Le pape François : Fratelli Tutti et le voyage en Irak

Avez-vous lu la dernière encyclique du pape, « Fratelli Tutti » ? Le sous-titre est « lettre encyclique sur la fraternité et l’amitié sociale ». C’est un texte dense, touffu, sur lequel on voit bien qu’il faut revenir. Ce n’est pas un traité de théologie, c’est la proposition d’un homme de foi qui a autorité dans l’église, la parole d’un frère.

Le pape fait d’abord le constat d’un monde qui se ferme et ne conduit pas à la vie : conflits, populisme, mépris des pauvres, augmentation du racisme, des inégalités de richesse, des violences dans le monde, des cercles de personnes qui pensent la même chose, uniformisation des cultures. Dans ce monde, qu’est-ce qui est primordial ? La dignité inaliénable des personnes, de toutes les personnes et surtout des plus pauvres qu’il ne faut pas laisser en chemin et dont la vie, comme toute vie humaine, est porteuse de richesses.

Je vous laisse découvrir les questions que le pape adresse à chacun de nous dans sa méditation sur le bon Samaritain et les pistes pour retrouver la valeur de l’hospitalité et nous ouvrir avec bienveillance à d’autres cercles que ceux dans lesquels, de façon plus ou moins consciente, nous avons tendance à nous enfermer.

Une bonne partie de l’encyclique parle de politique : une politique à l’échelle d’un pays au service du bien commun, qui écoute le peuple, qui se projette économiquement sur le long terme dans un projet social et culturel, s’engage dans la tolérance, lutte par tous les moyens contre la pauvreté, accueille l’étranger ; mais aussi, une politique mondiale solidaire où la communauté mondiale n’est pas une somme de pays mais une communion entre pays. Le pape propose aussi des parcours pour se retrouver où pardon, justice, dialogue sont primordiaux. Dans ce cadre, il se prononce contre la guerre qui ne peut jamais être juste et entraîne forcément des victimes civiles innocentes, contre la peine de mort mais aussi la prison à vie et contre la dissuasion nucléaire.

Pour conclure, il affirme que les religions doivent être au service de la fraternité dans le monde, que les chrétiens doivent écouter la musique de l’Evangile et se confier à Marie, mère de la fraternité.

Quand on repose le livre, on se dit que c’est bien joli tout ça, mais c’est quand même les réflexions d’un idéaliste, d’un doux rêveur…

Sauf que … le pape est allé en Irak début mars. Non content de nous dire : voilà « le monde dont je rêve », il change le monde en se rendant dans une terre ravagée par les conflits de ces dernières années, en rencontrant l’ayatollah Ali Al-Sistani, haut dignitaire chiite, comme il l’avait fait l’an dernier avec le Grand Iman Ahmad Al-Tayeb et en proclamant à Mossoul :

Si Dieu est le Dieu de la vie – et il l’est – il ne nous est pas permis de tuer nos frères en son nom.

Si Dieu est le Dieu de la paix – et il l’est – il ne nous est pas permis de faire la guerre en son nom.

Si Dieu est le Dieu de l’amour – et il l’est – il ne nous est pas permis de haïr nos frères.

Un encouragement, pour chacun de nous à dialoguer, à être des instruments de paix, répandant l’amour du Christ par nos paroles ou nos écrits. Et surtout, une occasion de remercier le Seigneur de nous donner ce pape courageux, vrai homme de foi et de dialogue.

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