Solenn LARNICOL, illustratrice de livres pour la jeunesse … mais pas que !

C’est juste avant une séance de dédicace à la librairie « Des livres et vous » à Meulan que nous avons rencontré Solenn Larnicol. Cette jeune illustratrice, ravie de retrouver les rues de son enfance, nous a parlé du chemin qui l’a menée à l’illustration, elle nous a aussi fait part de ses espoirs, écoutons la

Bonjour Solenn, merci de prendre un peu de votre temps pour nos lecteurs. Alors, racontez-nous, comment devient-on illustratrice ?

Oh là là, quelle question, comment vous dire ? C’est à la fois simple et compliqué, mais allons-y, tentons d’expliquer l’inexplicable. Tout d’abord, et c’est indispensable même si ça va de soi, il faut avoir la passion du dessin. Pour ma part, aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours dessiné, depuis toute petite, partout et sur le moindre morceau de papier. C’est donc assez naturellement que je me suis orientée vers cet art. Après les années collège à Henri IV à Meulan, c’est au lycée Camille Claudel à Vauréal que j’ai préparé le bac. Je n’étais pas très sûre de réussir dans le milieu artistique et tenais à avoir un diplôme qui me permette d’intégrer une filière générale, aussi je me suis présentée au bac littéraire. Une fois ce bagage obtenu, toujours dans le même établissement, j’ai passé ce que l’on appelle une « MANAA » (mise à niveau en arts appliqués) puis après une année à l’école Estienne à Paris, j’ai effectué un stage en tant que chargée de communication à la Nacelle à Aubergenville. J’ai ensuite eu la chance d’entrer à l’école Auguste Renoir dans laquelle j’ai passé un diplôme en métier d’arts (DMA). Pour finir, j’ai étudié une année en FCIL (formation complémentaire d’initiative locale) guidée et épaulée par des dessinateurs professionnels tels que Guillaume Dumont, Laurent Corvaisier et Emmanuel Kerner (des références dans le domaine de l’illustration ; ils collaborent à de nombreux magazines comme Lire, Télérama, Phosphore, Astrapi et au quotidien Libération). Par chance, en 2011, j’ai été sélectionnée pour présenter mes dessins à la foire internationale du livre de jeunesse de Bologne en Italie (58 pays représentés, 2800 participants dont seulement 76 sont sélectionnés pour exposer leur travail). Sur les sept artistes français choisis pour ce rassemblement, nous étions deux de ma classe, ce qui montre bien l’excellence du niveau d’enseignement.

Voilà, c’était parti ?

Oui, enfin pas tout à fait, car même si ma participation à cette exposition m’a permis de rencontrer de nombreux décideurs et d’être (un peu) reconnue, il restait à vraiment intégrer le monde de l’illustration. Bien sûr, parallèlement je complétais ce que l’on appelle dans notre jargon le « book », une sorte de dossier regroupant toutes, ou une partie représentative, des œuvres d’un artiste. Et là je peux vous dire qu’il faut oser frapper aux portes, envoyer des dossiers, aborder au cours des salons les éditeurs pour leur présenter son travail ; ce n’est pas gagné. C’est après avoir envoyé mes dossiers à « Rue du Monde », une maison d’édition spécialisée dans le genre jeunesse et réputée pour sa qualité, que tout s’est déclenché, j’en suis encore très surprise car tout est allé assez vite.

Vous travaillez exclusivement avec cet éditeur ?

Pour l’instant j’ai collaboré trois fois avec « Rue du Monde » et en particulier avec Alain Serres, un des grands auteurs de livres pour enfants (ce poète réputé est connu aussi pour avoir collaboré à plusieurs scénarios de dessins animés pour la télévision) ; c’est vraiment un grand honneur pour moi. Mais je n’ai pas de contrat d’exclusivité, même si cette maison est réputée pour sa fidélité avec ses illustrateurs. Je travaille aussi pour d’autres éditeurs : en janvier j’ai réalisé une illustration pour le magazine trimestriel XXI et tout récemment j’ai décroché un contrat avec les éditions Milan, un des ténors des magazines jeunesse ; je vais illustrer un livre dans la série « j’apprends à lire ». Tout en restant dans le domaine artistique, j’essaye aussi de diversifier mes activités. Ainsi, l’an dernier j’ai effectué un stage avec Nathalie Choux, une illustratrice qui s’est lancée dans la céramique, ce sera une façon différente de créer.

Tout va tellement vite en ce moment, je pensais vraiment que ce serait plus long d’intégrer ce monde un peu fermé de l’illustration ; j’ai sans doute eu beaucoup de chance.

