L’Eglise

L’Église n’est pas une institution parmi d’autres… Elle est surtout un mystère pour nous et doit le devenir pour tous. Si elle n’est pas mystère d’amour de Dieu pour nous, elle ne le sera pas pour tous. En avons-nous conscience quand nous prenons la parole ? Surtout en ce temps d’épreuve où tout est remis en cause ?

La communication de quelques figures médiatiques, prêtres ou évêques, n’a pas rendu compte de la réalité invisible de l’Église. Il restera de ces quelques déclarations, que l’Église s’est située au niveau des entreprises, commerces, musées, restaurants…. Pourquoi ouvrir les uns et pas les autres ? Serions-nous moins responsables que d’autres ? Nous avions présenté un plan avec des mesures de sécurité…au même titre que les autres. Nos fidèles attendent et sont en colère ?…Seulement nos fidèles ne sont pas nos clients ou des consommateurs. Notre Église n’est pas une entreprise empêchée dans son fonctionnement par les circonstances, en attente d’efficacité et de performance.

En ce temps de souffrance pour toute la société, de confinement difficile, voire douloureux pour certains et certaines familles, de solidarité magnifique pour d’autres, de courage dans l’exercice professionnel pour beaucoup, à commencer pour les soignants… il ne fallait pas centrer les projecteurs sur soi, sur la question de la reprise de notre activité, sur la déception voire la colère de ne pas être traités à l’égal des autres… car tout simplement notre Église ne fonctionne pas comme les autres institutions. Elle porte en elle et pour toute l’humanité le mystère de compassion, d’encouragement, de tendresse et d’émerveillement. Notre ministère de la parole n’aurait dû être centré que sur cette parole de Dieu riche en humanité et riche pour l’humanité tout entière. Une parole d’émerveillement, oui, car l’émerveillement est le signe d’un cœur, cœur d’enfant, qui aime, qui bat avec et pour les autres. Tout le ministère de Jésus est un ministère d’émerveillement dans ses rencontres où II voit, comme nul autre, les attentes, les héroïsmes au quotidien, les souffrances intimes liées au travail et à la vie de famille… Et plus II s’émerveillait, moins l’institution de son époque le comprenait.

J’entends en interne, déception, colère, reproches. On ne nous écoute pas. Mais sommes-nous à l’écoute de ce que vivent nos contemporains ? Sommes-nous à l’écoute les uns avec les autres ? La question n’est pas d’abord la reprise de nos activités liturgiques, catéchétiques….etc. mais de prendre le temps déjà entre nous de l’émerveillement devant les chemins de foi vécus par les uns et les autres, de prendre le temps de partager nos émerveillements devant les comportements des hommes et des femmes autour de nous, croyants et incroyants. J’écoutais telle maman me raconter comment elle avait vécu la veillée pascale dans son jardin autour d’un feu, avec ses enfants, revisitant les signes de cette liturgie et les textes de la Parole de Dieu. Et tant d’autres expériences qui ne disent pas qu’on se passe facilement de la prière en communauté mais qu’elles sont l’occasion d’une découverte nouvelle du mystère de Dieu qui nous aime.

Oui, notre Église a continué à vivre, peut-être même mieux, parce que le chemin dans les cœurs bousculés dans les habitudes ou éprouvés par de multiples souffrances, a été plus profond et plus à l’écoute de la douce présence divine dans le secret. Il eût fallu, qui suis-je pour donner des conseils sinon apôtre attentif d’une Bonne Nouvelle pour tous, avoir un coup d’éclat médiatique pour proclamer d’abord et uniquement le mystère de Dieu qui agit dans tous les cœurs de ces soignants courageux, de ces familles confinées, de ces personnes solidaires, de ces gouvernants à la barre en pleine tempête…. Il eût fallu inviter tous, en particulier dans nos communautés, comme le pape François lors d’une messe à Saint Marthe « à la patience et à la prudence ». Un autre temps serait venu pour poser de façon sereine des questions sur la reprise, sans suspecter personne d’anticatholicisme.

Oui, il eût fallu…communiquer autrement, en se rappelant avec Bernanos: « Ce qu’il y a de plus profond dans le christianisme, c’est l’amour de Dieu pour la terre. Que Dieu soit riche au ciel, cela, les autres religions le savent aussi ».

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