GIOTTO, peintre de saint François

Il a fallu Giotto pour que la vie de saint François nous soit contée en images, telle une bande dessinée. Mais qui était donc celui qui immortalisa, grâce à ses talents de peintre, le « Poverello d’Assise » ? Il n’était certes pas le premier à donner une représentation du saint et même quelques scènes de sa vie, mais il s’agissait alors de retables sur bois dans la tradition byzantine comme celui de Berlinghieri dans l’église San-Francesco de Pescia (1235). On y voit au centre l’effigie du saint et sur les côtés des scènes de ses miracles.

Qui était donc Giotto ?

Un certain flou entoure le lieu et la date de naissance de Giotto di Bondone plus exactement Ambrogiotto, est-ce à Vespignano ou Romignano, tous deux en Toscane… en 1266 ou 1267 ? Là n’est pas le plus important. Il entre dans l’histoire sous la plume de Vasari(1) qui raconte que le jeune Giotto, tout juste âgé de douze ans, gardait les chèvres de son père lorsque le peintre Cimabue le remarqua. Il fut frappé de la qualité d’un dessin de caprin que l’enfant venait de tracer sur une pierre à l’aide d’un morceau de charbon et décida de le prendre comme élève. Sans nier le talent de Cimabue, la renommée de l’élève surpassera celle de son maître.

Si Giotto est surtout célèbre par les fresques d’Assise, de Padoue et de Florence, il ne faut pourtant pas négliger qu’il a, lui aussi, peint des retables sur bois dont « saint François recevant les stigmates » avec à la prédelle(2) trois scènes : la vision d’Innocent III, le pape approuvant les statuts de l’ordre des Frères mineurs et saint François enseignant les oiseaux. Peint pour l’église Saint François de Pise, ce retable entra au Louvre sous Napoléon Ier. C’est une peinture à la détrempe (3) sur âme de bois dont le sujet est à rapprocher des fresques d’Assise et de Florence qui traitent du même sujet.

C’est tout d’abord à Assise, que Giotto, aidé de ses élèves, conte sur les murs de la basilique supérieure la vie de saint François en vingt-huit scènes (1230-1253). Le saint, né en 1182 à Assise, y décède en 1226. Son tombeau, découvert en 1818, est au centre de la crypte de la basilique inférieure creusée à même le roc en 1932. Assise devient dès le « duecento » (XIIIème siècle) un haut lieu de pèlerinage et une pépinière de peintres dits « Primitifs » autour de Cimabue, de Giotto, de Simone Martini, un Siennois, et de disciples inconnus comme « le Maître de San Francesco ». Giotto apporte sa passion du réel, son sens de l’essentiel et son observation de la nature, chose nouvelle en son temps : rochers, plantes, animaux.

En 1298, il est appelé à Rome par le neveu du pape Boniface VIII ; il y réalise plusieurs ouvrages aujourd’hui disparus comme la mosaïque de la « Navicella » (nativité) qui jadis ornait la façade de l’ancienne basilique Saint Pierre. Son retable du maître autel est conservé depuis le XVIème siècle dans la sacristie des chanoines. C’est une peinture à la détrempe sur fond d’or : au centre le Christ bénissant et de part et d’autre, la mort de saint Pierre et la décollation de saint Paul.

En 1303, Giotto est appelé à Padoue où il s’illustre en peignant trente-huit fresques dans la chapelle des Scrovegni de l’Arena. Cette chapelle avait été commandée par Enrico Scrovegni en expiation des péchés de son père, un redoutable usurier dont parle Dante dans son « Enfer ». Les fresques de Giotto, à la maturité de son art, représentent la vie de la Vierge, la passion du Christ, le Jugement dernier et les allégories des Vices et des Vertus.

A Padoue, il dut rencontrer Dante qui, pour qualifier son talent, inventa le mot « artiste ».

En 1317, Giotto est à Florence où il peint dans une chapelle de l’église franciscaine « Santa giotto 2Croce » des scènes de la vie de saint François mais aussi celles des vies de saint Jean-Baptiste et de saint Jean l’évangéliste. La renommée du peintre est telle qu’il est appelé par Robert d’Anjou, roi de Naples en 1333 ; mais là, que lui attribuer ?

L’année suivante, surnommé « Magnus magister » (grand maître), on le retrouve de nouveau à Florence avec, titre inattendu, celui d’architecte de la ville. Il entreprend, en 1334, une œuvre magistrale : le campanile « del Duomo Santa Maria del Fiore », une tour clocher de plus de 84 m.de haut, en marbre polychrome, dont il a fait les plans mais ne verra pas l’achèvement car il meurt en 1336 (ou 37) à Florence.

Si Giotto est un merveilleux conteur de la vie de saint François, on lui doit aussi, au cœur du Moyen Age, d’avoir libéré la peinture de la stylisation byzantine et de ses conventions ; il a su mettre en scène des personnages qui se meuvent dans l’espace dans un monde en trois dimensions au cœur de la nature ; il incarne à jamais la mémoire du Poverello.

 

1) Giorgio Vasari, (Arezzo 1511 – Florence 1574) architecte et peintre, passionné par la vie des artistes en écrit un recueil qui concerne surtout l’Ecole florentine.

2) Prédelle : partie inférieure d’un retable ou d’un polyptyque et généralement divisée en petits panneaux.

3) Détrempe : peinture à l’eau liée à la colle, souvent du blanc d’œuf

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