Cendres

Le 22 février, les catholiques entrent en Carême. L’ouverture de ce temps de préparation à Pâques, la plus grande fête des chrétiens, se fait le « Mercredi des Cendres ».

Mais pourquoi des « cendres » ?

L’usage des « cendres » était très répandu dans la plupart des religions antiques et souvent associé à la « poussière ». L’un ou l’autre de ces mots symbolisent à la fois le péché et la fragilité humaine, d’où les nombreux passages de la Bible s’y référant. Dans la Genèse lorsque Adam et Eve sont chassés du paradis terrestre, le Seigneur leur dit : «A la sueur de ton visage, tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras ». (Gn 3,19) et lors qu’Abraham intercède auprès du Seigneur pour sauver la ville de Sodome, il dit ; « Je vais me décider à parler à mon Seigneur moi qui ne suis que poussière et cendre » (Gn 19,27).

Le pêcheur qui prend conscience de sa faute s’assoit sur la cendre, tels Job et Jonas.

« Ils se mettent de la poussière sur la tête, ils se roulent dans la cendre » lit-on encore dans le livre du prophète Ezéchiel (Ez 27,30).

Le livre de la Sagesse parle d’un « cœur qui n’est que cendre » (Sg 15,10).

Si la cendre est symbole de pénitence, elle exprime aussi la tristesse de l’homme écrasé par le malheur, sans doute parce qu’on suppose un lien entre péché et malheur. On retrouve ce sentiment encore aujourd’hui : « Qu’ai-je fait pour mériter cela », autrement dit quelle faute ai-je commis pour tant souffrir ? Job au plus fort de sa détresse s’écrie : « Il m’a jeté dans la boue me voilà devenu poussière et cendre ». C’est plus encore quand frappe le deuil que cendre et poussière s’imposent : « Toi mon peuple, revêts le sac, roule-toi dans la poussière. Comme pour un fils unique, fais tous les rites du deuil… » (Jr 6,26).

Se couvrir de cendre c’est donc faire une sorte de confession publique. Après l’évangile et l’homélie de la messe du mercredi des cendres, les fidèles qui le désirent sont marqués d’un peu de cendres sur le front ; à chacun le prêtre rappelle les paroles de la Genèse : « Memento homo quod pulvis es et in pulverem reverteris » « souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ». Une autre formule peut aussi être employée : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile », car celui qui reconnaît son pêché est appelé à se convertir, à prendre un autre chemin.

L’imposition des cendres, instituée par le pape Grégoire I, le Grand (saint Grégoire), à la fin du VIe siècle, est un rite, un « sacramental (1) » dont le but est de faire revivre et de relier les grands évènements de l’histoire du salut dans l’aujourd’hui de notre liturgie.

Le carême dure quarante jours en souvenir des quarante années passées dans le désert par le peuple hébreux et des quarante jours de jeûne du Christ au désert avant sa vie publique. Jadis très marqué par de strictes règles de jeûne et d’abstinence, l’Eglise a bien assoupli ces contraintes, insistant sur la prière et le partage. Elle maintient pourtant le jeûne le mercredi des Cendres et le Vendredi saint et l’abstinence de viande les vendredis de Carême.

Le carême qui débute par le rite des cendres est certes un temps qui nous appelle à la pénitence, aux privations, mais accueillons-le surtout comme un temps de renouveau qui nous sort de la routine dont nous nous plaignons si souvent !

(1) Sacramental : rite qui ressemble, mais aussi diffère des sept sacrements. Les sacramentaux sont beaucoup plus nombreux : les bénédictions de l’eau, des récoltes, des bateaux, d’objets (médaille)… consécration des églises ainsi que les rameaux rappelant l’entrée du Christ à Jérusalem, célébré dimanche de la Passion, début de la semaine sainte, appelé aussi dimanche des Rameaux.

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