…des membres de l’équipe deuil

Début novembre, temps de recueillement où nous pensons souvent à ceux qui nous ont quittés. Ceux qui ont vécu des obsèques religieuses ont rencontré, à cette occasion, un des membres de l’équipe deuil. Nous avons choisi de vous présenter cette équipe, composée d’hommes et de femmes, à travers trois personnes de différents clochers. Pour des raisons de lisibilité de l’interview, seules les réponses non collégiales sont précédées du nom de la personne qui parle.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Geneviève Gasnier : Juziéroise depuis toujours, j’ai rejoint l’équipe deuil il y a dix-neuf ans.

Dominique Aerts : j’habite Triel où je suis née et je fais partie de l’équipe deuil depuis dix ans.

Sylvaine Arnoux : Meulanaise depuis soixante ans, je fais partie de l’équipe deuil depuis dix-huit ans.

Comment avez-vous été appelées à cette mission ?

Sylvaine : c’est le Père Duroselle qui m’a appelée à cette mission. J’avais auparavant assisté à des obsèques célébrées par une personne laïque à Rouen. La façon dont elle célébrait m’avait beaucoup touchée et j’avais perçu comme un appel. Le terrain était préparé et j’ai donc reçu cette demande favorablement.

Dominique : j’ai exercé le métier de pharmacien ; j’ai aussi été longtemps engagée à l’association JALMALV et à la Péniche à Triel et j’ai également fait de l’humanitaire à Madagascar. Pour moi, écouter les personnes est quelque chose de très important. De plus, j’ai affronté beaucoup de décès de proches, souvent jeunes, dans ma famille. A la retraite, j’ai discerné sur les engagements que je pouvais prendre. Mon expérience professionnelle m’avait appris, tout en étant bienveillante, à savoir garder la juste distance avec les personnes en souffrance. Le Père Matthieu m’ayant demandé par trois fois si je ne voulais pas suivre la formation pour accompagner les familles en deuil : j’ai fini par accepter. Cela devait être en dépannage mais la pratique est tout autre !

Geneviève : j’ai travaillé avec mes parents dans le commerce, puis, à leur retraite, j’ai suivi une formation pour exercer le métier de travailleuse familiale. Je suis intervenue dans la région sur un périmètre allant d’Achères à Jeufosse. J’ai soigné mes parents tout en travaillant puis mon frère quand je me suis retrouvée en retraite. C’est Ghislaine Denisot, déjà membre de l’équipe deuil, qui a conduit les obsèques de mon frère et m’a proposé de rejoindre l’équipe.

Quelle formation avez-vous suivie ?

Le diocèse propose des formations, ce sont trois jeudis à un mois d’intervalle. Il y a d’abord une formation « accueil des familles » puis une deuxième formation pour conduire les obsèques en l’absence de prêtre.

Comme certains l’ont déjà vécu, les obsèques ne sont pas forcément célébrées par un prêtre !

Depuis 1973, la célébration des funérailles peut être conduite par un prêtre, un diacre ou un laïc. Bien sûr, dans le cas où elle comprend une messe, seul le prêtre peut la célébrer. Dans la plupart des cas, il n’y a pas de messe. Certains d’entre nous ont alors reçu une formation pour pouvoir conduire les obsèques et sont mandatés, à ce titre, par l’évêque auprès du curé de la paroisse.

Sylvaine : on dit d’ailleurs : « les prêtres célèbrent, les prêtres président mais les laïcs conduisent la prière ». Je suis formée à conduire les obsèques. Les réactions des personnes que nous rencontrons sont diverses : certaines regrettent le prêtre, d’autres trouvent que les laïcs et en particulier les femmes sont plus proches. L’Eglise nous fait confiance et c’est le seul service où des laïcs, et en particulier des femmes, lisent l’Evangile et font le commentaire.

Dominique : à Triel, je suis seule à pouvoir conduire les obsèques, ce que je ne fais d’ailleurs qu’exceptionnellement.

Geneviève : Pour ma part, je préfère rester dans l’accueil aux familles. J’ai d’ailleurs aussi beaucoup appris « sur le tas » en aidant Ghislaine mais aussi Marie-Jeanne Alexandre qui conduisent toutes les deux les célébrations.

Concrètement, comment se passe l’accueil des familles ?

La rencontre se passe en deux temps : dans un premier temps, après la partie administrative, nous parlons du défunt, de ses activités, de ses charismes mais aussi des situations particulières. L’objectif est d’établir un lien de confiance avec les familles, de les écouter pour pouvoir ensuite leur proposer une célébration adaptée à leur attente. Dans un deuxième temps, nous préparons la célébration. Nous expliquons les différents rites très simples qui rappellent ceux du baptême : la lumière pascale, la croix, l’encens et l’eau. Nous fixons aussi, avec les familles, qui intervient lors de l’accueil et nous les aidons à choisir des textes pour les lectures et des prières.

Dominique : je reçois les familles à la Cité Saint-Martin à Triel. Cette rencontre peut aussi être l’occasion de témoigner de ma foi, des « clins Dieu » que je repère dans ma vie, de la force du pardon… Je parle aussi de la possibilité de rencontrer le Seigneur en priant avec des personnes présentes lors de l’adoration qui, en ce moment, du fait du Covid ne se fait plus à la crypte mais dans l’église de Triel devant l’autel de la Vierge et du Saint Sacrement.

