Nathalie LETROSNE–WORMSER, Présidente du Relais des VIP off courses, Association tessancourtoise de sauvegarde des lévriers, martyrs d’Espagne

Il n’est pas évident d’appréhender l’activité de cette association, c’est pourquoi Les Echos de Meulan ont sollicité un entretien avec sa présidente pour vous éclairer sur le rôle, la mission et le fonctionnement du Relais des VIP off courses.

Bonjour madame Letrosne-Wormser, merci d’avoir répondu favorablement à notre demande d’entretien, de nous accueillir et de nous consacrer un peu de votre temps.

 Une première question nous vient tout de suite à l’esprit, pourquoi cette appellation : « Relais des VIP off courses » ?

Effectivement ce nom peut surprendre et mérite des explications. Tout d’abord , Relais parce que nous sommes celui de tous les bénévoles espagnols qui œuvrent au début de cette formidable chaine qui permet ces sauvetages, ensuite VIP parce que justement ces lévriers qui étaient autrefois les compagnons des grands de ce monde dans toutes les civilisations, sont totalement déconsidérés en Espagne et les appeler VIP (very important pet) (pet = animal de compagnie en anglais ) c’est un peu leur redonner leurs « lettres de noblesse » et enfin « off courses » , c’est un jeu de mot mal orthographié à dessein , d’une part le « bien sûr, anglais » mais également « hors course » pour ces laissés pour compte !

Avant de rentrer dans le détail de votre activité, pouvez-vous nous présenter votre association et en particulier quelle en est l’origine ?

En 2005, après avoir découvert sur Internet le sort réservé aux lévriers espagnols massacrés par milliers dans leur pays d’origine, j’ai adopté mes deux premiers lévriers et me suis engagée en bénévolat pour aider une association basée à Barcelone. L’Espagne étant un des tout derniers pays d’Europe à utiliser le lévrier à la chasse au lièvre, ces pauvres chiens, outils de chasse sont, au mieux et pour les plus « chanceux », abandonnés par leur maitre lorsqu’il les juge inaptes à la chasse, mais bien trop souvent, « les mauvais chiens » sont torturés et tués, les chasseurs continuant à perpétrer ces pratiques ancestrales pour laver leur honneur …

En 2007, j’adopte un autre lévrier une « petite mamie » et, pour simplifier nos adoptions avec notamment des contrats rédigés en français et pour avoir la possibilité d’assurer un suivi, nous créons l’association à trois ; j’assure la présidence, la secrétaire Fabienne est à Bordeaux et la trésorière Chantal à Angoulême. Nous nous sommes rencontrées grâce aux lévriers et avons chacune adopté une petite meute de grands d’Espagne. Nous exerçons notre activité dans la France entière. Hier par exemple j’effectuais une adoption à Lille pour une jolie petite galga blanche (galga = femelle lévrier espagnol ).

Nous comptons actuellement environ cent cinquante adhérents annuellement et depuis neuf ans nous avons placé deux cents lévriers, soit une moyenne de vingt-deux par an. Ce n’est volontairement pas un grand nombre car nous préférons faire un « service à la carte » qui débouche sur des adoptions réussies plutôt que de viser la quantité. D’ailleurs nous conservons souvent des relations amicales avec les personnes adoptantes. Notre petite structure ne pourrait pas fonctionner autrement, nous souhaitons pouvoir rester au contact de nos protégés et à l’écoute de nos adoptants, nous ne voulons pas devenir une « usine à sauvetage » !

Au fil du temps, grâce au travail de bénévoles autant en Espagne que dans toute l’Europe et même aux USA, le sort de ces lévriers commence enfin à être mieux connu et dénoncé. En 2005, en France, les associations de sauvetage de lévriers se comptaient sur les doigts d’une main, aujourd’hui il y en a plus de trente mais il reste néanmoins plus de cinquante mille galgos et podencos(1) qui sont ainsi « jetés » chaque année et le mois de février est la pire période puisque c’est la fin de la saison de la chasse !

Pouvez-vous nous expliquer comment vous procédez pour réaliser ces placements ?

Nous travaillons depuis le début en lien avec une association espagnole située à Barcelone et maintenant avec des refuges près de Madrid. Des chiens en refuge ou déjà placés dans une famille d’accueil espagnole, nous sont proposés à l’adoption. Nous organisons régulièrement un déplacement en Espagne pour le sauvetage de trois à quatre lévriers.

A leur arrivée en France, ils sont tout d’abord placés dans une famille d’accueil qui va assurer la transition. Il faut savoir que le lévrier vit en Espagne, la plupart du temps à l’extérieur et en groupe. Il n’est pas du tout considéré comme un chien de compagnie et souvent très mal toléré tenu en laisse dans la rue. Ce travail de transition est très important car il va permettre au chien de s’adapter à une nouvelle vie. Selon les lévriers, cela peut prendre entre trois semaines et un mois.

Nous analysons ensuite cas par cas pour trouver la meilleure adéquation entre le lévrier à adopter et la personne ou la famille adoptante. A ce propos, je voudrais remercier madame Teresa El Gorri(2) qui est comportementaliste, formée à l’OPERRHA(3) de Cergy qui, dans le cadre de notre association, nous aide bénévolement dans la résolution des problèmes de relations entre le maître et son chien, le relationnel étant basé sur la confiance et non sur l’autorité. Cette collaboration est un gage de réussite pour nos adoptions. En plus du travail qu’elle effectue auprès de nos adoptants, madame El Gorri intervient professionnellement dans les écoles primaires, des centres aérés, des municipalités mais aussi des particuliers qui font appel à ses services pour des formations permettant d’enseigner aux adultes et aux enfants le comportement à adopter afin d’éviter les risques de morsures avec tous les chiens, celui de la maison, dans l’entourage proche ou des chiens inconnus.

