Comme un long samedi saint

Comme un long samedi saint. Un enfouissement dans le silence. Le silence que produit la mort quand elle frappe et interroge chaque vie. Le silence de la guerre, le silence d’Auschwitz, le silence d’un génocide, le silence d’une épidémie… « Le soleil cessa de briller, l’obscurité se fit sur tout le pays…le rideau suspendu dans le temple se déchira par le milieu. Jésus s’écria d’une vois forte: « Père, je remets mon esprit entre tes mains ».

Un enfouissement dans le silence de la foi. Comme un long samedi saint, les rites religieux, les signes religieux disparaissent…pour laisser place à un espace ouvert à la contemplation, à l’adoration. Tout se voile pour inviter à « la prière en esprit et en vérité ». C’est le moment de la foi, celle d’Abraham qui avance, quittant tous repères terrestres ou religieux, pour s’appuyer comme les mages, sur la seule lumière qui peut rester dans un cœur quand tout s’obscurcit. « Je vous chéris tant mes nuits solitaire » disait la juive Etty Hillesum au cœur de la nuit du camp de Westerbork. Et sans cesse, elle se répètera: « Je veux écouter en profondeur ».

Ce n’est pas seulement un temps d’approfondissement, mais aussi un temps de communion plus large. Si le religieux s’efface, c’est pour sentir dans nos chairs et dans nos âmes, la communion de tous les enfants d’Abraham, ceux et celles qui sont au front dans les guerres entre les hommes ou contre les virus, ceux et celles qui sont abandonnés dans les camps gréco-turque ou dans les Ehpad, ceux et celles qui, dans les actes et la prière, espèrent contre toute espérance. Voilà que la Promesse n’est pas réservée seulement ou d’abord à telle observance ou pratique, mais est donnée à tous ceux qui se rattachent à la foi d’Abraham, lui qui est notre père à tous, car il a simplement cru contre toute espérance. Et combien, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, de toute langue, de toutes cultures, de toutes religions, luttent et aiment jusqu’au bout. Ils sont une multitude qui se reconnaîtront au banquet final.

Comme un long samedi saint. Dans la nuit, comme les mages ou comme Abraham, seule compte la lumière de la foi, l’étoile de la présence dans le cœur de l’être humain. « Ils ne virent plus que Jésus seul ». Pour répondre à notre appel de chrétiens, nous savons le chemin. Descendre, s’incarner au milieu des autres, en ne voyant que Jésus seul. Il ne cesse de descendre… jusqu’à la croix. En voyant les prisonniers qui ne sont plus visités, les malades qui meurent sans l’accompagnement d’une prière, les morts enterrés sans l’accompagnement des familles, les soldats du front qui sont épuisés…Beaucoup diront avec le psaume 73: « On ne voit plus les signes de ta présence, il n’y a plus de prophètes et personne parmi nous ne sait jusqu’à quand tout cela durera ».

Comme un long samedi saint. Sans trop d’échappatoire au silence. Sans trop de distractions par les réseaux sociaux qui nous permettent pourtant de rester attentifs. Sans peur du vide de nos agendas. L’heure du samedi saint, c’est l’heure de la foi qui déborde en charité, c’est l’heure de la charité qui est la cause unique de la mission.

Père Baudoin de Beauvais

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