Gérard ROOSS, président de l’Association de Généalogie et Histoire des Yvelines Nord (AGHYN) 

Ayant dédié notre numéro d’octobre à l’aviation, ce sont deux articles concernant l’histoire de l’aéronautique aux Mureaux et le centenaire des hydravions aux Mureaux et à Triel-sur-Seine (voir page 7), publiés sur le site de l’association (1), qui nous ont amenés à rencontrer Gérard Rooss.

 

Tout d’abord, un grand merci de nous accueillir, chez vous, pour nous parler de votre association et du travail de recherche qui a permis de reconstituer une grande partie de l’histoire locale de l’aviation et des hydravions.

Depuis combien de temps en êtes-vous le président et quels sont les objectifs de votre association ?

Cela fait une quinzaine d’années que je suis président de l’AGHYN, association créée en 1990, tournée dès le début vers la généalogie et l’histoire. Comme son nom l’indique, nous aidons nos membres, qu’ils soient généalogistes débutants ou confirmés, à faire de la recherche généalogique dans les Yvelines nord, dans toutes les régions de France mais également dans les pays limitrophes. Nous faisons également des recherches historiques sur le plan local qui se traduisent par des articles et des expositions. Nous sommes affiliés à la Fédération Française de Généalogie. Nous disposons d’une bibliothèque de prêt, de moyens informatiques avec la wi-fi ; nous effectuons les relevés des registres paroissiaux et de l’état civil des Yvelines Nord ; à ce jour, nous avons plus de 110 000 actes en ligne permettant à nos adhérents de retrouver leurs ancêtres. Nous organisons deux réunions par mois, un samedi et un jeudi.

Associer généalogie et histoire n’est pas fréquent. Pouvez-vous nous dire quelle en est l’origine ?

Très souvent, en complément à la recherche généalogique, on ressent le besoin de s’intéresser à l’histoire de nos ancêtres et au contexte dans lequel ils ont vécu. Par ailleurs certains événements historiques, en particulier les guerres de 14-18 et 39-45, ont beaucoup marqué la généalogie et l’histoire des familles. Il nous est donc apparu nécessaire d’associer les deux.

Parmi les sujets historiques retenus par l’association, il y a l’histoire de l’aéronautique aux Mureaux et le centenaire des hydravions aux Mureaux et à Triel-sur-Seine. Y-a-t-il une raison particulière ?

Mon histoire personnelle a beaucoup influencé ce choix. En effet, j’ai commencé à poser les pieds dans un avion et à apprendre à piloter dès l’âge de 16 ans sur le terrain de Saint Cyr l’Ecole. Par ailleurs, j’ai fait toute ma carrière dans l’aéronautique : tout d’abord de 1964 à 1973, au bureau d’études aérodynamiques Concorde à Suresnes, puis aux Mureaux principalement dans le suivi technique et la logistique opérationnelle de la composante marine de la Force de frappe. Toujours amateur d’avion, je fais des maquettes. Mais le déclic a été la préparation d’une exposition pour l’association sur le thème : « Au fil de la Seine de Poissy à Mantes » retraçant la vie du fleuve au temps de nos ancêtres et le passé aéronautique aux Mureaux (1921-1960) et les hydravions.

Tout naturellement le passé aéronautique du plan d’eau des Mureaux a orienté mes recherches dans ce domaine et m’a appelé à rencontrer le service communications de l’établissement des Mureaux qui avait abordé le sujet dans une des publications de la société. Compte tenu des informations collectées, j’ai orienté en partie l’exposition sur l’hydraviation. Suite au succès de l’exposition, j’ai complété ce travail de recherche en travaillant sur l’histoire de l’aéronautique aux Mureaux, avec la création de l’usine par Charles Pélabon en 1919, les évolutions du site à travers ses hommes, ses produits, la seconde guerre mondiale, les essais en vol, etc. sans oublier les sites militaires de la Marine nationale et de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT).

Cela s’est traduit par l’édition, en 2002, d’un livre « Histoire de l’aéronautique aux Mureaux de 1912 à 2002 » (aux éditions Valhermeil) pour faire connaitre une page de l’histoire de l’aventure industrielle de notre région. J’ai en effet constaté qu’en généalogie l’histoire du monde industriel est très souvent absente. Cette publication a fait l’objet de nombreuses présentations. A cette occasion, j’ai obtenu le Diplôme d’histoire de l’Aéro-Club de France.

Comment procédez-vous pour vos recherches et que privilégiez-vous ?

