Le langage de la foi chrétienne

Lorsque l’on assiste à des célébrations religieuses, on entend fréquemment des mots dont le sens profond nous échappe. Entre le français, les mots issus du grec ancien, le latin de l’antiquité, voire le latin médiéval ou l’hébreu liturgique d’il y a plus de deux mille ans, nous pouvons comprendre que l’on en arrive à perdre… son latin… ! Lorsque des prières ou des chants sont totalement exprimés en latin, même si l’on a la traduction, l’expression spontanée du cœur est difficile. Qui aujourd’hui est capable de parler, de comprendre et de prier dans ces langues que l’on ne comprend pas et que l’on prononce mal la plupart du temps ?

Depuis Vatican II, l’Eglise autorise les célébrations en langues vernaculaires, c’est-à-dire en la langue du lieu compréhensible par tous. On pourra nous faire remarquer qu’il peut y avoir des dérives liées à la traduction mais Dieu nous demande de prier avec notre cœur pas avec des mots que l’on ne comprend pas. (Voir la constitution dogmatique de l’Eglise « Lumen Gentium » article 36).

J’ai déjà entendu cette expression : « à la messe on a chanté le Kyrie en latin » ! C’est troublant car cette prière du « Seigneur prend pitié » est dite en grec ancien ! Si certains mots étrangers sont régulièrement utilisés, il est bon d’en connaître le sens profond afin d’être en communion de prière avec l’assemblée et le célébrant. Comprendre les mots étrangers communément intégrés dans le langage usuel d’aujourd’hui ne pose pas de problème comme lorsque nous parlons de « week-end », tout le monde comprend mais lorsque l’on évoque Dieu ou le Seigneur en latin avec toutes les déclinaisons possibles, on a du mal à s’y retrouver. Heureusement nos célébrations ne sont pas en araméen, langue maternelle du Christ !

Utiliser des mots issus de l’anglais aujourd’hui ne choque personne alors voyons quelques mots issus des langues anciennes dans notre liturgie afin d’en comprendre le sens profond. Le mot « Amen » est d’origine hébraïque. Il exprime une affirmation ferme et solide. On peut le traduire en français par « Ainsi soit-il ». Il clôture nos prières en signe de conviction venant de notre part. De même, le mot « Alléluia » issu de l’hébreu ancien veut dire « Louez Dieu ». Il exprime la joie des fidèles par cette acclamation. Nous le chantons pour acclamer l’évangile, la Parole de Dieu.

Chantons le mot « Hosanna » ! Il signifie « Daigne accorder le Salut » ! Le peuple de Jérusalem a acclamé Jésus peu avant sa passion avec des palmes, suprême honneur réservé habituellement aux rois. Et que dire de l’origine du mot « Chrétien » que nous sommes par notre baptême ? Il vient du mot Christ/Christos en grec et en hébreu « MASHIAH » qui signifie « Messie » en français. C’est celui qui a été frotté avec de l’huile, il a été oint. Dans la tradition hébraïque, les rois étaient oints avec de l’huile. Cette symbolique explique que l’Esprit de Dieu pénètre la personne et qu’à ce titre, les rois d’Israël étaient également appelés fils de Dieu. Jésus n’a pas été oint par de l’huile mais directement par l’Esprit de Dieu lors de son baptême dans le Jourdain. Aujourd’hui le nouveau baptisé reçoit l’onction d’huile ce qui fait de lui un fils de Dieu.

La rédemption remonte à une tradition hébraïque qui permettait à une personne de racheter la dette de celui qui était tombé en esclavage du fait de cette dette. Le Christ est le rédempteur de l’humanité par le don de sa vie donnée par Amour. Il nous libère du pêché et offre ainsi à toute personne le bénéfice de la vie Divine.

Nous venons de célébrer les fêtes de Pâques. Cette fête remonte à l’époque antique du temps où les hébreux étaient réduits en esclavage en Egypte. Moïse a sorti le peuple de l’emprise de pharaon en passant en sécurité la mer des roseaux. Cet évènement s’appelle « Pessah, le passage » qui se traduit par Pâque en français. C’est cet évènement libérateur qui est célébré aujourd’hui par le monde juif mais aussi par les chrétiens qui se remémorent ce passage et le don suprême de l’Amour du Christ pour l’humanité le jour de Pâques

Ne nous laissons pas enfermer dans des difficultés linguistiques mais que notre prière exprime ce que notre cœur a de plus intime pour une relation sans contrainte aucune avec notre Dieu. Les mots n’ont de valeur que s’ils représentent la foi qui nous anime.

Méditons les paroles du Christ à la Samaritaine au puits de Jacob : « il faut que les adorateurs du Père l’adorent en esprit et vérité » (Jn 4, 24) .

Yves Corvisy

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