Le Panthéon pour Joséphine

« J’ai deux amours, mon pays et Paris ». Cette mythique chanson et la carrière artistique de la franco-américaine Joséphine Baker ont longtemps éclipsé dans la mémoire collective les autres facettes de cette artiste décédée en 1975. Derrière les plumes et la fameuse ceinture de bananes, il y avait une femme à l’histoire personnelle douloureuse, épique et romanesque, une femme libre, une femme militante antiraciste, contre la ségrégation, résistante pendant la seconde guerre mondiale. Pour ces raisons, Joséphine fera son entrée au Panthéon le 30 novembre prochain, devenant la première femme noire à rejoindre les grandes personnalités qui sont inhumées dans ce temple républicain dédié à ceux qui ont marqué l’Histoire de France.

Quand la guerre éclate, elle prend tous les risques au service de la France Libre : elle veut rendre au centuple ce qu’elle a reçu : « C’est la France qui m’a faite, je suis prête à lui donner ma vie ».

Elle répond aux sollicitations du contre-espionnage militaire à Paris et est envoyée en Afrique du Nord où les services secrets allemands occupent le terrain. Sa renommée internationale lui permet de se déplacer librement ; elle a même réussi à s’introduire à l’ambassade d’Italie quelques mois avant la déclaration de la guerre pour obtenir des renseignements sur Mussolini. Partout, la chanteuse déchaîne les foules ; mais qui peut soupçonner qu’elle cache dans ses vêtements ou ses partitions, des documents codés sur les troupes allemandes du sud-ouest de la France : effectifs, matériel, aviation, agents et même le modèle d’une péniche de débarquement que l’ennemi prévoyait sur les côtes anglaises. De galas en réceptions à Madrid, Casablanca, Tripoli, Jérusalem, Beyrouth…, Joséphine passe toutes les frontières, délivre des autographes en guise d’identité, ne suscite aucun soupçon et ne subit aucune fouille. Au printemps 1943, lors de son passage à Alger, le général de Gaulle reconnaissant lui offre une petite croix de Lorraine en or qu’elle revendra 350 000 francs au profit exclusif de la Résistance.

Après le débarquement allié, la vedette engagée rentre en France et continue la guerre jusqu’en Allemagne sous un uniforme de sous-lieutenant de l’armée de l’air. Jusqu’au dernier combat, elle est présente comme officier de propagande et comme chanteuse. En 1946, Joséphine reçoit la médaille de la Résistance puis la Croix de guerre avant d’être nommée dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1961.

Retour à la vie civile

En 1947, avec son mari Jo Bouillon, elle achète le château des Milandes dans le Périgord, remonte sur scène et adopte au fil de ses tournées mondiales douze enfants de nationalités différentes qu’elle appellera sa « tribu arc-en-ciel ». Dans son combat contre le racisme et l’inégalité, elle soutient Martin Luther King et est à ses côtés en 1963, lorsqu’il prononce son célèbre discours « I have a dream ».

Mais les Milandes sont un gouffre financier. Ruinée et criblée de dettes, elle est chassée de son domaine par les créanciers. La princesse Grace de Monaco lui tend alors la main et lui offre un logement. Avec l’aide de Jean-Claude Brialy, elle triomphe sur la scène du théâtre Bobino pour les cinquante ans de sa carrière mais elle décède au lendemain de la quatorzième représentation. Elle a 69 ans et est inhumée en principauté monégasque.

Le 30 novembre, ses cendres ne seront pas transférées au Panthéon, sa famille préférant qu’elle reste inhumée à Monaco. C’est donc un tombeau vide orné d’une plaque, comme pour d’autres personnalités panthéonisées, qui rappellera le souvenir de cette femme exceptionnelle.

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