Alain LECOQ, cantonnier à Hardricourt

Certains ont peut-être déjà croisé Alain Lecoq en train de tailler les pommiers du parc du château d’Hardricourt ou de passer le tracteur mais, en le faisant parler, on découvre qu’il a plein de centres d’intérêt variés…

Bonjour Monsieur Lecoq, comment vous présenter à nos lecteurs

J’ai une formation de mécanicien et, après avoir perdu mon dernier emploi, un ami m’a parlé d’une place de cantonnier à Hardricourt et j’ai été recruté. Cela fait donc maintenant quatre ans que je travaille à Hardricourt. Bien que n’y habitant pas, je me suis attaché à cette commune où les gens ne sont pas fiers. Le parc du château, dont les cantonniers ont la charge, est également magnifique.

Notre numéro a pour thème « autour du jardin » et nos lecteurs pourraient se demander quel est le rapport entre un métier de mécanicien et le jardinage ?

En fait, depuis mon enfance, je baigne dans le milieu agricole : mes grands-parents possédaient des vergers à Chambourcy. Dans ce milieu, l’entraide entre voisins est présente : on a besoin les uns des autres… Les vergers ont disparu et, pour moi, c’est un patrimoine qui s’est évaporé : on a même trouvé, au début du XXe siècle sur les menus du paquebot transatlantique « l’Atlantique », la mention « poires Comices de Chambourcy ». S’il reste encore quelques poiriers, la variété « framboise de Chambourcy » est irrémédiablement perdue.

C’est grâce à une proposition de formation sur la taille des rosiers, que vous aviez proposée il y a quelques années un soir à Hardricourt, que notre journal a eu vent de votre passion pour le jardin.

Oui, j’aime bien partager mon savoir-faire. Je pourrais aussi expliquer les principes du bouturage ou l’écussonnage.

Vous mettez l’eau à la bouche à nos lecteurs. Pensez-vous qu’il soit possible de leur expliquer ces principes dans notre journal ?

Oui, pourquoi pas ? Le bouturage se fait plutôt mi-novembre et l’écussonnage au mois d’août deux, trois jours après un orage pour que l’action de la sève soit au maximum. Il suffirait de faire paraître les explications dans le numéro de novembre pour le bouturage ou dans le numéro de juin pour l’écussonnage.

 Nous retenons avec plaisir cette idée. Toutefois, en visitant votre jardin où il faudrait revenir en juin pour admirer vos magnifiques rosiers « Sevillana » ou « Domaine de Courson », je vois que vous avez des ruches. Avez-vous aussi des connaissances dans ce domaine ?

 Oui, j’ai passé en 1988 le brevet professionnel agricole, option apiculture à Arras. J’ai ensuite fait de l’élevage de reines. Je produisais des reines fécondées et des reines prêtes à éclore.

 A quel moment l’élevage des reines doit-il se faire ?

Au moment des grosses miellées : au printemps avec les aubépines et le colza et en juillet avec les châtaigniers et les ronces.

Quelle race d’abeilles aviez-vous ?

 J’avais des abeilles caucasiennes. Du fait de leur origine, elles récoltent plus de propolis et surtout leur langue, située à l’extrémité de la trompe, a 1 mm de plus que les autres et leur permet d’aller chercher le nectar au fond des corolles. L’abeille refoule le nectar de son jabot puis le dépose dans une alvéole ; le liquide sucré s’étale et perd de l’eau par évaporation pour obtenir 70 à 80% de sucre, c’est ce qui donne le miel.

 Le monde des abeilles nécessiterait un livre à lui tout seul ; pour nos lecteurs, pouvez-vous juste citer quelques éléments qui vous fascinent dans leur vie :

Il y en a beaucoup : par exemple leur extraordinaire cycle de vie : vingt jours pour éclore, vingt jours à l’intérieur de la ruche et vingt jours à l’extérieur.

 Pendant les vingt jours à l’intérieur, elles accomplissent un travail extraordinaire : chaque alvéole de la ruche est nettoyée et enduite de propolis ; puis les abeilles nourrissent les larves d’ouvrières pendant six jours avec un mélange de miel et de pollen. D’autres abeilles fabriquent la gelée royale qui sert à nourrir les larves de reine pendant cinq jours et demi. Et enfin, les glandes qui ont servi à produire la gelée royale s’atrophient et ce sont les glandes cirières qui se développent pour leur permettre de fabriquer les alvéoles de cire.

 Pendant les vingt jours à l’extérieur, elles s’emploient à chercher le nectar et l’eau et à butiner, plutôt l’après-midi d’ailleurs, ce qui permet aux apiculteurs d’intervenir plus facilement dans les ruches.

Les abeilles vivent donc quarante jours ?

Les abeilles d’été oui. A la fin, elles sont tellement fatiguées que leurs ailes sont en dentelle. Elles servent alors de défenseur de la ruche et meurent après avoir laissé leur dard dans le prédateur qu’elles ont combattu, ce qui leur arrache l’abdomen.

 Les abeilles d’hiver vivent plus longtemps : trois, quatre mois car elles dorment au chaud au couvain. Elles sortent de temps en temps et ce sont elles qui font de petites taches jaunes sur vos draps qui flottent sur les cordes à linge pendant les premières belles journées de printemps…

A quoi sert l’eau dans la ruche ?

L’eau est très importante pour réguler la température à l’intérieur de la ruche qui doit toujours se situer autour de 37-38°.

 Vous avez parlé de la propolis. Elle passe pour avoir des vertus miraculeuses. Qu’en est-il ?

La propolis est une substance qui tapisse l’extérieur des boutons. Comme elle durcit avec le froid, elle empêche les boutons de s’ouvrir. C’est une substance aseptisante et anti-infectieuse. Lorsque la température monte, la propolis devient visqueuse (regardez les bourgeons de marronniers …) et les abeilles peuvent la récolter. Les abeilles s’en servent aussi pour momifier les prédateurs qu’elles tuent dans la ruche.

 Pourquoi avez-vous arrêté l’apiculture ?

 Pour plusieurs raisons. En premier lieu, il y a un très gros travail de manipulation, fatiguant pour le dos, que ce soit pour déplacer les ruches, extraire le miel et surtout, les hausses des ruches sont très lourdes. Savez-vous qu’il ne faut pas moins de douze manipulations pour chaque pot de miel ? Ensuite, il y a la diminution des abeilles.

 Quelles sont, selon vous, les raisons de cette diminution ?

D’abord il y a eu le varois, un acarien provenant d’Asie qui suce le sang des abeilles. Mais ces derniers temps, il me semble que les abeilles sont « paumées », peut-être à cause des ondes électromagnétiques qui leur feraient perdre leur sens de l’orientation.

Merci pour toutes ces informations. Nous aurions aussi bien pu vous solliciter pour parler de vos passions pour les tracteurs, les moteurs, les vieux outils, les vélos solex, les horloges à qui vous redonnez vie après les avoir retapées et avoir remis en état leur mécanisme…

Merci de nous avoir ouvert votre monde et rendez-vous en juin pour les explications sur l’écussonnage.

 

(Propos recueillis par Véronique Schweblin)

 

 

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