La Route du Rhum : destination Guadeloupe

Tous les quatre ans depuis 1978, cette course relie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, sur un parcours d’environ 3 542 miles nautiques. Elle rassemble des navigateurs professionnels ou amateurs, femmes et hommes, sur tout type de bateaux à voile, jusqu’aux bateaux de légende.

Son histoire débute après l’éruption de la Soufrière en 1976 : coup dur pour l’économie locale. Alors, les acteurs économiques se mobilisent avec la filière du rhum pour faire repartir le tourisme sur cette île blessée. En même temps, en France, certains navigateurs cherchent à concurrencer la Transat anglaise reliant Plymouth à New-York depuis 1960 (dont le règlement vient de limiter la taille des bateaux) et Bernard Haas, secrétaire général des « Rhumiers des Antilles » cherche une idée pour promouvoir le célèbre alcool de canne à sucre.

Au printemps 1975, avec Florent de Kersauson, frère du navigateur Olivier, ils ont l’idée de créer une course transatlantique entre la France et les Antilles. Un publicitaire parisien passionné de course au large, Michel Etevenon, rejoindra plus tard ce projet. Il leur faudra deux ans pour obtenir l’accord de l’administration.

Lors de la première édition, le 5 novembre 1978, ils sont trente-huit à s’élancer depuis la pointe du Grouin, à Cancale. Pour que les spectateurs puissent profiter du début de la course, les concurrents doivent passer devant le cap Fréhel et pour les mêmes raisons, ils doivent faire le tour de l’île de La Guadeloupe par le nord puis l’ouest avant de franchir la ligne d’arrivée devant Pointe-à-Pitre. Ce parcours est qualifié de « supplice antillais » par les marins qui craignent « la pétole gluante entre Bouillante et Basse-Terre » ce qui peut leur faire perdre le temps gagné dans les alizés. Une « galère » infligée aux navigateurs depuis la pointe nord, en l’absence de vent, au pied de la Soufrière qui culmine à 1467 mètres.

A l’arrivée, la surprise est créée par Mike Birch avec son petit trimaran jaune qui devance de quatre-vingt-dix-huit secondes le grand monocoque de Michel Malinovsky et établit en 23 j, 6 h, et 59 min le premier record. Mais un bateau disparaît en mer, Manureva, avec son skipper Alain Colas.

Depuis 1978, la Route du Rhum a connu des actions d’éclat, des drames et des exploits.

En 1982, ils sont cinquante-deux à prendre le départ et cette fois, tous les bateaux sont équipés de balises Argos qui permettent de les suivre. La victoire reviendra à Marc Pajot en 18 j, 1 h, 38min suivi par Bruno Peyron dix heures plus tard et Mike Birch.

Dix-huit minutes après le départ, a lieu le premier abandon, le prao Rosières de Guy Delage se replie sur lui-même et chavire. Dix-huit autres skippers vont aussi abandonner, et d’autres (Loïck Peyron, Eugène Riguidel, Florence Arthaud, …) vont, à la hauteur de la Martinique, s’attendre pour jouer la « course des éclopés ».

Lors de la troisième édition en 1986, ils sont trente-trois à tenter la traversée (28 multicoques et 5 monocoques seulement) et ils ne seront que quinze à l’arrivée, les conditions météo ayant malmené les participants dès la première heure de course. Les dépressions se succèdent. Le maxi catamaran de Loïck Caradec Royale chavire dans la tempête. Loïc Caradec disparaît en mer. Philippe Poupon terminera la course en tête en un peu plus de quatorze jours, aidé depuis la terre par un routeur, spécialiste météo, bientôt surnommé Le Sorcier. Bruno Peyron, second, arrivera deux jours plus tard.

1990 : trente-deux marins dont deux femmes sont au départ et la taille des bateaux est limitée à 18 mètres. Une femme, qui devient la « Petite fiancée de l’Atlantique », s’impose bien que blessée, privée de radio et de pilote automatique, Florence Arthaud à bord de Pierre 1e. (Son routeur à terre se nomme Louis Bodin). Victime d’une hémorragie, elle va durant deux jours, rester allongée et se soigner avec des antibiotiques. Quand elle apprend qu’elle est en tête, elle était à deux doigts de déclencher sa balise de détresse.

Laurent Bourgnon, quant à lui, va remporter les deux éditions suivantes 1994 avec seulement vingt-quatre participants et 1998 qui voit pour le vingtième anniversaire de la course, l’apparition des classements différenciés et la victoire d’une femme, Ellen Mac Arthur, en monocoque. Pour ce qui est des multicoques, dix-huit étaient au départ… et seulement trois à l’arrivée !

En 2002, la Route du Rhum est un enfer : cinquante-huit concurrents sont au départ, mais seulement vingt-huit finissent la course, trois sur dix-huit dans la classe des 60 pieds multicoques. La tempête prévue par la météo s’est transformée en ouragan ! Quatre ans plus tard, en 2006, Lionel Lemonchois pulvérise le record de l’épreuve de plus de quatre jours (7 j, 17 h, 19 min).

Franck Cammas sur un multicoques, Catégorie Ultime de 31,50 mètres Groupama3, remporte l’édition de 2010 sans battre le record établi. Quatre-vingt-onze voiliers sont sur la ligne de départ lors de l’édition de 2014 et le vainqueur est un marin qui attend depuis sa première participation en 1982 (soit trente-deux ans) une victoire dans cette course, Loïc Peyron qui remplace à la barre Le Cléac’h victime d’une mauvaise chute. Nouveau record de la traversée en 7 j, 15 h, 8 min et une femme, Anne Caseneuve, vainqueur dans la catégorie Class Rhum.

Pour ses quarante ans, en 2018 la Route du Rhum va vivre la réplique de 1978, un finish incroyable entre deux navigateurs. Francis Joyon devance dans la nuit François Gabart de 7 min établissant le nouveau record de la traversée (7 j, 14 h, 21 min). A noter que ce même bateau a remporté les éditions de 2010 et 2014.

Alors, en 2022, Charles Caudrelier traverse l’Atlantique à bord du Maxi Edmond de Rothschild équipé de foils, innovation apparue lors de la Coupe de l’America en 2013, et vole au-dessus de l’eau pour boucler la course en 6 j, 19 h, 47 min, pulvérisant ainsi le record et devançant cent trente-sept poursuivants !

En quarante-quatre ans, les bateaux ont changé de monde : du petit trimaran de Mike Birch aux géants volants, de 32 bateaux en 1978 à 138 en 2024 et le temps de parcours a été divisé par quatre !

La Route du Rhum 2026 donnera son départ le 1er novembre, depuis Saint-Malo, avec 118 inscrits dont Tanguy Caradec, le fils de Loïc disparu en mer lors de la troisième édition de l’épreuve.

A tous, « Bon vent et Belle mer ! ».

 

Bruno Gonin

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