Dans la plupart des cas, je commence par rechercher dans les fonds d’archives puis une étude bibliographique. Par exemple, pour les hydravions et l’aéronautique aux Mureaux, vous avez le musée de l’air trop peu visité d’ailleurs, les services historiques de l’Armée de l’air et de la Marine, les archives d’entreprises Renault, EADS (ex Aerospatiale). Des ouvrages et revues permettent de connaître des historiens et de les rencontrer. Je prends un peu dans chaque source et j’en fais la synthèse, après de nombreux recoupements. J’ai rassemblé plus de deux mètres linéaires de documentation. C’est un bon exemple du mariage généalogie et histoire orienté sur la recherche de la vie des gens.

Mais comme je privilégie les sources locales et la vie des personnes qui ont participé à ces aventures industrielles, en parallèle je m’efforce de retrouver des témoins ou des gens passionnés par le sujet. Pour cela je me lance dans une véritable enquête policière. J’ai retrouvé et rencontré les enfants d’anciens dirigeants, des anciens marins et pilotes ; à ce sujet une anecdote, j’ai réussi à joindre par téléphone, André Turcat, pilote d’essai en chef du Concorde en plus de sa fonction de directeur des essais en vol de Sud-Aviation, qui a volé aux Mureaux. Lors de mon contact, il m’indique que j’ai eu de la chance de le joindre car étant en plein déménagement, sa ligne devait être coupée le lendemain.

Il faut donc de la chance mais aussi sûrement beaucoup de temps ?

De la chance, oui il en faut mais il faut surtout s’armer de patience. A titre d’exemple, pour la réalisation de l’ouvrage sur l’aéronautique, cela m’a pris cinq années entre le début des recherches, la rédaction, la recherche des illustrations photographiques, la recherche d’un éditeur, la réalisation d’une maquette, etc. Les séances de signature sont l’occasion de rencontres avec des personnes qui ont vécu les événements, ou leurs enfants, c’est un vrai plaisir.

Avez-vous abordé d’autres recherches généalogiques et historiques ?

Comme je vous l’indiquais, je considère que la généalogie doit s’intéresser au contexte historique. Les deux grandes guerres ont marqué notre passé familial et intéressent beaucoup de personnes. A titre personnel, j’ai effectué des recherches sur mon grand-père (1878-1915) durant la guerre 14-18. J’ai pu m’appuyer sur l’association du site concerné et reconstituer son parcours, avec les Archives de l’Armée de terre à Vincennes (avant Internet).

Sur un plan local je termine une enquête sur les chantiers navals de Meulan. Elle sera résumée dans MELLENTENSIS, le bulletin trimestriel de notre association. Un premier article abordera la création d’un des chantiers, celui de Lucien Rosengart.

Ce type de recherche est particulièrement difficile car au niveau des registres du commerce, il n’y a guère d’information. Dans l’entreprise disparue, pas d’archive historique ; il n’y a donc que les témoignages pour retrouver les étapes caractéristiques et quelques sources : musée de la Battellerie, patrimoine Peugeot, Cercle de voile de l’Ile-de-France et un ouvrage historique sur les vedettes lance-torpilles, etc. A ce sujet, j’ai une autre anecdote. Pour retrouver des personnes de la famille d’anciens directeurs inhumés à Meulan, je me suis rapproché du service des sépultures à la mairie puis, ayant localisé une tombe, j’y ai déposé un petit message sur une carte plastifiée. La fille du dernier directeur m’a appelé en m’indiquant qu’elle était prête à collaborer aux travaux de recherches.

Nous aurons plaisir à découvrir vos prochains articles sur le site de votre association.

Pour conclure avez-vous des points particuliers sur lesquels vous voulez revenir ?

Oui, en particulier sur l’ouverture que peut procurer la généalogie. Si l’on ne reste pas uniquement dans la reconstitution d’un arbre généalogique mais que l’on s’intéresse à l’environnement et à l’histoire qu’ont vécue nos ancêtres, alors nos recherches prennent une toute autre dimension. Nous entrons dans une phase d’interrogation permanente pour alimenter la recherche documentaire. Personnellement, cela m’a donné l’occasion de rencontres très riches sur le plan humain. Par contre, nous avons souvent le sentiment de faire une course contre la montre pour retrouver les derniers témoins.

Merci pour le temps que vous nous avez consacré ainsi que votre épouse, Annette Rooss, secrétaire de l’association. Nous espérons que cet entretien suscitera de nouvelles vocations de généalogistes.

                                                           (Propos recueillis par Yves Maretheu)

  1. Site de l’AGHYN

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