Alexandre LENOIR et Eugène VIOLLET-LE-DUC

Pionniers de la conservation et de la restauration de notre patrimoine

Peut-on imaginer l’état de notre patrimoine religieux, royal et seigneurial après la Révolution française ? Quand les édifices n’ont pas été démolis, servant souvent de carrière aux habitants, tous les symboles de la royauté, de la noblesse et ceux de la foi chrétienne ont été martelés ou complètement anéantis. C’est alors que se sont dressés de véritables pionniers de la sauvegarde de notre patrimoine. Le chantier était gigantesque et on ne peut qu’admirer le travail accompli, même s’il s’y est glissé quelques erreurs d’interprétations.

Le premier artisan de la conservation de ce patrimoine est Alexandre Lenoir. Né et mort à Paris (1761-1839), il assiste bouleversé aux saccages de nos bâtiments, à la mainmise sur les trésors des églises et des couvents, d’autant plus facilement que les religieux ont été expulsés ou guillotinés comme les prêtres qui n’ont pas prêté serment à la Constitution. Grâce à de puissants appuis, il obtient de réunir les objets d’art confisqués comme « biens nationaux » ; l’Assemblée Constituante l’en nomme conservateur et l’installe dans le couvent des Petits-Augustins que remplace aujourd’hui l’Ecole des Beaux-Arts.

Lorsque le 1er août 1793, la Convention décrète la destruction des tombeaux des « ci-devant rois », à Saint-Denis et le viol des sépultures, Lenoir se bat contre ce vandalisme et sauve les gisants qui sont déposés aux Petits-Augustins. On l’a soupçonné d’avoir prélevé quelques reliques : omoplate d’Hugues Capet, fémur de Charles V, côtes de Louis XII, mâchoire de Catherine de Médicis !

En 1795, le Directoire décrète l’ouverture du Musée des Monuments français dont Lenoir sera conservateur durant trente ans. En 1816, Louis XVIII le nomme administrateur de Saint Denis, le charge de replacer les tombeaux dans la basilique et de rechercher les ossements éparpillés, principalement autour de Saint-Denis ; ils seront rassemblés dans une seule caisse qui sera déposée dans le caveau des Bourbons. A ses activités, Lenoir joint des écrits : inventaires, catalogues et surtout le « Musée des Monuments français … pour servir à l’histoire de France et à celle de l’art » (1800-1820) en huit volumes.

Eugène Viollet-le-Duc, dont nous fêtons le bicentenaire de la naissance à Paris, est lui aussi un passionné de notre patrimoine, surtout de l’architecture du Moyen-Age. Il baigne dans un climat favorable à l’épanouissement de sa carrière d’architecte et d’écrivain d’art car son père est conservateur des résidences royales sous Louis-Philippe, son oncle Etienne Delescluze est peintre et critique d’art ; toute la famille est logée au Louvre. Il voyage, passe dix-huit mois en Italie.

Bien qu’il n’ait pas fait les Beaux-Arts, Prosper Mérimée, devenu inspecteur général des Monuments Historiques, lui demande de restaurer la basilique de la Madeleine à Vézelay en 1840 ; c’est le début d’une longue carrière qui se poursuivra à Carcassonne, à Notre-Dame de Paris (1843), avec Jean-Baptiste Antoine Lassus qui avait œuvré à la Sainte-Chapelle et auquel il doit beaucoup. Si on connait moins bien le château de Roquetaillade dans l’Aude, Coucy et Pierrefonds plus proches de Paris, attirent un très grand nombre de visiteurs qui peuvent s’initier à la vie de château au Moyen-Age et aux techniques de combat.

Le parti-pris de Viollet-le-Duc de reconstituer le château dans son intégralité, quitte à réinventer ce qui n’existait déjà plus à la Révolution ou n’avait même jamais existé, nous semble bien systématique. Ne lui enlevons pas pour autant la part primordiale prise dans le sauvetage de nos monuments, même si les romantiques préfèrent souvent une belle ruine à une reconstitution trop parfaite ! Viollet-le-Duc occupe des postes clés, soit comme inspecteur, soit comme architecte et plus surprenant, il a en 1870 la responsabilité des fortifications de Paris, ce qui lui vaudra d’être condamné à mort par la Commune en 1871. Il s’exile alors en Suisse où il rénove la cathédrale de Lausanne. En 1873, il est chargé d’organiser le retour des cendres de Louis-Philippe. Impossible d’évoquer toutes ses activités et ses fonctions, mais seulement de souligner qu’elles tournent presque toutes autour de la conservation des monuments historiques. Il est du reste fondateur de la chaire d’Histoire de l’Art à l’Ecole des Beaux-Arts. Ce fut aussi un montagnard qui établira une carte topographique du Massif du Mont-Blanc ! Il s’est éteint à Lausanne où il repose, le 17 septembre 1879, quarante ans après Alexandre Lenoir et neuf ans après Mérimée (¹), trois pionniers de la restauration de notre patrimoine après les ravages de la Révolution française.

 

  1. Prosper Mérimée, écrivain et inspecteur des Monuments historiques sous Napoléon III dont il fut un des familiers, est venu à Juziers et s‘impliqua dans la restauration de l’église Saint-Michel.

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