Le Concordat de Bologne

Nous fêtons cette année le cinq centième anniversaire du Concordat de Bologne, signé entre le roi de France François 1er, représenté par le chancelier Antoine Duprat et le pape Léon X, le 18 août 1516. Un concordat est une convention contenue dans une bulle entre l’Eglise et un état catholique. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de dogme que seul le pape définit, mais de la nomination des évêques et des revenus de l’Eglise.

Après le temps des persécutions qui s’achève officiellement avec l’Edit de Milan (313), l’Eglise a cherché à collaborer avec les états car ce sont les mêmes individus qui sont à la fois sujets de l’Etat, citoyens, et de l’Eglise, chrétiens.

Durant le Moyen Age, l’Eglise se considérait comme responsable de l’ensemble des pouvoirs politiques et religieux : rois et empereurs n’étaient finalement que les bras séculiers du pape. Ainsi gérait-elle l’enseignement dans ses universités et ses écoles épiscopales, la santé dans ses hôpitaux, maladreries et même la justice. Ne l’oublions pas, jusqu’à la Révolution, le pouvoir du roi de France lui était conféré par la liturgie du sacre.

La sécularisation va se faire progressivement dès le XVIIIe siècle puis l’avènement des régimes républicains entraînera de profondes mutations aboutissant, en France, à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905).

Le dernier concordat (1801) est celui que Bonaparte avait signé avec Pie VII dans un désir d’apaisement après la tourmente révolutionnaire. C’est toujours ce Concordat qui, en Alsace-Lorraine, régit les rapports de l’Eglise et de l’Etat.

En fait, notre pays n’a connu que deux concordats : celui de 1516, abrogé en 1790 par l’Assemblée Constituante « Constitution civile du clergé » et celui de Bonaparte.

 Revenons à 1516.

Une bulle est une lettre apostolique portant le sceau du pape

 Le pape Léon X (1513-1521) qui a succédé à Jules II, n’est autre que Jean de Médicis, chef de la puissante famille florentine, humaniste et poète autant qu’homme d’état. Toute sa vie, il restera un protecteur des lettres et des arts multipliant les commandes aux plus grands artistes : Raphaël, Michel-Ange, Bramante, poursuivant la construction de la basilique Saint-Pierre qu’il finance par la vente des indulgences, dénoncée par Luther que le pape condamne officiellement. Sans le vouloir, Léon X a favorisé mouvement de la Réforme et la naissance du Protestantisme.

Voulant mettre fin à la guerre avec la France au lendemain de la bataille de Marignan, Léon X signe en 1516, le Concordat dit de Bologne, quoique parafé à Rome. Il rétablit l’équilibre entre la France et le Saint-Siège que le roi Charles VII avait rompu par « la Pragmatique Sanction de Bourges » (1438) qui décidait des nominations ecclésiastiques non par choix du pape mais par élection. Le roi s’affirmait alors comme le gardien de l’Eglise de France qu’il organisait à sa manière, s’attribuant les bénéfices de cent cinquante évêchés et cinq cents abbayes. C’est ce qu’on appellera le « gallicanisme ».

Avec le Concordat de 1516 s’opère une clarification des pouvoirs : le roi choisit les évêques, le pape examine les candidatures et confère aux postulants l’investiture qui leur donne pouvoir dans leurs diocèses, non sans avoir prêté serment au roi ! Le Parlement a longtemps rechigné à entériner ce Concordat qui, jusqu’à la Révolution, règlera les rapports de la France avec la papauté. Cet accord avait mis bien du temps à entrer en vigueur car, signé le 19 août 1516, il ne fut lu au Concile de Latran V (1512-1517) que le 19 décembre, ratifié par lettre patente le 13 mai 1517 et enregistré par le Parlement de Paris le 22 mars 1518 ! L’Eglise a l’habitude de prendre son temps car « vitesse et précipitation sont source de déboires » !

Nous le constatons dans ces pages d’histoire que nous venons d’évoquer, la barque de saint Pierre navigue bien souvent sur une mer agitée mais soyons assurés, le Christ tient la barre, et malgré les tempêtes, elle ne sombre pas… ne sombrera pas comme Jésus l’a assuré à Pierre, le premier pape : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » ; telle est notre foi chrétienne que l’histoire ne dément pas.

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