Claude Monet à Giverny

On ne peut évoquer Giverny sans l’associer à Claude Monet et au mouvement impressionniste qu’il a contribué à fonder. Né à Paris en 1840, Claude Monet passe son enfance au Havre où le peintre Eugène Boudin, très intéressé par les dessins de l’adolescent, lui enseigne la peinture et l’encourage à peindre en plein air, ce qu’il fera toute sa vie. En 1862, il revient à Paris où il rencontre d’autres artistes : Renoir, Sisley, Pissarro, Degas, Caillebotte, Manet, Morisot… Se heurtant à la désapprobation du jury lorsqu’ils proposent leurs créations au Salon, ils décident d’organiser leur propre exposition en 1874 : c’est un succès. De par son tableau Impressions soleil levant, le courant artistique qui cherche à capter la lumière du jour était né. Il s’établit à Argenteuil dont il peint, entre autres, le bassin parcouru par les voiliers de plaisance, les douze toiles sur la gare Saint-Lazare…

Les difficultés financières poussent Monet à chercher un cadre de vie plus abordable. En 1878, il arrive à Vétheuil où son épouse décède l’année suivante puis part pour Poissy. Il a 43 ans lorsqu’il s’installe à Giverny avec sa nouvelle compagne qui s’occupe de ses deux fils et des six enfants nés d’un premier mariage. Il y passe ses quarante-trois dernières années. C’est dans ce petit chapelet de hameaux au milieu des champs, des saules et des peupliers que tout va changer pour lui. Tout est rigoureusement planifié en fonction des couleurs, des saisons, des hauteurs de pousse. En sept ans, l’artiste va passer de la précarité financière à la richesse et à la gloire, jusqu’à vendre dans les années 1890 des tableaux à 10 000 francs pièce !

Les premiers temps à Giverny sont difficiles, ce qui n’empêche pas la famille d’employer du personnel. Passionné d’horticulture, Monet façonne le paysage comme une œuvre d’art et en fait le sujet principal de ses créations tardives. Les Nymphéas, série de deux cents cinquante toiles peintes entre 1896 et la fin de sa vie, représentent l’aboutissement de sa quête : la dissolution de la forme dans la lumière, les reflets dans l’eau. Pour l’artiste, le jardin est un lieu de contemplation, non de divertissement. La beauté de son domaine est à l’image de l’amour que le peintre porte à la nature et de l’énergie qu’elle lui procure. En 1889, le peintre voit sa cote décoller notamment sur le marché américain et peut acquérir le terrain du futur Jardin d’eau trois ans plus tard, de l’autre côté de la route actuelle. Il fait modifier la composition du sol pour y creuser un bassin et y cultiver des nymphéas.

Quand il s’absente de longs mois pour chercher l’inspiration, il n’oublie pas pour autant son Clos normand, jardin au pied de la maison et délivre par courrier des instructions d’arrosage, demande des nouvelles de ses massifs, évoque ses commandes de graines… Une fois la nature suffisamment épanouie à ses yeux, il dépose son chevalet dans le Jardin d’eau. Au début du XXe siècle, il ne quitte presque plus Giverny et y consacre l’essentiel de sa production. Dès l’aube, il passe de longues heures à peindre à l’ombre des érables et des saules, explorant la lumière, les reflets…

A la fin de sa vie, déjà lourdement handicapé par une double cataracte, il est endeuillé par le décès de son fils ainé en 1914 puis de sa seconde épouse trois ans plus tard. Il s’éteint le 5 décembre 1926 laissant un héritage considérable de dessins et pastels, de carnets de croquis de son jardin et plus de deux mille toiles. Sur le cercueil du peintre, un rideau fleuri remplace le traditionnel linceul sombre, Georges Clemenceau, son ami intime, ayant déclaré : « Pas de noir pour Monet, le noir n’est pas une couleur ! ». Il repose au cimetière de Giverny.

Aujourd’hui, comme un devoir de mémoire, les douze jardiniers permanents reconstituent grâce aux photos, tableaux et descriptions existantes les compositions imaginées par Monet. Le parc n’est pas figé : le choix des variétés reste assez libre. Les commandes passées sont vertigineuses : 40 000 bulbes rien que pour les tulipes. Au total, près de 250 000 fleurs sont plantées chaque année. Pour poursuivre l’originalité de la maison-musée, les murs rose délavé retrouveront le rouge brique initial cet hiver.

Depuis son ouverture au public en 1980, le domaine a vu défiler de nombreuses personnalités, du prince de Galles à Woody Allen en passant par Steven Spielberg, toutes sont charmées par la délicatesse et la poésie des lieux. L’an passé, plus de neuf cent mille visiteurs se sont plongés dans ce tableau aux multiples couleurs. Légué par le second fils de l’artiste à sa mort en 1966, le domaine appartient désormais à l’Académie des Beaux-arts.

La France marque le centenaire de la disparition de Claude Monet par une programmation culturelle d’exception. Plus de cinquante sites impressionnistes en Normandie et en Île-de-France ouvrent leurs portes pour célébrer cet héritage artistique mondialement connu.

 

Geneviève Forget

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