Le Carême

Celui qui se met en route pour le Carême entend comme un appel intérieur. Il ressemble à un aventurier qui ne sait pas très bien expliquer pourquoi il part en voyage ou dans l’ascension d’un sommet. Oui, en vérité, ce n’est pas une décision simplement humaine qui nous fait vivre ce temps. Le carême n’est pas un exercice personnel de jeûne pour retrouver la ligne ou la santé, ni l’occasion de s’acquitter d’un geste de partage qui soulagerait notre conscience devant tant de situations de pauvreté et pas plus un temps pour se mettre en règle et mériter une quelconque récompense du ciel.

Quel est cet appel mystérieux, tout intérieur, suffisamment fort, pour se mettre en route seul ou incompris au milieu des autres ? Car il faut qu’elle soit profonde en nous cette voix qui parle et nous met en marche, solitaire au milieu des autres ? Certes, nous sommes un peuple en marche et il est vital de se retrouver à certains moments, le dimanche ou autre, pour vivre l’expérience de Dieu qui nous donne des frères et sœurs sur la route. Mais la vie du croyant, c’est aussi une extraordinaire relation à Dieu dans le secret de nos cœurs. « Quand tu pries, quand tu jeûnes, quand tu fais l’aumône, Dieu qui est dans le secret de ton cœur te répond ».

L’appel de Dieu ne peut pas être dissocié de l’appel de nos frères et sœurs autour de nous. L’expérience du carême ouvre à la rencontre de Dieu chez les pauvres. « J’étais nu et vous m’avez habillé ; j’étais malade et vous m’avez soigné… » dit Jésus. Le partage, qui soulage concrètement l’autre, est aussi une expérience spirituelle.

En somme, le carême est le temps privilégié pour vivre l’amitié personnelle avec Dieu. Une présence source de confiance, qui nous rend tout à la fois solitaire et solidaire. Plus seul avec la Présence aimante de Dieu dans le secret de nos cœurs, plus solidaires à la vie et à la mort, avec ceux qui nous entourent. Au cours d’une intervention dans une classe de troisième, un jeune me dit qu’il ne comprend pas la nécessité de croire en Dieu pour aimer les autres. Il me paraît si évident que sans Dieu qui répare mon cœur dans le pardon, je fais vite l’expérience d’un amour qui bute sur mes limites et mes fragilités. Ne laissons pas croire qu’Il est le grand absent en nous contentant de faire selon nos mesures et nos forces.

Pèlerins croyants en ce monde, Dieu s’y est engagé avant nous et s’y engage avec nous. Dieu a besoin de nous aujourd’hui. Depuis des millénaires, malgré tous les efforts et bonne volonté de certains, le monde est toujours en proie aux mêmes déluges de larmes et de sang. À la suite de quelques géants de l’amour de Dieu, allons plus loin pour vivre une qualité et une persévérance d’engagement. Un autre monde n’existe que si nous en donnons quelques signes, signes que l’Amour de Jésus Ressuscité à Pâques est plus fort que le mal dans notre cœur et le cœur de chaque humain.

Baudoin, prêtre.

 

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