Deux Papes, deux Saints

Le 27 avril dernier, les rues de Rome, « la ville éternelle », ont connu une agitation sans précédent ; en effet ce jour-là, le pape François a procédé à la canonisation de deux papes, différents certes, mais chacun exceptionnel par son style et ses qualités : Jean XXIII et Jean-Paul II. Mais qui sont donc ces papes que l’on qualifie souvent, à juste titre, de « preneurs d’hommes » !

Jean XXIII, Angelo Roncalli à l’état civil, est né en 1881 à Sotto il Monte, une petite ville du nord de l’Italie, dans une famille de paysans. Il manifeste très tôt un grand intérêt pour la vie ecclésiastique et à la fin de l’école élémentaire, prépare au prestigieux collège de Celana l’entrée au séminaire diocésain. C’est à celui de Bergame qu’il entre en 1892 ; il s’y montre rapidement brillant et obtient son doctorat de théologie en 1904, année où il est ordonné prêtre. Après avoir commencé des études en droit canonique à Rome, il est nommé secrétaire du nouvel évêque de Bergame, une tâche qu’il assumera pendant dix ans. Pendant la guerre de 1914-1918, il est chapelain auprès des blessés hospitalisés dans les hôpitaux de Bergame ; son humanisme et sa grande générosité sont appréciés par tous les soldats.

A partir de 1920, quand on lui confie la responsabilité du dicastère de la propagation de la foi au Vatican, il est appelé à beaucoup voyager. Nommé évêque, il part en tant que visiteur apostolique pour la Bulgarie en 1925 ; il a alors la charge de pourvoir aux nombreux besoins de la petite communauté catholique bulgare. Il y restera dix ans pendant lesquels il réussira à réorganiser l’église dans ce pays et aussi à poser les premières bases d’œcuménisme avec l’église orthodoxe. C’est ensuite en Turquie et en Grèce, pays sans relations diplomatiques avec le Vatican qu’il jouera ce rôle. Pendant la seconde guerre mondiale, il aidera de nombreuses familles juives et portera assistance à la population grecque affamée. A la fin de la guerre, il rejoint la Nonciature de Paris ; là, ses talents diplomatiques vont être mis à rude épreuve : le gouvernement provisoire exige, pour collaborationnisme, la destitution d’une trentaine d’évêques. Il réussira à ramener ce chiffre à trois ! Il tisse alors de très bons rapports avec certains membres du gouvernement français. Créé Cardinal en 1953 par Pie XII, il siège à Venise et est élu Pape le 28 octobre 1958 à soixante-dix-sept ans. Rapidement, son style tranche avec celui de son prédécesseur, son humanisme et son souci de donner une empreinte pastorale à son ministère séduisent tous les observateurs. Il multiplie les contacts avec les fidèles, va dans les paroisses, visite les hôpitaux, les prisons…

Mais ce que l’on retient surtout de ce pape « souriant », restera sans aucun doute l’ouverture du concile Vatican II qui va amener un grand souffle de modernité dans l’église catholique. Il ne s’agit pas de révolution mais de « réexposer la doctrine traditionnelle de manière plus adaptée à la sensibilité moderne ». Tous les témoignages recueillis au soir de sa mort, le 3 juin 1963, montrent s’il en est besoin combien il a été admiré, respecté et aimé !

 

Le contexte dans lequel a grandi Karol Wojtyla, futur Jean-Paul II, est totalement différent.

Il nait en 1920 dans une Pologne qui venait de retrouver l’indépendance politique perdue depuis la fin du XVIIIe siècle. Il aura l’occasion de partager une grande part de tous les drames que son pays va connaître tout au long du XXe siècle, en particulier à partir de 1939 quand il est partagé entre l’URSS et l’Allemagne nazie, puis après la guerre quand il est soumis au totalitarisme communiste. Avant d’entrer au séminaire, Karol Wojtyla poursuit des études de lettres à l’université de Cracovie, ville du sud de la Pologne, pas très loin de Wadowice où il est né, mais le service de travail obligatoire imposé par les occupants, va les interrompre. Il travaillera alors pendant presque quatre ans dans une carrière de pierres puis dans une usine de produits chimiques. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles il a toujours été à l’écoute des problèmes sociaux.

Dans le même temps, il fait partie d’une troupe théâtrale qui se produit dans la clandestinité ; il a d’ailleurs écrit plusieurs pièces pour ce groupe et a toujours eu beaucoup d’attirance pour la poésie. Il entre en 1942 au séminaire de Cracovie, alors clandestin, tout en conservant son emploi d’ouvrier et est ordonné prêtre en 1946. Il est alors envoyé à Rome pour y poursuivre des études. Il est hébergé au séminaire belge ce qui explique sa très grande aisance en français. Appelé à Cracovie en 1949 pour y exercer une activité pastorale orientée vers les jeunes, il continue à étudier et devient professeur à l’université de Lublin en 1954 ; il sera titulaire de la chaire d’éthique en 1957. Il est ensuite nommé évêque de Cracovie en 1958 et participe en 1962 au concile Vatican II ouvert par le pape Jean XXIII. C’est pendant ce concile que Paul VI le nomme archevêque de Cracovie en 1964, puis cardinal en 1967. En 1976, il est invité par Paul VI à prêcher les exercices de carême de la Curie romaine. Il est cardinal électeur au conclave réuni en 1978 après la mort de Paul VI et participe à l’élection de Jean-Paul 1er qui meurt un mois plus tard. Le cardinal Karol Wojtyla est élu pape le 16 octobre 1978 : il devient Jean-Paul II.

Un de ses principaux objectifs sera de mettre en application le concile Vatican II ; dans ce sens il promulgue un nouveau code de droit canonique en 1983. Il a aussi beaucoup œuvré pour l’œcuménisme et va ouvrir un dialogue avec toutes les communautés chrétiennes non catholiques. En posant des gestes très symboliques, visite de la mosquée de Damas, rencontres de jeunes musulmans à Casablanca, prière interreligieuse à Assise, il a également beaucoup fait pour le rapprochement avec le judaïsme et l’Islam. En soutenant le mouvement ouvrier Solidarnosc, en visitant à plusieurs reprises la Pologne communiste, il a aussi incontestablement joué un très grand rôle dans la chute du communisme en Pologne en 1989. Très sportif, ce pape « voyageur » sera malheureusement atteint de la maladie de Parkinson dont les traitements n’arriveront pas à enrayer le développement ; il décède le 2 avril 2005 au Vatican.

Voilà un court résumé de ce qui fût la vie de ces deux grands papes. Chacun à leur façon, par leur personnalité hors du commun, ils ont marqué de leur empreinte presque cinquante années de la vie du monde et figurent incontestablement parmi les grands hommes du XXe siècle !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *