Concorde et moi

Concorde et moi, ça n’a pas été le coup de foudre, c’est le moins que l’on puisse dire !

Notre première rencontre eut lieu au salon du Bourget, en juin 1969, où les deux prototypes 001 et 002 étaient réunis pour être présentés au public. La seule chose qui me frappa à l’époque fut son grand nez basculant, fin et pointu, qui lui permettait une meilleure pénétration dans l’air à haute vitesse et une meilleure visibilité à basse vitesse. Ses lignes aérodynamiques, son côté grand oiseau ne m’impressionnèrent pas vraiment. Il est vrai que j’avais l’esprit sûrement un peu embué car nous habitions à l’époque Troyes et nous étions levés fort tôt pour arriver parmi les premiers sur le parking du Bourget. Mon père, pilote de chasse, n’aurait pas loupé une miette de cette journée !

Ensuite, j’eus quelques nouvelles régulièrement, en particulier dans les années 70 : mes camarades de classe, pendant mes études supérieures, m’invitèrent à manifester pour faire plier le gouvernement américain qui avait refusé l’accès à ses pistes d’atterrissage au Concorde, jugé trop bruyant et trop polluant ! Manifester pour ça, quelle idée ! Je déclinai l’invitation. Je sus par la suite que l’avantage de faire Paris-New York en trois heures et demie avait eu raison de cette exclusion mais ne m’en émus pas outre mesure… Puis Concorde continua sa route avec une diversification pendant quelques années : Paris-Rio de Janeiro, Paris-Dakar avant de ne plus desservir que New-York, comble de l’ironie ! Là, je le surveillais du coin de l’œil mais pour un autre motif : quand je l’entendais passer dans le ciel au-dessus la colline du haut d’Hardricourt, son bruit caractéristique me mettait la puce à l’oreille : il était 11 h 20 et il était grand temps d’aller chercher les enfants à 11 h 30 à l’école !

La routine, donc, jusqu’à ce qu’en 1988, mon père me propose de l’accompagner un week-end en Concorde à Marrakech dans le cadre du « Vol Concorde de l’espoir ». Si mes souvenirs sont exacts, un des pilotes de Concorde était décédé d’un cancer, le personnel naviguant était bénévole et les bénéfices du week-end étaient reversés à la Ligue contre le Cancer du Val-de-Marne. Je refusai d’abord, ne pouvant me libérer pour des raisons familiales qui étaient pour moi prioritaires. Bien sûr, j’entends encore tous mes vieux amis – ceux qui avaient manifesté dans les années 70 – me dire : « tu es folle ! Un vol en Concorde, ça ne se refuse pas !!! ».

Du coup, quand le vol de l’espoir fut repoussé et que mon père m’invita à nouveau, je finis par accepter. Et c’est là que tout a changé ! Même si on était un peu à l’étroit à nos places, c’était quand même la grande classe côté repas, prévenance du personnel naviguant… et surtout il y eut le vol au-dessus de l’Atlantique pour passer le mur du son, les côtes du Portugal qui défilent très vite à travers le hublot et l’affichage de la vitesse sur un petit compteur : mach 1… puis mach 2,2, environ 2 500 km/h, sans rien sentir… J’ai même reçu un certificat comme quoi j’avais passé le mur du son en Concorde ! Alors, forcément, ça crée du lien et du coup, je n’ai plus regardé Concorde de la même façon, désormais fière de cet avion, de ses performances, de sa ligne… Et bien sûr, je me souviens comme hier du choc de l’annonce si tragique de l’accident de l’été 2000 signant la fin de ses vols…

Alors je me console comme je peux : je vais au musée de l’air et de l’Espace au Bourget visiter un des deux exemplaires qui y sont exposés. J’y ai même emmené mes collègues de travail allemands à l’occasion d’un séminaire il y a six ans. C’est là que j’ai réalisé, à voir les petites étoiles dans les yeux de ces collègues, que le mythe Concorde était international et n’était pas prêt de s’éteindre… Son premier vol était le 2 mars 1969, il y a cinquante ans !

Pour plus d’information, voir l’article paru en mars 2016 dans notre journal : « 1976 : Premières liaison commerciales du Concorde » 

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