Sylvaine : nous allons chez les familles en binôme, ce qui nous permet peut-être de nous « ajuster » plus facilement à leurs vies.

Geneviève : nous sommes toujours dans une écoute bienveillante : je ne prends pas de notes, je me souviens de tout…

Dominique : mais il m’est aussi arrivé de devoir célébrer sans rencontrer la famille, voire d’être seule avec le prêtre…

Est-ce que ce n’est pas difficile de choisir des textes dans le peu de temps que dure la rencontre ?

Nous présentons une sélection de textes dans un livret. Il y a seize propositions pour la première lecture, sept pour les psaumes et seize pour les évangiles : chaque titre donne l’esprit du texte.

Dominique : je prends le temps de commenter chaque texte pour aider au choix.

Sylvaine : les textes choisis sont ceux qui ressemblent le plus au défunt, le plus souvent des textes plus humains que spirituels. Lorsque les familles ont choisi, je demande quel est le mot qui leur parle dans les trois textes pour pouvoir préparer le commentaire. Nous proposons aussi aux familles de réaliser un livret pour suivre la célébration. Elles peuvent le garder pour reprendre les textes après la célébration. Ce livret est d’ailleurs l’occasion d’impliquer les plus jeunes qui, le plus souvent, le réalisent.

Et, pour la musique, comment les familles font-elles leur choix ?

Dominique : comme pour les textes, nous faisons des propositions. J’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur une équipe d’organistes et de chantres : on arrive toujours à trouver une solution pour être aidé côté musique !

Geneviève : dans le reste du groupement paroissial, la présence d’un organiste est plus rare et c’est plutôt clé USB et CD ; côté musique, nous dirigeons aussi les chants car c’est une des personnes qui prépare qui les dirige.

Arrive-t-il que certaines personnes aient déjà préparé leurs obsèques avant leur mort ?

Dominique : c’est très rare, mais cela arrive. J’ai récemment préparé les obsèques d’une amie qui est bien vivante…

Geneviève : Ghislaine avait aussi préparé ses obsèques.

Sylvaine : nous nous efforçons alors, avec la famille, de suivre les volontés du défunt.

D’un point de vue pratique, nos lecteurs se demandent peut-être comment ça marche : quand et par qui vous êtes contactés ?

Après le décès d’un proche, la famille désigne l’entreprise de pompes funèbres. Celle-ci demande si la famille veut des obsèques religieuses. Si c’est le cas, elle contacte la paroisse où les obsèques ont lieu. Dans chaque paroisse, il y a une personne qui centralise ces appels téléphoniques. C’est elle qui informe d’abord le curé puis, en tenant compte de ses disponibilités, fait le lien avec l’équipe deuil et éventuellement les organistes pour fixer une date d’obsèques et voir qui peut les célébrer et rencontrer les familles.

Est-ce que tout le monde peut avoir une cérémonie religieuse pour ses obsèques ?

Oui. L’Eglise accueille tout le monde, quelles que soient les circonstances du décès. Toutefois le rituel est différent si le défunt n’est pas baptisé.

Y a-t-il d’autres cas particuliers ?

Il y a aussi un rituel pour les cérémonies en l’absence de corps : c’est le cas lorsque le défunt a donné son corps à la science ou lorsque la crémation a déjà eu lieu et que nous célébrons en présence d’une urne. Exceptionnellement, en l’absence de célébration religieuse, des familles peuvent nous demander de conduire une prière au cimetière ou au crématorium.

Est-ce que vous revoyez souvent les familles ?

Les familles sont contactées tous les ans le 2 novembre pour la célébration du souvenir. Cette année est particulière. Du fait de la COVID, les familles n’ont souvent pas pu se réunir pour les obsèques. Nous les avons invitées donc à se réunir pour un temps de prière et de recueillement à l’église de Meulan ou à celle de Triel.

Votre mission semble être exigeante. Comment arrivez-vous à la mener ?

Sylvaine : je prie beaucoup, je lis aussi beaucoup pour préparer les commentaires. Avec certains curés, nous avons aussi régulièrement des accompagnements en équipe. Et puis, c’est une mission qui apporte beaucoup : un enrichissement personnel, humain et spirituel et aussi un contact avec des personnes de tout milieu social.

Geneviève : le fait d’être toujours en binôme permet aussi de beaucoup partager et de se soutenir. Dans mon village, cela renforce aussi les liens d’affection avec ceux que j’ai toujours côtoyés.

Dominique : effectivement, on donne de l’écoute et du temps mais on reçoit aussi beaucoup. Il faut quand même s’e garder pour débrayer, profiter de sa famille, de ses petits-enfants…

 

Merci de nous avoir reçus. Vous avez beaucoup parlé d’équipe et nous avons aussi une pensée pour tous ceux, tous bénévoles, qui en font partie, de ceux qui ont le service, tout aussi difficile, de recevoir les appels des pompes funèbres, à ceux qui accueillent et célèbrent. Si vous vous sentez appelé par cette mission, n’hésitez pas à les rejoindre.

(Propos recueillis par Véronique Schweblin)

 

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