Vivre en mourant ?
Les chrétiens ont une parole à dire à tous. Ils sont, comme les autres, concernés par toutes les questions de la société et du monde. Ainsi en est-il de la fin de vie, une question qui hante plus ou moins l’esprit de chacun quelles que soient nos cultures ou nos religions.
Ce qui devrait nous différencier, et c’est loin d’être toujours le cas, c’est que nous avons à porter avec beaucoup d’humilité une Parole qui ne vient pas de nous. Humblement, parce que nous ne la vivons jamais parfaitement. Dans les débats et interventions, nous donnons plutôt l’impression de défendre notre pensée parmi d’autres. Or, nous avons à nous faire l’écho de ce que Dieu nous dit et dit à toutes les consciences. Nous ne pouvons le faire qu’avec humilité, sans vouloir avoir raison contre les autres. Car la Parole de Dieu se propose à chaque conscience, sans jamais la forcer ou la violer. La conscience de chacun est « un autel devant lequel nous devons toujours nous incliner ».
La vie vient de Dieu. J’ai à la recevoir comme un don, la mienne et celle des autres. L’expérience aussi me rappelle cela : toute vie doit être reçue et accompagnée. Je me souviens de cet homme que je venais voir souvent à l’hôpital. Chaque fois il me demandait de l’aider à mourir, avec un regard suppliant qui me laissait silencieux et désarçonné. Je me contentais souvent de lui prendre la main et je priais en silence. Que dire et que faire ? Un jour, j’arrive et les soignants me disent qu’il vient de mourir, en ajoutant qu’il est mort en paix et presque heureux. Que s’est-il passé ? Son fils, qui ne venait plus jamais le voir depuis des années, est venu la veille de sa mort. Il est mort plein de vie ! Quelle aide à mourir choisissons-nous pour nos proches ? Une piqûre, synonyme de démission d’humanité ? Ou une présence patiente faite de tendresse et d’humilité devant la vie ?
Frère Baudoin, prêtre

