Couple, Famille et société

A l’heure des interrogations sur le couple, des prises de positions sur le mariage, un temps de réflexion sur la famille ne me semble pas superflu. Une conférence de l’historien et politologue René Rémond, aux Semaines sociales de1995, inspire largement cet article.

La famille est incontestablement le fait social le plus ancien de l’humanité, il devance tous les autres. On dit même que c’est la famille qui aurait engendré les sociétés. C’est le phénomène premier, la cellule initiale, antérieur à l’Histoire. Il s’agit alors d’une donnée naturelle, biologique : l’humanité a été créée sexuée et c’est bien ce que dit la Bible : « Dieu créa l’homme à son image à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Genèse I, 23). « Le couple procède de la différence des sexes, de leur attirance réciproque, du désir de se reproduire et de perpétuer l’espèce. Tels sont les fondements biologiques de la famille ». Si l’origine de la famille est biologique, il n’en reste pas moins que les sociétés vont la réglementer et elle devient un fait de société, passant ainsi de l’ordre naturel à celui du culturel, du social.

Ce passage est capital mais il n’est pas le seul car l’accouplement de deux existences est chose trop importante pour le laisser aux caprices des individus qui pourraient prendre des orientations préjudiciables à la survie de l’espèce humaine et à la transmission des biens.

Ce fut alors l’intervention du Politique, le rôle du droit qui fait de la famille une institution codifiée dont il fixe les règles. C’est bien en effet le devoir de l’autorité politique de préserver la cohésion de la cellule familiale, de veiller à la durée du mariage, voire même de sanctionner les infractions, en un mot de faire respecter les principes établis.

Une troisième étape vient en quelque sorte compléter les données naturelles et sociales de la famille, elle est d’ordre spirituel. Son rôle n’est pas uniquement de perpétuer l’espèce, de transmettre la vie et les biens matériels, mais aussi de transmettre des valeurs, d’éduquer les êtres. C’est alors que la Religion est intervenue, elle a prêté main forte à l’ordre social en sacralisant ses règles, en énonçant la procréation comme fin première du mariage. Le christianisme consacre l’union de deux personnes ; la sainteté du mariage n’est pas seulement celle du contrat puisqu’elle établit une analogie entre l’union des époux et la relation entre le Christ et son Eglise, lui conférant ainsi une signification mystique. Le sacrement du mariage entérine de fait le consentement libre de l’homme et de la femme, mis sur un pied d’égalité. Ainsi, de la détermination par le biologique on est passé à l’exercice de la liberté spirituelle.

De données naturelles, la famille est devenue une création de l’histoire et par le fait même il y eut bien des diversifications des modèles familiaux car par nature l’histoire est diversité.

On ne peut donc parler de la famille au singulier. L’archétype du mariage dans nos pays occidentaux, façonné par l’Antiquité et le Christianisme et reconnu par la société est celui du couple homme – femme, consentant librement à s’unir. Le code civil ne reconnaît de droits qu’aux couples conformes à ce modèle et se reconnaît même le droit de punir les comportements hors normes. Le mariage a pour fin de mettre des enfants au monde qui seront des citoyens pour la société et de plus, pour les chrétiens, des fidèles à l’Eglise. Il donne lieu à un acte officialisé dans les registres d’état civil durant une cérémonie à la mairie et devant témoins. Elle peut être suivie d’un mariage religieux dont l’origine sacramentelle remonte au XIIe siècle et était jusqu’à la Révolution française l’unique célébration de l’engagement des couples. Si les sentiments ont pris aujourd’hui la première place, c’était loin d’être le cas jadis où la raison, passant souvent par les intérêts matériels, l’emportait. Sans lui dénier la place de l’amour qui en est le ferment, le mariage n’est pas un acte individuel mais de portée sociale ; il met la famille au cœur de la société avec ses droits mais aussi ses devoirs.

Nous assistons à un ébranlement du modèle classique du mariage allant même jusqu’à la remise en question de son fondement biologique garant de la pérennité de la race. Le choix de la raison s’impose, bien au delà de toute conviction philosophique ou religieuse.

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