La loi bioéthique (2ème partie)

Dans un article précédent sur la future loi bioéthique, j’ai tenté de dégager cinq des ruptures majeures induites par ce texte. Je proposais trois perspectives des conséquences de ce qui est bel et bien une révolution anthropologique, sexuelle, relationnelle, juridique, biologique. Dans cet article je tente d’en discuter les deux premières.

Première perspective : l’Homme ambitionne-t-il de devenir son propre créateur, puisque parvenant peu à peu à maîtriser totalement sa conception, sa vie, son corps, sa mort ? En soumettant de plus en plus sa vie à sa seule volonté, il se donne les moyens d’oublier trois de ses limites :

  • la limite sexuelle est abolie puisque la technique médicale permet de se passer de la sexualité pour concevoir un nouvel être ;
  • la limite de sa filiation saute également, puisque la loi, en autorisant la PMA pour toutes les femmes, leur reconnaît la possibilité d’occulter la filiation paternelle de leur enfant. Si la PMA est invoquée par un couple de femmes, la loi permettra d’inscrire à l’état-civil les deux parents femmes, donc les deux mères et pas de père et donc de créer une double filiation maternelle en congédiant la filiation paternelle, pourtant présente via le don de sperme. La contrainte naturelle d’une double lignée maternelle et paternelle saute ;
  • par voie de conséquence, les limites de la parentalité sont également supprimées : la parentalité de fait, biologique, est remplacée par une parentalité volontaire (la deuxième femme du couple, en manifestant l’intention d’adopter l’enfant que sa compagne porte, sera inscrite à l’état-civil comme deuxième mère). La loi autorise que le géniteur masculin (réduit au rôle de fournisseur de gamètes mâles) soit oublié : celui-ci n’exercera aucune paternité à l’égard de l’enfant conçu avec le matériel génétique qu’il aura fourni à une femme dont il ignorera tout. Il n’en sera pas informé.

Ce « non » à ces trois limites intrinsèques à notre nature est inédit. C’est le « non » proféré à Dieu par Adam et Eve, trompés par le Malin qui leur avait susurré : « Vous connaîtrez le bien et le mal, Dieu sait bien que si vous mangez de ce fruit, vous serez comme des dieux » L’Homme, rêvant d’être son créateur, rejette les limites imposées par sa condition de créature. Et comme ces limites sont insurpassables, il en veut à ce qui lui est donné ; ne va-t-il pas finir par n’accepter que ce qu’il a fabriqué ? Le transhumanisme le soulage de cette finitude qui nous rappelle que nous sommes créature, que la vie nous est donnée, que nous ne devons pas notre existence à nous-mêmes.

Remarquons que ce pouvoir de création donné à l’individu est exorbitant. Pour le moment, cet individu est féminin, mais il n’est pas interdit de penser que ce pouvoir puisse être donné plus tard aux hommes (au nom de l’égalité), ce qui ne pourra se faire que grâce à la GPA (recours à une mère porteuse, interdit à ce jour en France).

Deuxième perspective : serait-il possible de regarder cette loi comme une utopie passagère ? Il se pourrait que, sous la pression de la réalité, elle finisse par être petit à petit corrigée par des amendements de bon sens qui nous rendront plus respectueux des lois de la vie.

Cette hypothèse n’est pas théorique. On connaît des revirements qui sont allés à contre-courant de pratiques admises des années auparavant. Pensons à l’affaire qui secoue en ce moment le monde médiatique : une femme a dénoncé, dans un ouvrage paru tout début janvier, l’amant (écrivain très en vue à l’époque) qu’elle a eu lorsqu’elle avait 14 ans. Cet écrivain a publié des tribunes très affirmatives sur ses pratiques sexuelles qui, si elles étaient publiées de nos jours, vaudraient la correctionnelle à leur auteur et au rédacteur en chef du journal. Or, aujourd’hui cette attitude fait scandale (et les plus virulents à la dénoncer publient aujourd’hui dans les journaux qui ont contribué à la propager hier).

Donc les aberrations, les offenses commises contre l’être humain au nom de la liberté sexuelle post 1968 finissent par être dévoilées ; commises au nom de l’émancipation, elles apparaissent à la lumière aujourd’hui et sont vivement dénoncées. Pour le moment, ces dénonciations ne se font pas au nom d’une morale transcendante mais au nom du droit, donc d’une morale que le Citoyen se donne. En sera-t-il de même pour les conséquences funestes de cette nouvelle loi dite de bioéthique ? Plusieurs commentateurs ont regretté que l’auteure de ce livre n’aie pas été davantage protégée par un père qui aurait pu lui révéler les manœuvres d’un amant de plus de trente-cinq ans son aînée ; à l’heure où certains veulent donner congé au père de famille, prenons cela comme un signe.

Pour le moment, ceux qui expriment opposition à ce projet de loi se font copieusement insulter. Et ce n’est pas la sagesse qui prévaut chez ses partisans, mais l’intolérance, intolérance fanatique engendrée par la certitude d’accompagner le mouvement de l’histoire et de l’émancipation. Et ce fanatisme s’exprime jusqu’à l’université, ce qui est bien inquiétant.

Concluons qu’il y a lieu de porter patiemment, sans renoncement ni faiblesses mais avec « douceur et respect » (st Pierre), la position de l’Église qui prend en compte notre nature humaine, ses limites et ses richesses. Soyons convaincus que l’acceptation de nos limites, de notre statut de créature qui doit la vie à son Créateur et non à elle-même, est source de liberté, d’épanouissement, de bonheur : la création résulte d’un acte d’amour infini d’un Père qui ne lui veut que du bien. Arrêtons de la bricoler : sinon nous n’encourrons que des difficultés.

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