Une grande première à Paris : l’exposition Hopper !

Edward Hopper fait partie de ces artistes connus, même très connus mais très peu exposés en France, voire en Europe. Il est presque sûr que beaucoup d’entre vous connaissent ses toiles les plus célèbres, telles que « Station-service », « Les oiseaux de nuit » ou encore « Compartiment C, voiture 293 », elles ont d’ailleurs été maintes fois reproduites soit sur des posters ou des cartes postales, mais, à moins d’avoir fait le voyage à Chicago ou New-York et d’y avoir visité les musées d’art, vous êtes sans doute très peu à les avoir vues réellement.

Les organisateurs de cette magnifique rétrospective, présentée dans les grandioses galeries du Grand Palais à Paris, ne font donc que rendre justice à ce grand peintre, présenté souvent comme l’artiste le plus représentatif de l’Amérique de la première moitié du XXème siècle.

Né en 1882 dans l’état de New-York, au nord-est des Etats-Unis, Edward Hopper s’est très tôt intéressé au dessin d’abord puis à la peinture. A la « New-York school of Art », il suit, en compagnie de quelques peintres (comme George Bellows) devenus rapidement célèbres, les cours de Robert Henri, une référence. Pourtant  pendant une vingtaine d’années, il a beaucoup de mal  à vivre de ses œuvres et pour gagner sa vie, il collabore à certains magazines en tant qu’illustrateur ou en donnant des cours de dessin et de peinture. Pendant cette période, en particulier entre 1906 et 1910,  il a aussi l’occasion de faire trois voyages à Paris. Il en revient très imprégné du style des impressionnistes français, en particulier Courbet et Degas (plutôt francophile, Edward Hopper lit aussi Proust dans le texte et est capable de réciter des poèmes de Verlaine).

Après ces années, au cours desquelles il a forgé son style, il rencontre enfin le succès et c’est en 1923 qu’il vend sa première toile à un établissement public. A cette même époque, il rencontre Joséphine Verstille, « Jo », jeune peintre elle aussi, qui deviendra son épouse en 1924. Elle sera aussi sa grande inspiratrice et surtout son principal modèle. Après cette première vente, il devient rapidement célèbre, et est vite considéré  comme « le » représentant du style américain ; en 1933, une première exposition lui est entièrement consacrée au « Museum of Modern Art de New-York » ( MoMA), c’est la consécration !

Sa peinture, qui peut sembler a priori très réaliste, voire naïve, est en fait beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît ; Emmanuel Pernoud, un historien de l’art reconnu, le qualifie de « peintre de l’attente ». C’est vrai que lorsqu’on regarde un peu mieux ses toiles, on a le sentiment que les personnages, souvent seuls, semblent attendre. Leurs attitudes, les pièces vides autour d’eux, les rues, la plupart du temps désertes, même la campagne montrée nue, donnent cette impression un peu bizarre de solitude, de mélancolie, d’attente de quelque chose qui va arriver…

Ce sentiment de solitude persiste même lorsque les personnages sont nombreux. Ainsi, dans « Gens au soleil », un tableau dans lequel cinq personnes sont peintes allongées dans des chaises longues, les personnages semblent seuls, même s’ils sont ensembles. C’est ça le paradoxe Hopper, des tableaux qui symbolisent totalement l’Amérique tout en étant aux antipodes ; pas de hauts immeubles, pas d’embouteillage, pas de grandes prairies, et pourtant c’est vraiment les Etats-Unis ! On peut d’ailleurs retrouver un peu de l’atmosphère de ses toiles chez certains des grands romanciers américains de l’entre-deux guerres,  comme William Faulkner, ou dans le cinéma classique américain des années 50, en particulier chez Alfred Hitchcock (qui s’est d’ailleurs inspiré de toiles de Hopper pour ses films « Fenêtre sur cour » et « Psychose »).

Voilà une exposition à ne pas manquer, non seulement pour la rareté des tableaux du maître dans nos galeries, mais aussi pour la grande émotion qu’ils suscitent, un mélange de fascination, de mélancolie et d’évasion, ce qui est rare !

Rétrospective Edward Hopper, du 10 octobre 2012 au 28 janvier 2013, galeries nationales du Grand Palais

 

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