De la chance, peut-être, mais aussi beaucoup de talent. Pour ma part je trouve vos dessins emplis de poésie et d’une grande délicatesse, vous passez sans doute beaucoup de temps à les réaliser ?

Effectivement cela prend un certain temps, mais cela dépend aussi beaucoup de mon inspiration du moment, parfois l’imagination peut-être en panne et je ressens le stress de la feuille blanche ; heureusement ce n’est pas fréquent. Pour en revenir au temps passé, j’appelle certains de mes croquis « dessins de 10 heures… », c’est significatif.

Où puisez-vous votre inspiration ? Comment avez-vous trouvé votre style ?

En ce qui concerne l’inspiration, je vais la chercher à l’extérieur, au milieu de la nature. J’ai besoin de sortir, de rencontrer des gens, de regarder très attentivement les fleurs, des feuilles, des oiseaux, des animaux ; en fait je me nourris du quotidien, il alimente largement mes dessins. Quant à mon style, j’ai beaucoup de mal à le définir. J’ai l’impression de ne pas être aussi originale que ça. J’ai « piqué » un petit quelque chose à quelques illustrateurs pour lesquels j’avais de l’admiration et dont les croquis me plaisaient, j’en ai fait une sorte de synthèse et voilà ce que cela donne.

 

Mais vous savez, rien n’est jamais fini, je suis toujours en veille, à l’affût de tout ce qui se passe de neuf, aussi bien en livres jeunesse qu’en bandes dessinées. C’est indispensable aussi pour renouveler mes sources d’inspiration et faire évoluer mon style.

Quelle technique utilisez-vous pour vos dessins ?

Pratiquement tous mes croquis sont réalisés à l’aquarelle, rehaussée, surtout pour les ombres et quelques petits détails, d’une touche de crayon à papier. J’utilise parfois l’ordinateur, mais uniquement pour modifier les couleurs, pour travailler sur l’harmonie entre elles.

Comment travaillez-vous avec l’auteur, comment se passe l’échange texte-dessin ?

En général je travaille à partir du texte envoyé par l’éditeur. C’est lui qui le reçoit du scénariste et imagine le « mariage » auteur-illustrateur ; c’est un cocktail difficile à composer, mais quand ça marche, le résultat est à la hauteur. Il peut parfois se former des binômes qui vont travailler ensemble sur plusieurs ouvrages, c’est surtout le cas pour les bandes dessinées. En tous les cas ce mariage n’est pas facile, je l’ai testé, sans succès.

Comment vous est venue l’idée de dessiner pour les enfants ?

Mes dessins font la part belle aux rêves, qui sont le plus souvent (c’est peut-être dommage ?) le domaine de l’enfance, c’est sans doute pour cette raison qu’ils illustrent le plus souvent des livres pour la jeunesse. Ils sont aussi emprunts d’une certaine naïveté qui leur plaît beaucoup. Ceci dit, au départ je dessine pour tout le monde, ce n’est pas un choix. J’ai envie de voir et de montrer le monde sous ce côté poétique et un peu candide et surtout de rendre les gens heureux ; j’espère y arriver à travers mes petits croquis. De toutes les façons, vous savez, les enfants ne sont pas si « innocents », ils voient dans mes dessins beaucoup de choses que les adultes ne soupçonnent pas, c’est le propre d’une œuvre, chacun y prend ce qu’il veut bien, chacun à son niveau.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Comme je vous l’ai dit, j’ai le sentiment que tout est allé très vite, de vivre un rêve, éveillée ; je ne fais donc pas trop de projection dans le futur. Je travaille pour un éditeur qui a la réputation de respecter une certaine fidélité avec ses auteurs et ses illustrateurs, j’entame une nouvelle collaboration avec une grande maison de la presse pour jeunes, je suis donc plutôt optimiste, même si j’ai conscience que rien n’est jamais gagné. Mais je dois dire que je suis toujours surprise que ça marche… moi qui dessinais pour moi, je me rends compte que mon travail intéresse et plaît, c’est formidable, non ? En plus, j’ai la grande chance de faire un travail passionnant, en quelque sorte de m’amuser en travaillant, que demander de plus ?

Merci beaucoup Solenn pour ce moment de partage simple, nous sommes très heureux de votre réussite et vous souhaitons une longue carrière et beaucoup de belles rencontres. Nous ne pouvons que conseiller à nos lecteurs de visiter votre blog sur internet, http://solylaisse.blogspot.fr/, ils trouveront là, poésie et grâce, deux choses devenues bien rares dans notre monde moderne.        

                                                           (Propos recueillis par Jannick Denouël)

 

A noter : le 21 octobre 2012, Solenn Larnicol participera avec de nombreux artistes plasticiens à l’opération portes ouvertes « Entre Seine et jardins » à Vaux-sur-Seine.

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