MARSEILLE CHRETIENNE

Dans notre numéro de mars dernier, nous évoquions  Marseille  promue cette année avec toute la Provence « capitale européenne de la culture » ; abordons aujourd’hui le rôle que le christianisme et plus largement les religions monothéistes ont joué à Marseille. Sa situation exceptionnelle sur la Méditerranée a certes favorisé son essor commercial mais aussi les contacts avec les communautés chrétiennes du bassin méditerranéen et plus largement de l’Orient. Les premiers apôtres de la Gaule sont bien souvent arrivés par Marseille. Et comme selon Mgr Jean-Marc Aveline (1), « le cœur de la ville bat dans ses quatre basiliques » (2) allons à leur découverte, chacune ayant sa spécificité architecturale.

Commençons par la Major, la basilique-cathédrale (3). Il s’agit du plus ancien siège épiscopal, sans doute celui de Proculus en 381, et comme dans chaque ensemble épiscopal, il y avait un baptistère mis à jour au XIXe siècle. Les invasions des Sarrazins ont ruiné l’ensemble qui sera reconstruit au XIe et parachevé aux XVe et XVII siècles pour finalement faire place à la nouvelle Major ou sainte Marie Majeure du XIXe, de style néo-byzantin. Elle est somptueuse avec son déambulatoire et ses chapelles rayonnantes, sa coupole, ses quatre cent quarante- quatre colonnes de marbre, ses mosaïques où alternent le blanc et le vert. C’est la plus vaste église construite depuis le Moyen-Age. Sur le parvis, se dresse la statue de Mgr de Belsunce, célèbre par son dévouement lors de la grande peste qui décima Marseille en 1720. Sûrement fortifiée, la Major devait protéger la ville. De l’édifice primitif du Moyen Age, subsistent une seule travée, le chœur et une partie du clocher. Quant au baptistère «  Saint Jean » paléochrétien, de forme octogonale, c’était un des plus vastes de la chrétienté ; il est malheureusement partiellement enfoui sous une travée de la nouvelle Major.                                                                                                                     

Notre-Dame-De-La-Garde, familièrement appelée « la Bmarseille 2onne Mère », soufflera l’an prochain ses huit cents bougies. Juchée sur un piton calcaire de 149 m, elle fut reconstruite en 1853 dans le style romano-byzantin  cher aux architectes du XIXe siècle, avec un décor de mosaïques. Comme l’affirme Mgr Aveline, c’est le symbole de l’unité de la ville car elle veille sur tous ses habitants, quels qu’ils soient ; tous y montent, chaque fois qu’un événement joyeux ou triste survient et il faut du souffle !  Les ex-voto témoignent de la reconnaissance filiale des marins. L’ultime regard de ceux qui partent au loin, dont les missionnaires, se tourne vers la Bonne Mère qui tient son enfant ; son souvenir les accompagne qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans. Ces derniers montent souvent prier « Myriam » dont le nom apparaît plusieurs fois dans le Coran.

 Au cœur du quartier du Prado, la basilique du Sacré-Cmarseille 3œur est la plus grande paroisse de Marseille, un haut lieu de la dévotion des Marseillais au Sacré-Cœur. Ce culte s’était développé dès le XVIIe siècle avant même les apparitions de Paray-le-Monial (1673).

Lors de la peste de 1720, une religieuse Anne Madeleine Rémuzat suggéra à Mgr de Belsunce de consacrer le diocèse au Sacré-Cœur. Depuis 1986, ce ne sont plus les échevins qui, respectant le vœu de 1720, renouvellent la consécration au Sacré-Cœur mais des représentants de la chambre de commerce. L’édifice de style « romano byzantin » date de 1920. Il est dédié aux morts de toutes les guerres et au fronton on peut lire : « A tous les soldats morts pour la France, Marseille reconnaissante ».

Terminons notre découverte des quatre basiliques par Saint-Victor. Le culte dmarseille 4e saint Victor, martyrisé sous Dioclétien à Marseille dont il était originaire, est très ancien et une abbaye lui fut dédiée dès le IVe siècle. Elle connaîtra un grand rayonnement en   Provence et même en Sardaigne et Catalogne : trois cents prieurés et monastères en dépendaient ! Elle avait été fondée à l’emplacement d’anciennes carrières qui, abandonnées, servirent de nécropole païennes puis chrétiennes au IIIe siècle ; l’inhumation se faisait d’abord dans des tombes creusées dans la roche puis dans des sarcophages superposés. Cassien un moine venu d’Orient, participa à la fondationmarseille 4 du monastère et introduisit le culte marial.

Après une période obscure, suite aux invasions des Sarrasins, l’abbaye renaît au Xe siècle. Elle sera fortifiée sous la houlette de Grimeau, futur Urbain V et ressemble à une forteresse. Comme de coutume, on a construit la basilique romane du XIe siècle sur la crypte de la première, mais en conservant l’autel paléochrétien et les reliques des saints Victor et Cassien. Chaque 2 février, à la Chandeleur, on vénère « Notre-Dame de Confession des Martyrs » (4), la Vierge noire ; depuis le port, l’évangile est apporté en une longue procession.

On peut dire qu’ici sont véritablement les racines chrétiennes de Marseille

 1) Mgr Aveline : Vicaire général et directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée.  

2)  Basilique : églises dotées par le pape d’un statut particulier et rattachées directement à Rome. Ce sont souvent des lieux de pèlerinages, par exemple le Sacré-Cœur à Paris.

3) La cathédrale est le siège de l’évêque.

4) On appelle « confession » un autel placé au dessus de la tombe d’un martyr. comme à Saint-Pierre de Rome, car le martyr a  » confessé sa foi « .

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