h … il est 24 h. L’Allemagne, l’Autriche et la Grande Bretagne ont déjà fait de-même. André Honnorat propose alors le vote d’une loi consistant à avancer l’heure légale d’une heure de manière à diminuer d’autant les consommations publiques d’énergie. La loi est finalement votée le 19 mars 1917 par 291 voix contre 177.

En août 1945 à la Libération, la France est à GMT+2 (heure allemande+1 et heure d’été+1) et le gouvernement prévoit de revenir en deux temps à l’heure vraie : moins une heure le 16 septembre 1945 et encore moins une heure le 18 novembre 1945. Mais un décret paru le 5 novembre annule ce deuxième changement d’heure pour une raison inconnue ! Bien que libérée, la France de 1945 reste à l’heure de l’occupant.

Nous disons « heure d’été », pourquoi pas ? Mais « l’heure d’hiver » n’est que le retour à l’heure normale. En fait, on se met à l’heure d’été et on revient à l’heure normale. On pourrait adopter une formulation simple en parlant d’heure normale – heure avancée. On saurait au moins ce qu’est la normale et dans quel sens il faut tourner les aiguilles des montres deux fois par an.

QU’EST-CE QUE L’UTC ?

On a décidé d’instaurer, le 1er janvier 1972, un temps universel standard qui serait la base de l’heure légale dans le monde. C’est l’Universal Time Coordinated (temps universel coordonné) U.T.C. Depuis 1978, c’est le temps légal en France.

Mais avant ? Nous savons qu’une année compte 365 jours un quart, durée approximative d’une révolution de la terre autour du soleil. Nous savons qu’un mois compte 28, 29, 30 ou 31 jours parce que c’est la durée approximative d’une révolution de la lune autour de la terre.

Nous savons qu’un jour est la durée d’une rotation de la terre sur elle-même.

Et pourquoi 24 heures (ou 2 x 12 heures) dans une journée ? C’est en Mésopotamie que l’on trouve la division du jour (de la journée ?) en 12 ou 24 heures, certainement chez les Babyloniens et même chez les Sumériens… et ce système est arrivé jusqu’à nous. Comme c’est le cadran solaire qui marque les heures (au moins quand il y a du soleil), il s’agit d’heures qui n’ont pas toutes une durée égale, puisque la durée du jour ou de la nuit varie selon les saisons. Les heures de jour et celles de nuit n’ont la même durée que deux fois par an, aux équinoxes.

L’invention des horloges, à la fin du XIIIème siècle va nous amener à avoir des heures « égales » ou de même durée… mais ces horloges vont devoir être réglées (contrairement au cadran solaire qui marquait la première heure aux premières lueurs du jour). Plusieurs façons de faire vont voir le jour suivant les pays, dont ce que l’on va nommer « l’heure française ». Deux séries de douze heures :

  • du milieu de la journée (mi-dies) au milieu de la nuit (mi-nuit),
  • du milieu de la nuit (mi-nuit) au milieu de la journée (mi-dies),

donc de midi à minuit et inversement. Il faudra penser à régler midi au moment où le soleil sera à son zénith (évidemment différent tous les jours) et les heures seront différentes d’une ville à l’autre. Il y a quarante-neuf minutes de décalage entre le zénith à Brest et le zénith à Strasbourg. Alors, les astronomes vont inventer « l’heure moyenne », c’est-à-dire l’heure française dont le midi a été calculé en moyenne sur l’année. Ainsi, tous les midis seront bien séparés de vingt-quatre heures. C’est la ville de Genève (les Suisses et la précision horaire !) qui l’adopte en premier, le 1er janvier 1780, Londres en 1792, Berlin en 1810 et Paris en 1826. L’heure moyenne prend pied petit à petit dans toute l’Europe.

Une autre heure va cependant bientôt s’imposer, avec l’évolution du chemin de fer : « l’heure du train » (qui sera celle de Paris) et qui va se juxtaposer à l’heure locale, mais … sur les quais, les horloges auront cinq minutes de retard ce qui permettra peut-être à certains retardataires d’avoir leur train. A cette époque en France, il y aura l’heure de Paris, l’heure locale et donc l’heure du quai ! Quel chaos en France et aussi en Europe. Et avec le développement du ferroviaire, commence à se poser la question d’une harmonisation du système horaire international.

Après différents débats lors de congrès de géographie, en octobre 1884, le président des Etats-Unis, Chester Arthur, convoque la « Prime Meridian Conference » afin

Photo : Wikipédia – Chester A. Arthur en 1882.

de fixer un méridien zéro comme base de calcul d’un temps standard autour de la terre. Trois propositions feront l’objet des débats et une nouvelle confrontation (guerre ?) entre Français et Anglais verra le jour : méridien de Paris ou méridien de Greenwich ? Les Etats-Unis avaient déjà adopté le méridien de Greenwich depuis 1883 (standardisation des heures ferroviaires dans le pays), d’autres l’ayant utilisé pour la navigation, la bataille est perdue pour les Français et, le 22 octobre, la résolution finale est votée : « La conférence propose […] l’adoption du méridien passant par l’observatoire de Greenwich comme méridien initial » (22 pour, 1 contre-Saint Domingue-, 2 abstentions-Brésil et France). Nous voici donc avec l’heure GMT (Greenwich Mean Time) ou Temps Universel (TU), que le monde entier va adopter !!

Loi du 14 mars 1891 : « L’heure légale, en France et en Algérie, est l’heure temps moyen de Paris. », la France ignore donc Greenwich et aura 9 minutes et 21 secondes d’avance sur nos voisins mais se ralliera tout de même à l’heure GMT le 9 mars 1911 par une pirouette définissant ainsi l’heure légale : « l’heure du temps moyen de l’observatoire de Paris retardée de 9 minutes 21 secondes ». Pas un mot de Greenwich ! Et la journée française fera 24 heures et non plus 2 x 12 heures (mais le cadran de nos montres analogiques restera divisé en 12 secteurs).

Aujourd’hui, toutefois, l’heure « GMT », a été remplacée par le Temps Universel Coordonné (UTC), comme référence mondiale pour la mesure du temps. Jugé plus fiable, celui-ci est défini par un réseau d’horloges atomiques et est régi par le Bureau international des poids et mesures situé… en région parisienne (Sèvres)… Cocorico ! Cela paraît simple de confier la mesure du temps à des horloges atomiques, mais la vitesse de rotation de la terre qui a servi pour définir la durée d’une seconde en 1820 n’est plus la même aujourd’hui sous l’effet combiné des marées, des vents, des mouvements du noyau. Notre planète ralentit ! Et de temps en temps, nos années durent 365 jours et …1 seconde. Il en fut récemment ainsi en 2015 (1 seconde de plus le 30 juin) et en 2016, où l’on dut compter le 31 décembre : 5…4…3…2…1…1…bonne année !

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