Michel Legrand, un boulimique de la musique

Il porte bien son patronyme, ce célèbre Michel, car il fut un très grand : pianiste, compositeur, chanteur, adaptateur et chef d’orchestre. On pourrait même le taxer de boulimique de la musique !

Sa vie

Michel Legrand est né à Paris le 14 février 1932 et y meurt le 25 janvier 2019 : quatre-vingt sept ans dont soixante-cinq de carrière musicale. A quatre ans, il compose déjà sur un piano désaccordé laissé par son père qui a déserté le domicile familial. Il restera toujours jeune dans sa tête comme dans ses activités, ne disait-il pas qu’il fallait toujours être « un débutant ». Depuis quatre générations, les Legrand s’adonnent à la musique ; son père Raymond est un compositeur de renom. Pour lui, Michel écrit des arrangements d’orchestre et, grâce à lui, il entre dans l’univers de la chanson de variété, commençant une carrière d’accompagnateur et d’arrangeur pour des plus grands. Il a fait ses études au conservatoire de Paris avec Nadia Boulanger(1) comme professeur de piano et composition. C’est au festival de Rio (1964) où il présente des extraits des « Parapluies de Cherbourg » qu’il a le coup de foudre pour Macha Méril, interprète « d’Adorable menteuse » ; il a alors 30 ans, est marié à Christine Boucharel et a deux enfants (il en aura quatre) ; finalement, ce n’est qu’en 2014, après sa rupture d’avec la harpiste Catherine Michel, qu’il épouse Macha « l’amour de ma viema vie commence seulement maintenant ».

Son œuvre est si foisonnante qu’il est bien difficile d’en donner un aperçu. Les mélodies de ses chansons sont si connues qu’elles fleurissent sur bien des lèvres ! Evoquons tout d’abord sa contribution au cinéma, car on lui doit quelque cent-cinquante bandes originales qui lui valent trois Oscars à Hollywood. Mais c’est dans la comédie musicale qu’il s’est fait un grand renom principalement avec « Les parapluies de Cherbourg » et « Les Demoiselles de Rochefort ». Il avait transformé en comédie musicale à l’américaine la bande originale d’un scénario de Jacques Demy : avec lui, la musique n’est plus un accompagnement, elle prend la première place. Ajoutez à cette collaboration, une actrice de charme, Catherine Deneuve qui savait si bien préparer « le cake d’amour » dans le film « Peau d’âne ».

Comme pianiste, accompagnateur, il a servi bien des vedettes de la chanson tels Catherine Sauvage, Henri Salvador, Zizi Jeanmaire, Franck Sinatra, Nana Mouskouri, Mireille Mathieu, Raymond Devos et Maurice Chevalier qui l’engage comme directeur musical en 1954. A partir de 1964, il interprète lui-même ses propres chansons. Il passe sans problème de la musique classique au jazz qu’il a découvert à l’adolescence et dont il sera l’un des importateurs en Europe. Il est encore bien jeune (1954) quand la firme Columbia lui demande un recueil de rengaines populaires ; ce sera « I love Paris » dont le succès fut et demeure énorme.

Quittons ce musicien exceptionnel avec son ultime message : « J’ai le regret de vous dire » publié en 2018. Si Michel Legrand nous a quittés, prenant peut-être place dans le concert des anges, sa musique n’est pas prête de déserter notre planète, il a tant de fans !

 

(1) Nadia Boulanger (1887-1979) fut un professeur de piano, d’orgue et de composition de grande renommée. « Mademoiselle » comme on l’appelait, avait une mémoire prodigieuse. C’était une pédagogue remarquable dont la technique d’enseignement était très moderne. Elle exerça durant soixante-quinze ans et vécut avec sa sœur Lili, très douée elle aussi à Gargenville, plus exactement au hameau d’Hanneucourt qui conserve « les Maisonnettes » où elles vécurent, devenues centre de culture musicale.

Voir également dans notre numéro de novembre 2017 un article qui lui est consacré : « Une vie dédiée à la musique : Nadia Boulanger »

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