La légende templière

Un jour de 1314, un bûcher fut dressé sur un îlot au bout de l’île de la Cité : l’île aux juifs située à l’ouest ; c’est là que sont brûlés vifs, le 11 ou 18 mars 1314, Jacques de Molay, dernier grand Maître des Templiers, et Geoffroy de Charnay, grand Prieur de Normandie. C’est maintenant le square du Vert Galant, coin de verdure charmant au pied du pont neuf. On peut y voir encore aujourd’hui une plaque de commémoration de l’exécution. Sur le bûcher, Jacques de Molay jeta sa célèbre malédiction qui se révèlera exacte : « Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ». Le pape Clément meurt le 20 Avril 1314, Philippe IV le Bel meurt à 46 ans le 29 novembre 1314 dans d’atroces souffrances. Les trois fils de Philippe le Bel achèvent la lignée capétienne. Les trois fils d’Henri II achèvent celle des Valois. Les trois fils de Louis Ferdinand achèvent celle des Bourbons ; Louis XVI meurt le 21 janvier 1793 et sa famille le suivra de très près. L’histoire de l’Ordre souverain des Chevaliers du Temple de Jérusalem, fondé en 1128 par Hugues de Payns, se termine donc ici.

Où et quand commence la légende templière ?

Bien évidemment, quand se termine l’histoire, c’est-à-dire sur cette île aux juifs, en mars 1314. Aujourd’hui, plus de sept cents ans après leur procès, les Templiers, prestigieux moines soldats, continuent d’étonner par leur aventure et suscitent toujours nombre d’affabulations et de légendes. Car il existe bien une mythologie templière où se retrouvent pêle-mêle, adoration du Saint Graal, secrète dévotion à l’énigmatique Baphomet, fascination pour d’autres religions tels l’hérésie cathare et le paganisme (religion de ceux qui ne sont ni chrétiens ni juifs), possession d’un fabuleux trésor à jamais enfoui, jusqu’à la récente récupération occultiste par certaines sectes…

Faisons le point entre les faits historiquement établis et l’imagination débordante d’auteurs peu soucieux d’exactitude. L’ordre des Chevaliers fut fondé pour assurer la garde des lieux saints de Palestine et protéger les routes de pèlerinage. Cette force militaire très bien organisée accompagna toutes les croisades, amassant de grandes fortunes par leur pillage des villes conquises ; et oui, tout n’était pas humanistes dans les actes des Templiers ! Ils devinrent rapidement très riches et furent sollicités par les différentes cours d’Europe pour des prêts d’argent et protection les pèlerins. Les routes sécurisées par les Templiers et les Hospitaliers étaient celles qui terminaient le pèlerinage : Saint Jean d’Acre à Jaffa, Jaffa à Jérusalem et Jérusalem au Jourdain. Des groupes templiers ont certainement survécu après la dissolution de l’ordre en 1307 et 1314 et ont trouvé refuge en Ecosse, mais il n’est pas certain qu’ils aient pu reprendre leurs activités car aucune preuve n’a été apportée d’une possible survivance du Temple en Ecosse. Les doutes demeureront toujours sur les templiers, les liens éventuels avec l’Islam, les Cathares, sur ce qu’est devenue leur immense fortune et sur leurs rites, notamment ceux concernant le Baphomet, idole controversée ; peut-être parce qu’elle était censée contenir le savoir secret des supérieurs de l’Ordre ?

En 1128, l’Ordre du Temple devient l’institution la plus riche et la plus puissante de la chrétienté après la papauté. Son influence immense était politique, militaire, financière, commerciale, avec l’invention des lettres de change et du crédit qui furent à l’origine de la banque. L’Ordre des Templiers fut dissous le 22 mars 1312 par décret papal. La fin de l’ordre du temple a provoqué l’apparition de nombreuses légendes apparues essentiellement à partir du 18ème siècle, en particulier dans les milieux maçonniques, qui vont voir en elles le lien avec les bâtisseurs mythiques du Temple de Salomon. Elles se sont développées et portent généralement sur la survivance secrète de l’Ordre et la nature d’un mystérieux trésor, source de leur richesse et de leur puissance, ce trésor étant souvent lié à la légende du Graal. Elles sont très répandues dans la littérature ésotérique, qu’il s’agisse de fictions ou de spéculations, et ont connu un regain d’intérêt en raison de livres et de films à succès, tel Da Vinci Code que je ne compte pas relire ! Les légendes diverses et variées nées autour de l’Ordre du Temple sont apparues après sa dissolution et n’ont pas vraiment de rapport avec l’histoire de l’Ordre, mais plutôt avec l’histoire des mythes. Cet amalgame fait entre Ordre et Mythe ne fait qu’entretenir une confusion et ne permet pas une analyse correcte. Elle ne correspond pas en tous cas à ce que disait saint Bernard de Clairvaux, qui donna le jour à la règle latine de l’Ordre du Temple le 14 janvier de l’an de grâce 1128.

 

Dans notre prochain numéro, nous vous dirons ce que peut nous enseigner la légende templière pour le monde actuel.

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