Solar Orbiter : direction le soleil !

Le 10 février dernier, lancée par une fusée américaine, la sonde Solar Orbiter de l’Agence Spatiale Européenne, construite par Airbus Defence and Space, s’est envolée de Cap Canaveral direction le soleil. En utilisant plusieurs fois l’assistance gravitationnelle de Vénus, Solar Orbiter se rapprochera du soleil jusqu’à moins d’un tiers de la distance Terre-Soleil, soit environ 42 milliards de kilomètres. Et cela en deux ans ! Pas de problème d’énergie, les six panneaux solaires de 2,5 m² chacun sont là, mais, vous pouvez bien l’imaginer, un vrai problème de température qui lui vaut d’être protégée par un bouclier thermique pouvant résister à une température de 520° C !

Mais pourquoi donc aller chatouiller le soleil ?

Vous avez sûrement entendu parler des aurores boréales. Mais savez-vous qu’en 1859, on a pu en observer jusqu’à Cuba ? C’est une des manifestations de l’ « événement de Carrington » lors duquel des agents des télégraphes aux Etats Unis reçurent des décharges, des stations de télégraphie brûlèrent… Vous souvenez-vous des perturbations des radars dans l’espace aérien en 2015 dans le ciel scandinave ? Eh bien ces phénomènes sont dus à ce qu’on appelle des vents solaires plus ou moins violents : ce sont des éruptions solaires qui éjectent des nuages de champs magnétiques et de particules qui se propagent dans l’espace et viennent perturber la sphère magnétique de la terre. Si elles sont jolies et inoffensives dans le cas des aurores boréales classiques, elles sont beaucoup plus dangereuses dans les phénomènes cités ci-dessus.

Comprendre le mécanisme des vents solaires

L’objectif principal de la mission Solar Orbiter de l’ESA, en collaboration avec la NASA, est donc de mieux comprendre comment le soleil génère le vent solaire et l’héliosphère, l’enveloppe magnétique – porteuse de ce vent – dans laquelle baigne et interagit tout notre système solaire. La source du champ magnétique solaire et ses variations au cours du cycle d’activité solaire seront aussi scrutées pendant cinq à neuf ans. La sonde doit également transmettre les premières images des pôles solaires. Le mécanisme des éruptions solaires sera particulièrement étudié et pourrait aider à mieux prévoir les tempêtes solaires et donc les effets perturbateurs sur Terre et sur nos satellites, comme par exemple sur les communications radios et les signaux GPS. D’autres mystères seront peut-être aussi résolus : ainsi, on ne comprend toujours pas pourquoi la surface du Soleil (appelée la photosphère) est à 6 000° C alors que la couronne (l’atmosphère de notre étoile qui s’étend à des millions de kilomètres) atteint 2 millions de degrés.

Les nouvelles données recueillies complèteront celles de la sonde Parker de la NASA lancée en 2018 qui, certes, s’approche beaucoup plus (24 millions de kilomètres récemment avec des distances encore plus courtes à l’avenir) mais emporte moins d’instruments.

La communauté scientifique française a fortement contribué à la mission Solar Orbiter en fournissant plusieurs instruments permettant la mesure des particules et des champs électriques et magnétiques du vent solaire ainsi que l’observation de l’atmosphère de notre étoile. Le Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement et de l’Espace (LPC2E) du CNRS à Orléans a en particulier conçu et réalisé le capteur de champ magnétique alternatif qui permettra de caractériser les variations du champ magnétique et de mieux comprendre la dynamique du vent solaire.

Pour l’heure, les panneaux solaires et les bras de Solar Orbiter supportant les capteurs magnétiques se sont parfaitement déployés, souhaitons lui bonne route !

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