François 1er, le roi chevalier

La dynastie des rois de France, dite capétienne, car issue d’Hugues Capet (Xe siècle) règnera près de huit siècles, d’abord en ligne directe jusqu’en 1328 (date de la mort sans héritier de Charles IV le Bel) puis par la succession de branches collatérales, d’abord les Valois  directs : de Philippe VI à Charles VIII, puis Valois Orléans : Louis XII, enfin Valois Angoulême de François 1er à Henri III. La dernière branche royale est celle des Bourbons qu’inaugure Henri IV.

Le contexte 

Lorsque François 1er nait à Cognac en 1494, c’est encore Charles VIII qui règne et comme tous ses enfants mâles meurent avant lui, son cousin Louis d’Orléans monte sur le trône de France, épouse sa veuve Anne de Bretagne, après avoir répudié sa première femme, Jeanne de France, fille contrefaite de Louis XI. Veuf, et dans l’espoir d’un héritier, Louis XII se remarie, en 1514, avec Marie d’Angleterre, sa « poupée anglaise » qu’il aime à perdre haleine.  Il s’épuise à force de faire « le gay compagnon » et meurt le 1er janvier 1515. Il y en a un que la situation arrange, c’est François d’Angoulême, son cousin appelé à lui succéder et que Louis XII, sentant sa fin prochaine, a appelé à son chevet « François, je vous recommande mes sujets… ». Sacré à Reims le 25 janvier, François prend sa couronne à Saint Denis le 8 février et entre triomphalement à Paris le 15.

La Guerre

Il n’a que vingt ans et un rêve en tête : la reconquête du Milanais que Louis XII avait finalement perdu en 1514, chassé par les Suisses. Comme le trésor royal est à sec, il fait fondre la vaisselle d’or. Allié aux Vénitiens, il inflige une terrible défaite à la redoutable infanterie suisse, le 15 septembre 1515 à Marignan (15 Km de Milan). Au soir de la bataille qui a fait treize mille cinq cents morts, surtout suisses, le roi demande à Bayard, « le chevalier sans peur et sans reproche » qu’il avait nommé lieutenant général du Dauphiné, de l’adouber. Il signe avec le pape Léon X le concordat de Bologne ; ce sera donnant donnant, le roi s’engageant à aider le souverain pontife à reconquérir ses biens et en échange obtenant de nommer évêques et abbés qui recevront du pape l’investiture spirituelle.

Avec les Suisses, est conclue la « Paix perpétuelle » qui donne le droit de lever dans les cantons des soldats contre bonne solde. Un antagoniste d’une plus grande portée attend François 1er en la personne de Charles Quint, petit-fils de Maximilien de Habsbourg, qui est élu empereur le 28 juin 1519, l’emportant sur le roi de France. Il est à la tête d’immenses territoires qu’il veut sans cesse agrandir. Les guerres d’Italie deviennent alors un duel entre les deux protagonistes qui cherchent à s’allier le roi d’Angleterre Henri VIII ; ce dernier ne se laissera pas séduire par les fastes que déploie François 1er au « Camps du drap d’or » (1520) et malgré les quatre cents tentes doublées de drap d’or, c’est à l’empereur que le roi d’Angleterre s’alliera. Vont s’ouvrir alors quarante années de rivalité entre la France et l’Empire !

Laissons les champs de bataille de François 1er d’autant qu’ils ne lui seront plus aussi favorables ; en 1525, il est vaincu à Pavie et fait prisonnier « tout est perdu fors l’honneur et la vie sauve ».

Le mécène

La plus belle conquête de François 1er en Italie c’est « la Renaissance ». Ebloui comme Louis XII, par « l’humanisme » et l’art italien, son règne marque une véritable révolution artistique qui fait passer la France du Moyen Age aux temps modernes.

Léonard de Vinci le premier accepte de quitter son pays dès 1515 et de s’installer au Clos Lucé près d’Amboise où le roi viendra souvent rencontrer ce génial peintre, architecte, sculpteur, ingénieur, organisateur de fêtes. Il avait apporté comme présents des œuvres, gloire aujourd’hui du musée du Louvre,  la fameuse Joconde, sainte Anne, saint Jean-Baptiste. Agé de soixante-trois ans à son arrivée en France, il s’éteint en 1519 et repose en Touraine. L’italianisme se manifeste surtout en architecture et dans l’art des jardins, mais les maîtres d’œuvre sont français, comme à Chambord où Dominique de Cortone fournit sous forme de maquette les plans de ce premier château, commandé par François 1er, mais il est réalisé par une équipe française.

C’est surtout dans le décor qu’il faut chercher la note italienne. François 1er apprécie la douceur du climat du Val de Loire et commande d’autres résidences : Amboise, Chenonceau, Azay-le Rideau et l’agrandissement du château de Blois. C’est à son retour de captivité (1526), suite au traité de Madrid et à l’exil de ses fils, François et Henri ( huit et six ans) que François décide de résider en Ile-de-France. Il confie à Gilles le Breton de transformer son rendez-vous de chasse de Fontainebleau en un vaste château dont la décoration intérieure, fresques et stucs, est confiée à des Italiens : Le Rosso et Primatice. Il entreprend aussi la rénovation du Louvre. Le château fort de Charles V disparait au profit d’un palais Renaissance. Il en fait de même à Saint-Germain-en-Laye. Peu à peu, l’Italianisme fait place à la Renaissance française qui se déploie aussi dans la littérature : Rabelais, puis plus raffinés Ronsard et Du Bellay enfin Montaigne. A l’instigation de Guillaume Budé, il fonde le « Collège de France » en 1530.

Les réformes

François 1er règne en maître absolu et exerce une autorité sans limite. On doit l’appeler « votre majesté » titre réservé jusque-là à l’empereur. En bas de ses ordonnances, il écrit : « tel est mon bon plaisir ». Il veut unifier le royaume autour du roi, ne convoque jamais les états généraux et gouverne avec seulement quatre secrétaires d’Etat et des conseillers qu’il choisit et surveille. Par l’ordonnance signée en 1539 dans son château de Villers-Cotterêts, il oblige les curés à tenir un registre des baptêmes, mariages et enterrements ; ces registres seront confisqués à la Révolution française au profit des communes et deviendront registres d’état civil. Enfin, il impose le français en place du latin dans tous les actes de justice.

Pour conclure

Impossible d’enfermer dans cet article les cinquante années de vie, dont trente-deux de règne de François 1er tant elles furent intenses et variées. Oublions les tristes heures des débuts des Guerres de religion, respectons ses deux épouses, Claude de France qui lui donnera sept enfants et Eléonore de Habsbourg, qui toutes deux ont vécu dans l’ombre et laissons à ses nombreuses maîtresses le soin d’évoquer ce grand roi dont la fidélité n’est pas la plus grande qualité mais qui n’a pas lésiné sur les faveurs qu’il leur accordait. 

Ghislaine Denisot

 

Deux expositions :

– une à Paris, à la BNF (Bibliothèque nationale de France) du 24 mars au 21 juin « François 1er, pouvoir et image » qui se propose de revenir aux sources des représentations de ce roi,

– une autre au château de Blois, du 4 juillet au 18 octobre « Trésors royaux. La bibliothèque de François 1er ».

Un spectacle à Romorantin-Lanthenay les 24 et 25 juillet et au château du Clos-Lucé à Amboise les 26 et 27 juillet, un spectacle historique inédit qui reconstituera la célébration de la bataille de Marignan.

Un colloque – « François 1er, roi de guerre, roi de paix » du 30 juin au 3 juillet au domaine national de Chambord.

 

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