Les druides

Nos ancêtres les Gaulois n’ont laissé, volontairement, ni écrits, ni monuments par volonté explicite de leur élite intellectuelle : les druides, que Jean-Louis Brunaux, archéologue au CNRS, qualifie de « philosophes chez les barbares ».

A travers les aventures d’Astérix le Gaulois, tous les jeunes français connaissent Panoramix, druide à la longue tunique blanche, savant et subtil, récoltant le gui, faucille d’or à la main, sur un chêne sacré, ou préparant la potion qui rend invincibles les guerriers de son irréductible village, au temps de la conquête romaine.

Les Gaulois sont les Celtes installés entre Seine et Garonne (1). Sans organisation politique centralisée, ils vivaient très majoritairement en habitat dispersé, mais aussi dans des oppida (villes fortifiées) et avaient une structure sociale en trois classes. Celle des producteurs : artisans, agriculteurs, éleveurs, etc., celle des guerriers et celle des druides qui fixaient les règles de la vie sociale.

Le druide était le personnage le plus important, avant tout gardien du Savoir et de la Sagesse. Un savoir acquis auprès d’autres druides au cours d’une vingtaine d’années de formation, perfectionné en permanence par échanges entre druides, en particulier dans une réunion annuelle chez les Carnutes (2), qui servait aussi à maintenir un lien entre tribus. Les druides apprenaient la lecture et l’écriture (ils utilisaient l’alphabet grec), mais considéraient la parole écrite comme morte et de ce fait, n’ont laissé aucun texte. Le savoir était totalement mémorisé, transmis oralement. Les druides éduquaient les jeunes hommes des familles dominantes, choisissant, en cours de formation, ceux qui présentaient les caractères requis pour affronter les exigences de leur fonction (qualités mentales et morales), seuls admis à partager, très confidentiellement, les aspects spécifiques de leur sagesse.

D’où venait le savoir des druides ? Il y eut deux foyers culturels principaux, en zone celte, au cours de leur longue histoire. Mais la similarité de certains de leurs enseignements avec le pythagorisme laisse supposer des racines communes plus anciennes (Pythagore, premier philosophe grec, vécu au VIè s. avant J.-C., et avait fréquenté tous les lettrés de son époque, au Moyen-Orient, en Égypte et en Grèce).

Lettré et sage, le druide s’était rendu indispensable dans la société gauloise encore barbare, en conseillant et en éduquant. Sa longue tunique blanche est l’insigne de l’initié, celui qui connaît la façon de s’adresser aux dieux. Maître du rituel, toute cérémonie se déroule sous sa présidence, mais il n’est sans doute pas le sacrificateur. Initié aux mystères de la nature et de l’âme humaine, il a cultivé intensément les facultés psychiques qui lui permettent de prévoir l’avenir (ce qui, au fil du temps, deviendra une spécialité : le vate ou devin), de prendre l’ascendant sur les personnes (certains druides étaient crédités de la faculté de pouvoir séparer deux armées prêtes à l’affrontement, une vertu bien utile au milieu de ces tribus querelleuses). Il développait également l’art poétique pour faire la louange, la satire ou le blâme, un art pratique pour l’éducation et la conduite de la population, ce qui deviendra une autre spécialité : le barde.

Aucune action militaire n’est entreprise sans l’accord et les conseils du druide, lequel joue aussi le rôle de législateur et de juge, fonctions dont il a l’exclusivité. Par observation des étoiles, il fixe le calendrier et les jours propices à diverses activités. Âme pensante de sa tribu, inspirant et normalisant sa vie sociale, il en est aussi la mémoire.

Les druides enseignaient l’immortalité de l’âme, ce qui rendait les guerriers gaulois particulièrement redoutables car ils ne craignaient pas la mort. Le druidisme, qui connut sa période la plus florissante aux IVe et IIIe siècles avant notre ère, s’est ensuite affaibli. L’évolution de la société gauloise, qu’il avait préparée, lui a été préjudiciable. Il fut interdit par Rome, au 1er siècle de notre ère.

1- Au cours des migrations celtes, des tribus se sont installées au centre de la Turquie actuelle. Appelés Galates, ils ont été évangélisés par l’apôtre St Paul qui s’adresse à eux dans une épître.

2- Carnutes : tribu occupant le territoire au nord d’Orléans.

 

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