Eloge de la femme

Je me suis réjoui, comme sûrement beaucoup d’entre vous, à la nouvelle des deux lauréats du prix Nobel de la paix. Denis Mukwege est chirurgien et répare depuis des années des milliers de femmes victimes de viol. Il vit en permanence sous escorte et ne peut sortir de son hôpital sans être fortement protégé. Il faut s’étonner que son action puisse déranger même le président Kabila. L’autre lauréate se nomme Nadia Murad, femme Yézidi, qui a connu l’enfer Daech avec viols collectifs et mariage forcé. Elle a réussi à se sauver grâce à une famille musulmane et vit aujourd’hui en Allemagne, pays dont elle loue l’esprit d’accueil.

Ma joie est profonde de voir, à l’occasion de ces nominations, la cause des femmes promue et défendue. Sans doute que ma vénération pour la femme et mon effroi devant tout ce qu’elles endurent de par le monde, hier et aujourd’hui, tient à mon amour et mon admiration pour ma propre mère. Et, un jour devenu curé à Mantes de la paroisse du Val-Fourré, j’ai pu découvrir la beauté et la force intérieures de bien des femmes de toutes cultures et religions. J’ai vraiment compris alors que la femme, bien que souvent opprimée et bafouée, était la vraie force de l’humanité.

Souvent, devant des hommes étonnés ou sceptiques, je souligne que la femme doit être première servie, alors que, à table, le plat m’est présenté selon l’usage que des ecclésiastiques doivent être servis en premier. Je réponds que je ne serais pas prêtre si je n’avais pas eu la maman que j’ai eue et que dans le récit de la création la femme est créée en dernier, au terme d’une longue progression qualitative qui va des plantes aux animaux, puis l’homme puis la femme. La femme, dernière créée, est donc la plus belle réussite de Dieu et mérite tous nos égards. Un silence gêné s’installe !

Le récit de la création nous dit plus, pour ceux qui veulent bien apprendre à lire la Bible. La femme est créée dans le sommeil de l’homme, tirée de la côte d’Adam, d’une blessure sur le côté. Que nous dit cette histoire qui parle de chacun de nous, quand j’explique devant des regards étonnés qu’Adam ou Eve n’ont jamais existé réellement mais que ce récit veut nous dire quelque chose de profond et universel sur chaque homme et chaque femme. L’autre, et plus spécialement la femme, nous est confié. Le sommeil est passivité et cela veut dire que nous ne devons pas mettre la main sur l’autre pour le dominer ou le posséder. Voilà que ce récit, s’il était reçu, médité et vécu, changerait bien la vie des femmes qui sont souvent dominées, pour ne pas dire exploitées. Recevoir la femme comme un don et un mystère, voilà la vocation de l’homme. L’aimer à côté de lui, en portant la blessure de ne pas l’aimer assez ? C’est bien un cri d’émerveillement et de désir jamais comblé que tout homme pousse au début de l’amour ?

Au milieu de toutes les violences faites aux femmes de par le monde, merci de nous donner ces signes d’espérance avec ces deux personnes, Denis et Nadia. Entre le désespoir devant les drames de l’humanité et le rêve stérile d’une perfection, il y a un chemin ou plutôt un combat. C’est le combat d’un chirurgien et d’une femme exploitée qui encourage tous les anonymes qui, au quotidien, ne se résignent pas à la victoire du mal. C’est le combat de tous les gardiens de la liberté qui s’opposent à toute dictature comme à toute mentalité liberticide. Car les deux excès détruisent l’humain. Point besoin d’expliquer que la dictature des mâles en politique et dans la famille abîme et tue la dignité des femmes. Mais il est bien de relire depuis 1968 et son fameux « il est interdit d’interdire », que la liberté de faire ce que l’on veut a tué des enfants et des femmes. Il ne faut pas oublier que dans ces années post soixante-huitardes, les colonnes de certains journaux parlaient ouvertement de la pédophilie comme une pratique normale. Et combien de femmes, en particulier jeunes filles, ont été victimes de la violence hormonale de certains, encouragés par le « tout est permis » et par la promotion d’une sexualité libérée ?

Réjouissons-nous des prises de consciences actuelles, en espérant que nous n’allons pas d’un excès liberticide à un autre excès qui introduirait de la méfiance et de la distance dans toutes les relations. Le vrai chemin est celui de l’émerveillement de la beauté, de la sexualité et de l’amour humain, pour poser des actes et des choix responsables et respectueux, avec la conscience de nos fragilités face à nos pulsions. La vraie bonne nouvelle dans tous ces évènements serait que chaque adulte, parent, enseignant, formateur, transmette à chaque jeune cette beauté en même temps que la prise de conscience du sérieux de l’acte d’amour et de l’engagement qu’il porte, à commencer par les enfants. Le signe de la virginité de Marie nous rappelle le combat que chacun doit mener pour vivre une sexualité respectueuse de l’autre.

 

Baudoin, prêtre

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