Et si les mots parlaient d’eux-mêmes ?

Deux poèmes, un même thème. Deux voix, deux sensibilités. Nous vous invitons à lire ces deux versions – Version A et Version B – et à vous laisser guider par ce que les mots éveillent en vous : une émotion, une image, un souvenir, … ou simplement une préférence. À vous de choisir.

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Pluie d’été

version A version B
Le soleil, la lune qui voulaient nous leurrer

Avaient grisé l’azur presque au point de pleurer.

Pas d’éclair, de tonnerre, ce n’était pas l’orage

Mais une dépression, de lourds sanglots de rage.

 

Et même le silence avait chassé le bruit…

 

Soudain le sol frappé sèchement, ruissela.

Avide, il but l’eau de vie, même la lie

Mais bien vite enivré par ce flot insista

Pour rendre ce trop-plein avant l’alalie.

 

Et même le ciel avait plagié la nuit…

 

La sage chaussée, d’ordinaire ascétique,

Éructait de très lourds chapelets de jurons.

En lançant des regards luisants, pathétiques,

Rejetait écœurée, des torrents de limon.

 

Et même les ponts ne voulaient avaler la pluie

 

Prude nature, abusée par l’outrage

Drapée d’ordinaire dans un voile de rosée

Bien que déshabillée sous son drapé grisé

Semblait résignée par ce perfide hommage.

 

Et même le jour avait la pâleur de l’ennui.

 

Le ciel s’étant purgé de ses nuages grossiers,

Des volutes montaient de la terre en chaleur.

Les herbes folles redressaient leurs épis dépeignés.

Et tous semblaient comblés par ce violent bonheur.

 

Même les fleurs empestaient les odeurs de nuit…

Le soleil de juillet embrasait les chemins,

La terre se fendait sous l’ardeur de la flamme ;

La fleur penchait le front, n’espérant plus demain,

Tandis que la chaleur étouffait chaque âme.

 

Mais un nuage noir, au lointain, s’est levé,

Portant dans ses flancs sombres une fraiche promesse.

Le vent s’est réveillé sur le sable abreuvé,

Chassant d’un seul élan la pesante mollesse.

 

Soudain, le ciel éclate en un fracas d’argent,

Les gouttes, par milliers, frappent la pierre chaude ;

C’est un rythme joyeux, un refrain exigeant,

Qui sur le toit de zinc avec ferveur maraude.

 

L’odeur du sol mouillé s’élève dans les airs,

Ce parfum de poussière et de vie accomplie ;

Les jardins tout fumants, par les cieux entr’ouverts,

Boivent le flot céleste avec mélancolie.

 

L’orage s’est enfui, le calme est de retour,

La nature renaît en un vert de victoire.

Le soir glisse déjà dans l’éclat d’un beau jour,

Gravant ce bref déluge au creux de notre mémoire

 

Daniel Weugue

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