Orthographe ou ortografe ?

L’orthographe française est difficile et pour les étrangers qui apprennent notre langue (et aussi pour les Français eux-mêmes!) ? Le français demanderait à être simplifié mais cela ne résoudrait pas le problème.

L’orthographe (racine orthos, droit, correct et graphe, écriture) désigne l’ensemble des normes qui règlent la façon d’écrire dans une langue. On ne peut parler d’orthographe sans parler de l’étymologie, c’est-à-dire de l’histoire des mots qui font cette langue. L’histoire des origines gréco-latines de notre langue explique pour beaucoup la façon de l’écrire. Sans référence à ces racines on pourrait écrire « ortograf  » par exemple.

Les langues étant des systèmes très anciens avec une existence toujours actuelle et donc des évolutions, leurs règles ne sont pas forcément logiques sur le plan sémantique, oral ou écrit et les changements sont difficiles à contrôler. Quand elles sont logiques, elles permettent de comprendre le sens d’un mot, quand elles ne le sont pas, elles servent juste à établir des distinctions de classe. Par exemple : pourquoi écrire charrue avec deux « r » alors que chariot n’en prend qu’un ?

Le processus de normalisation s’attache à trois éléments de la langue : sa grammaire, sa syntaxe et son orthographe. L’orthographe concerne uniquement l’écrit. Or la majorité des langues du monde ne possède pas d’écriture : elles ne sont utilisées qu’à l’oral. L’orthographe est une institution relativement moderne, faite pour rationaliser et favoriser l’édification de l’état-nation.  

La situation de l’orthographe est très variable selon les langues : certaines, comme l’italien, l’espagnol, l’allemand, le russe, le grec ont été réformées et ont simplifié leur orthographe dans un sens phonétique et régulier. Entre le Moyen-âge et le 19ème siècle, l’écriture du français a beaucoup évolué.

Depuis 1835, plus personne ne veut y toucher et la réforme proposée en 1991 a été pratiquement enterrée. Pourtant ? La langue française est une langue vivante et chaque jour elle s’enrichit de nouveaux mots. Cette évolution est normale ; elle a lieu dans toutes les langues vivantes et se fait naturellement. Paul Laurendeau, ancien professeur de linguistique, considère qu’on ne devrait pas juger ce que les gens ont à dire en fonction de leur capacité d’écrire un mot correctement. C’est pourquoi les instances compétentes proposent de temps en temps des modifications.

L’orthographe, qui peut être vue comme le « vêtement » de la langue, n’évolue que très peu, voire pas du tout d’elle-même (toute tentative d’un individu pour changer l’écriture serait perçue comme une « faute d’orthographe »). Le langage SMS, très utilisé surtout par les jeunes mais pas seulement, nécessite d’avoir des normes afin d’être lisible par tous, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

De plus en plus, on traite l’orthographe comme quelque chose de précieux qui se fait rare et l’on s’extasie lorsqu’elle est bien utilisée. Pour peu, elle deviendrait tendance. Il existe une demande sociale d’orthographe considérée comme immuable, belle, juste, vue comme un patrimoine et une richesse de la langue. Pourtant les fautes d’orthographe sont partout ! Les correcteurs automatiques sur ordinateur n’en repèrent seulement que 20 à 30 % ! Elles se multiplient tant à l’école que dans les entreprises, à tel point que certaines d’entre elles s’offrent les services d’un « coach » en orthographe.

Encore un métier qui a de l’avenir, à condition que le coach sache aligner trois mots sans faute !


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