Il y a cinquante ans, un oiseau cessait de chanter

Et quel oiseau ! Il s’agissait de la « grande » Edith Piaf, celle que beaucoup avaient surnommée « La môme » ; quelques mois après un ultime tour de chant pathétique à la Tour Eiffel, elle nous abandonnait. Mais au fond qui était ce petit bout de bonne femme, célèbre pour sa voix inimitable, d’une puissance inégalée, autant que pour sa personnalité ; sa vie elle-même est un vrai roman…

Elle aimait à dire qu’elle était née « dans la rue, sous un bec de gaz… » dans le quartier de Belleville en décembre 1915, sous la pèlerine d’un agent de police, mais c’est sans doute à l’hôpital Tenon qu’elle a vu le jour. Son père est contorsionniste dans un cirque et sa mère…chanteuse de rue ; il y a mieux pour débuter dans la vie. Très jeune, elle est abandonnée par sa maman et son père part pour la « Grande guerre » ; c’est donc sa grand-mère, « Maman Tine », tenancière d’une maison close en Normandie, qui va se charger de son éducation…Elle retrouvera son papa à la fin des combats ; il l’entraînera avec lui sur les routes, et c’est durant cette vie de bohême, en chantant pour l’accompagner , qu’elle découvre son talent ; elle possède une voix unique, elle sera elle aussi « chanteuse de rue » !

 Les débuts d’Edith Piaf sur les Champs Elysées

 A l’âge de 15 ans, elle décide de mener sa vie, et rencontre son premier amour Louis Dupont. Une petite Marcelle naitra de cette union, mais le bonheur est de courte durée ; la pauvre enfant meurt à l’âge de deux ans. Le destin est bien dur avec Edith, mais rien ne la décourage.

Elle recommence ses tours de chant dans les rues de Paris tout en brûlant sa vie par les deux bouts avec son amie « Momone ». Enfin la chance lui sourit ; elle est remarquée par Louis Leplée, alors propriétaire du cabaret Le Gerny’s sur les Champs Elysées qui l’engage. C’est d’ailleurs lui qui la surnommera « la môme Piaf » et, grâce à sa voix exceptionnelle, elle est rapidement la coqueluche du tout Paris ; elle enregistre alors son premier disque « Les mômes de la cloche ». Tout va pour le mieux, mais le destin, toujours lui, en décide autrement : Louis Leplée est assassiné ! A nouveau, la « Môme » va se relever et ce grâce à sa rencontre avec le parolier Raymond Asso, éperdument amoureux d’elle. Avec Marguerite Monnot, qui composera la musique, il lui écrit « Mon légionnaire » en 1937 ; c’est le premier vrai succès d’Edith Piaf.

Elle débute alors, elle a à peine 23 ans, ses tours de chant. D’abord à l’ABC, un grand music-hall parisien de l’époque, puis à Bobino. Elle s’intéresse aussi aux autres formes de spectacle. Au théâtre, c’est avec le comédien Paul Meurisse, avec lequel elle aura une brève liaison, qu’elle interprète « Un bel indifférent » en 1940 une pièce de Jean Cocteau, un de ses grands admirateurs. A la même époque, elle tournera également dans une dizaine de films. Elle continue à chanter pendant la guerre et en 1944, elle n’a pas encore 30 ans, Yves Montand va être une nouvelle étape de sa vie. C’est véritablement elle qui va lancer sa carrière, on peut d’ailleurs dire que tout au long de sa vie, elle a largement participé à la célébrité de nombreux chanteurs. En 1945, elle prend la plume et écrit une de ses plus belles chansons, « la vie en rose » ; beaucoup ne savent pas qu’elle est l’auteure de cette chanson qui a fait le tour du monde ; pourtant lorsqu’on y regarde un peu mieux on peut y percevoir toute la sensibilité de la grande Edith.

Son grand amour, le champion Marcel Cerdan

 C’est la grande période des succès ; elle part pour les Etats-Unis, où, accompagnée des Compagnons de la chanson, elle fait un « tabac ». C’est là bas qu’elle croise la route de celui qui restera sans nul doute l’homme de sa vie, Marcel Cerdan, alors champion du monde de boxe ; ils deviendront un des couples mythiques du siècle dernier. Edith et Marcel nagent dans le bonheur, mais le destin, toujours lui, va encore frapper : en 1949, Marcel périt dans un terrible accident d’avion alors qu’il va la rejoindre à New-York … son interprétation de « l’hymne à l’amour », une chanson qu’elle a écrite en pensant à lui le lendemain de cette tragique catastrophe, restera dans toutes les mémoires de ceux qui assistaient à ce concert. A partir de ce moment-là, la vie d’Edith ne sera plus la même. Pourtant elle continue à chanter et les rencontres sont encore nombreuses, comme celle avec Charles Aznavour, qui composera pour elle « Plus bleu que tes yeux » ; mais un nouveau coup dur va la frapper : un grave accident de voiture. Elle en sortira meurtrie et surtout va commencer à consommer de la morphine pour apaiser ses douleurs. Elle continue pourtant sa vie en épousant Jacques Pills. Le mariage ne durera guère longtemps, et après une première cure de désintoxication, c’est grâce au public qu’elle retrouve goût à la vie. Jusqu’à la fin Edith Piaf lui donnera tout, quitte à tomber sur scène, comme ça a été plusieurs fois le cas.

 Elle s’éteint le même jour que Jean Cocteau.

 Ce fut ensuite plusieurs rencontres, Georges Moustaki, qui composera « Milord », Charles Dumont, le compositeur de nombreuses de ses chansons, dont l’inoubliable « non, je ne regrette rien » et enfin Théo Sarapo avec lequel elle enregistre le fameux « A quoi ça sert l’amour ? », ils se marieront en 1962. Ce sera son dernier amour, elle décédera le 10 octobre 1962, dans sa résidence du Plascassier près de Grasse. Elle avait formulé le désir de mourir à Paris, son corps va donc y être transporté en secret et son décès ne sera constaté que le 11 octobre, le même jour que son fidèle admirateur et grand ami Jean Cocteau.

Elle a à peine 47 ans et laisse cependant derrière elle un répertoire inégalé de chansons, le plus souvent réalistes ; c’est un des personnages incontournables, une des références internationales de la chanson française. Elle a souvent été imitée, ses chansons ont été reprises par de nombreuses interprètes, mais aucune n’est parvenue à faire passer la même émotion, elle était vraiment « la seule » ! Elle a vécu une vie intense au cours de laquelle elle a tout donné ; comme dans ses concerts, elle restera pour toujours, dans toutes les mémoires des gens de sa génération, la grande Edith !

Elle repose au cimetière du Père Lachaise, dans la division n°97, avenue transversale n°3, où sa tombe est fleurie quotidiennement.

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