Il faut savoir qu’il y a chaque année, en France entre 250 000 et 500 000 personnes mordues par des chiens dont la plupart sont des enfants de moins de neuf ans. Elle intervient également pour le mieux être humain par la médiation animale dans les établissements de santé, maison de retraite et à domicile, en particulier pour des personnes « fragilisées ».

Si j’évoque ses différents domaines d’interventions, c’est surtout pour attirer l’attention sur le sérieux de nos placements, adopter un chien n’est pas un « acte de consommation » mais la mise en place d’une relation confiante et responsable.

Après la période d’adaptation du lévrier en famille d’accueil, vous le placez chez un adoptant, comment faites-vous ?

Oui, et c’est la phase la plus importante, car comme je vous l’indiquais nous souhaitons trouver la meilleure adéquation entre le nouveau maître et le chien à adopter.

Nous avons impérativement besoin de familles d’accueil et d’adoptants, certains nous contactent suite à la visite de notre blog(4), du site de la mairie de Tessancourt sur lequel nous figurons ou par « le bouche à oreille » d’anciens adoptants qui en parlent autour d’eux. Nous espérons que votre article incitera des personnes à nous contacter.

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Pour aider de futurs adoptants à franchir le pas, pourriez-vous leur donner quelques indications sur la personnalité des lévriers espagnols ?

Il faut savoir que ces lévriers sont des chiens très doux qui aboient très peu, ils ont un comportement chien-chat, comme par exemple se rouler dans vos jambes se faufiler et se lover. Très musclé et avec un rythme cardiaque qui lui est propre, il a besoin de courir en liberté, il peut atteindre des vitesses de 60 km/heure. D’ailleurs à ce sujet nous avons la chance d’avoir sur l’île belle à Meulan l’un des deux seuls cynodromes d’entraînement de la région parisienne. J’invite vos lecteurs à y aller voir des entraînements de courses racing (piste ovale en vitesse pure) et de poursuites à vue sur leurre, organisés par le CLCIF (club des lévriers de course d’Ile-de-France) le samedi après-midi de mars à novembre. On découvre en particulier l’intelligence d’un groupe de lévriers pour attraper un lièvre (bien sûr il s’agit d’un leurre téléguidé), les chiens étant jugés sur la qualité de leur comportement.

Autant il est vivant, sportif et amateur de courses en extérieur, autant il est calme et peu encombrant à l’intérieur, des adoptions réussies de lévrier par des personnes vivant en appartement l’attestent. Enfin le lévrier doit rester filiforme pour sa santé.

Comment votre relais fonctionne-t-il sur le plan financier ?

Nous avons à faire face à de nombreuses dépenses de déplacements, de frais de vétérinaires et de frais administratifs. Une de nos ressources est la boutique de vente de matériels adaptés aux lévriers mais également pour certains articles, à toutes races de chien. Celle-ci est accessible sur notre blog. L’autre principale ressource c’est le forfait de 290 € versé par l’adoptant pour couvrir les frais suivants : 200 € de protocole de soins effectués à des prix accordés à des associations de sauvetage par des vétérinaires espagnols (stérilisation, puce obligatoire, vaccinations et analyse de sang) ; 50 € de participation aux frais de transport ; 15 € d’inscription sur le fichier français et 25 € d’adhésion solidaire. Enfin nous recevons également des dons. Par ailleurs les familles d’accueil qui assurent la transition entre l’Espagne et le futur adoptant, hébergent le lévrier et prennent en charge sa nourriture, les frais éventuels de vétérinaire étant payés par l’association. Cette famille d’accueil est prioritaire pour l’adoption du chien accueilli.

Il nous faut conclure, quel message voulez-vous adresser à nos lecteurs ?

Tout d’abord je voudrais préciser que nous nous sommes occupés spécifiquement de lévriers espagnols parce qu’en France il existe beaucoup de structures (SPA, refuges, etc) destinées aux placements de chiens de toute race en attente de trouver un foyer aimant et nous ne voulons pas en faire venir d’autres pays. Devant le nombre important de lévriers espagnols abandonnés, nous nous sommes mobilisés et je profite de votre interview pour lancer un appel à tous ceux qui souhaiteraient accueillir temporairement l’un de ces chiens et à ceux qui voudraient en adopter un. Je les invite à consulter notre blog  site des lévriers et à nous contacter par mail : actuarelaisdesvip@live.fr ou par téléphone au 06 87 41 22 27. J’espère que parmi vos lecteurs certains seront sensibles à mon appel.

Nous aussi nous l’espérons, et nous vous remercions car vous avez su nous sensibiliser à la situation particulière de ces lévriers espagnols, à leurs spécificités et à la qualité de votre engagement pour assurer le relais entre des familles d’accueil ou d’adoption et ces VIP off courses abandonnés.

                                                                       Propos recueillis par Yves Maretheu

 

  1. Les deux principales races de lévriers espagnols parmi les treize races de lévriers qui existent dans le monde

  2. Mme Teresa El Gorri : site des lévriers ou Tel 06 87 81 88 93

  3. OPERRHA (Organisme Professionnel d’Enseignement et Recherche sur les Relations Homme/Animal)

  4. Relais et galgos

     

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