L’Écriture Sainte

Qu’est-ce que l’Écriture Sainte ? Pour les chrétiens, c’est une autre façon de désigner la Bible. L’écriture, comme la parole, communique la pensée. L’écriture devient sainte lorsqu’elle rend compte de l’expérience spirituelle. Mais le fait-elle avec exactitude ? Ce point a été et est toujours à l’origine de nombreux débats. En voici quelques aspects.

 

Notre pays, il y a plus de deux millénaires, était sous l’emprise des Druides. Ces hommes, très érudits, n’avaient aucun livre sacré. Ils faisaient une différence essentielle entre la transmission orale, capable de porter une pensée vivante, donc adaptée à la complexité de la communication humaine et l’écriture qui n’était pour eux qu’une parole morte, un cadavre. Ils n’utilisaient l’écriture (sur la base de l’alphabet grec) que pour les affaires civiles… et encore !

 

Pour surprenante que puisse paraître une telle position à notre époque, nous conservons, en partie, cette vieille mais respectable tradition dans le christianisme. Nos offices du dimanche comportent la lecture publique de textes de la Bible. Le lecteur, qui s’adresse à l’assemblée, redonne vie à l’écriture : sa voix et sa personnalité, sous l’impulsion de l’Esprit, animent, mettent en mouvement les mots pour une action sur les âmes. Par cet acte, l’écriture devient sainte car à partir d’elle s’opère une sanctification. L’Eglise montre bien le rôle éminent du lecteur, puisqu’elle réserve aux clercs la lecture du texte le plus important, celui tiré des Évangiles, laissant les autres lectures à des baptisés non consacrés, mais cependant choisis spécialement.

 

Le texte de la Bible est aussi revitalisé par la ‘ lectio divina ’ou lecture spirituelle qui se fonde sur les quatre sens de l’écriture reconnus par les Juifs et repris par les Pères de l’Eglise, théologiens éminents des premiers siècles de l’Eglise.

  • La‘ lectio ’n’est en réalité que la première étape de cette démarche et sert à replacer l’écrit dans le contexte de son époque pour retrouver son sens historique. 
  • Elle est suivie de la‘ meditatio ’qui, par une réflexion sur le texte, va en percevoir les symboles et donner son sens allégorique.
  • L’étape suivante :‘ oratio ’ est, sur la base du texte, une conversation avec Dieu, donc une prière et fait référence au sens moral, c’est-à-dire au lien qu’il permet d’établir entre Dieu et les hommes. 
  • Enfin vient la ‘ contemplatio ’: écoute de Dieu qui suppose une libération aussi complète que possible du verbiage mental qui court en permanence dans la conscience humaine. Elle ouvre au sens spirituel du texte ou sens anagogique. 

L’office dominical, dans sa première partie, est une forme adaptée de ‘ lectio divina ’.

 

Ainsi, un même texte peut appeler différents niveaux d’interprétation. Son sens historique, qui inclut le sens littéral, n’est pas a priori ce qui en fait un texte sacré, c’est-à-dire inspiré par Dieu. Ce point a souvent fait débat et encore actuellement. Les « créationnistes », si influents dans certains cercles américains, continuent de rechercher dans le texte de la Genèse une vérité scientifique sur le début de l’univers et l’apparition de l’homme, une interprétation désormais abandonnée par l’Eglise.

 

Il est légitime de se demander ce que le rédacteur d’un texte biblique a vraiment voulu exprimer. Mais pour cela, il faut connaître à la fois sa culture, les circonstances qui l’ont amené à écrire et sa technique rédactionnelle. Pour répondre à cette préoccupation, les études poussées faites par les sociétés d’études bibliques ont fait apparaître une grande diversité de genres littéraires : des chants, des prières, des codes de lois, des théophanies (manifestations de Dieu), des récits de miracles, des appels ou vocation (l’annonce à Marie par exemple), des paraboles ou allégories, des apocalypses, etc.. Chacun de ces genres littéraires a, bien sûr, ses codes de compréhension.

 

Le catholicisme, attaché à une interprétation canonique, institutionnelle de la Bible, n’a pas accepté facilement les vues nouvelles apportées par la recherche scientifique, qui prenaient en compte les genres littéraires. C’est chose faite aujourd’hui comme le confirment les documents pontificaux suivants : encyclique Providentissimus de Léon XIII (18 nov. 1893), encyclique Divino Afflante Spiritu de Pie XII (30 sept. 1943), déclaration Sancta Mater Ecclesia (21 avr. 1964) de la Commission Biblique Pontificale et surtout Constitution Dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II (18 nov. 1965).

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *