Indifférence

Qu’on le constate ou qu’on le déplore, l’indifférence en matière religieuse s’impose comme une évidence. Ce phénomène au caractère vague et insaisissable, déjà pointé du doigt par Maurice Zundel qui notait en 1974 : « Que peuvent signifier les églises, les cathédrales pour l’homme de tous les jours ? Rien, s’il n’a pas été touché au fond de son cœur par un évènement qui s’est inscrit dans sa vie », fait l’objet des toutes premières pages d’un livre(1) particulièrement éclairant de Mgr Albert Rouët, archevêque émérite de Poitiers, dont l’intitulé « L’étonnement de croire », suscite de multiples remises en question ou de retour sur soi de la part du lecteur. Vivant dans la confiance au Christ, autrement dit enté dans le « croire » à Celui qui s’est totalement donné à tous, le chrétien pourrait partager avec l’auteur de cet ouvrage cet étonnement, ce surprenant remuement intérieur qui suscite son lien au Ressuscité.

Les difficultés de la vie, la multiplication des chocs économiques, les effets d’une globalisation confisquée par les circuits économiques, le chômage de plus en plus menaçant, la soumission à des décisions qui échappent à la plupart, une peur fantasmée de l’étranger, ne font qu’engendrer, outre un sentiment de vulnérabilité et d’insécurité, un repli sur soi, synonyme d’individualisme.

Fille de cet individualisme, l’indifférence pose immédiatement le problème de la « crédibilité » du témoignage de ceux qui confessent une foi, de cette crédibilité fondée sur la confiance qui, loin de là, ne se décrète pas. Reste alors à s’accueillir mutuellement, à savoir s’écouter longuement avec attention, à entendre sans juger, à parler « à hauteur de visage », à accepter le trouble et à entrer dans un dialogue en Vérité.

S’il fallait en revenir à l’essentiel, la lecture de quelques phrases tirées du dernier chapitre de l’ouvrage, intitulé « Croire, c’est faire », suffirait à le saisir :

« Le Christ refuse d’apporter la tranquillité… ce qui place le croyant dans une position incertaine au sens où il doit s’interroger sur lui-même et, ainsi, il rejoint le doute qui aère la confiance. Une telle position, non assurée par elle-même ni tranchant de tout, sachant bien que croire pourrait ne pas être, ne tient que par un appel de cet Autre qui a pris, lui-même, la place la plus risquée, la plus nue … Le Christ s’est intéressé à l’homme, s’exposant à la mort publique et déshonorante. Et il ne force personne. Il est là, silencieux, sans reproche ni amertume. Disponible. Percevoir ce don total et muet c’est prendre la route et faire son chemin. C’est une conduite, et une conduite accompagnée. »

(1) Mgr Albert Rouët « L’étonnement de croire » Editions de l’Atelier 2013.

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