Fêter nos saints

Le mot, du latin patronus, protecteur, est dérivé de pater, père.

« Lorsque l’enfant paraît », la première démarche de ses parents est de le déclarer à la mairie. Jusqu’à la Révolution, c’était uniquement sur les registres paroissiaux, lors de son baptême, qu’il acquérait son prénom et qu’était reconnue sa filiation.

C’est par une ordonnance dite de Villers-Cotteret (1539) que François 1er avait fait obligation de consigner baptêmes et enterrements sur des registres paroissiaux auxquels on ajoutera, par la suite, les mariages. Ces registres, confisqués à la Révolution au profit de l’administration communale (mairie), sont maintenant les registres d’état civil pour les actes de naissance, mariage et décès, tandis que les registres paroissiaux dits de catholicité, enregistrent les baptêmes, mariages et sépultures. D’un côté comme de l’autre, il est fait état de la filiation et ces actes sont certifiés par la signature du maire (ou de son représentant) et des témoins, à la mairie et du prêtre et des parrain et marraine, à l’église.

Si aujourd’hui le choix du prénom est laissé au libre arbitre de ses parents, souvent influencés par la mode et les media, il n’en était pas de même jadis. Dans une société marquée par le christianisme, le prénom devait être choisi dans le martyrologe chrétien, c’est-à-dire le catalogue des saints du calendrier, manière d’assurer à l’enfant un protecteur et un modèle. Ce choix peut être, en réalité plus étendu car il existe environ quarante mille saints reconnus par l’Eglise, c’est-à-dire canonisés !

Pourquoi fêter les saints et pourquoi choisir le nom d’un saint comme prénom ?

L’origine du culte des saints remonte au IIe siècle, en Orient et au IIIe, en Occident avec l’habitude de se réunir sur la tombe des martyrs ou sur le lieu de leur supplice. Très tôt on célébra l’eucharistie sur leur sépulture considérant, sans aucun débat, que leur supplice leur avait ouvert le paradis. Notons que chez les Romains, c’était une coutume de partager un repas près des tombes des défunts. Peu à peu le martyr, dont le nom signifie « témoin », devint un modèle et on lui demanda son intercession auprès de Dieu. Cette forme de culte, généralement local, était favorisée par les évêques ; elle engendra très vite la vénération des reliques : corps, fragments de corps ou tissus les ayant touchés. On prit l’habitude de les transporter à travers le monde chrétien, c’est ce qu’on appelle  la  « translation », puis de construire des églises qui leur sont dédiées, conservant leur relique sous l’autel. C’est l’origine de la pierre d’autel qui contient elle aussi une relique. Des martyrs et des apôtres, presque tous morts pour leur fidélité au Christ, la vénération va s’étendre aux évêques fondateurs d’églises locales, aux moines, puis aux vierges, aux veuves consacrées, aux grands mystiques, maîtres à penser (docteurs)… Le culte des saints a souvent été mis à contribution pour christianiser les fêtes ou les lieux de culte païens. Le culte des saints est resté longtemps comme une extension de celui des martyres, si bien qu’on appelait « martyre rouge » par effusion de sang, « martyre vert » par pénitence et « martyre blanc » par virginité ou bonnes œuvres. Les premières vies de saints apparaissent dès le IVe siècle ainsi que les premiers calendriers. Le plus ancien (354) restera la base du calendrier liturgique romain en vigueur jusqu’à la réforme du Concile (1969). Longtemps, c’étaient les évêques qui proclamaient la sainteté d’une personne, souvent influencés par la « vox populi ». Ce n’est qu’à partir du XIIe siècle que le pape s’est réservé le droit d’instruire les procès de canonisation selon des règles de plus en plus strictes. Mais rappelons-nous, lors des obsèques du pape Jean-Paul II, le cri de la foule sur la place Saint-Pierre : « subito  sancto» a fait accélérer le processus ; mort le 2 avril 2005, il fut béatifié la même année et canonisé ainsi que Jean XXIII dès le 27 avril 2014, comme pour Mère Teresa décédée le 5 septembre 1997 et béatifiée le 19 octobre 2003.

Nous invoquons les saints parce qu’ils sont des intercesseurs mais aussi des modèles et des guides sur le chemin de la sainteté à laquelle sont appelés tous les Baptisés. Alors, donnons à Jean-Paul II le dernier mot : « N’ayez pas peur ! Ouvrez toute grande les portes au Christ. » Cette invitation, toujours d’actualité a fait le tour du monde.

 

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