Nationale 7, la route bleue, la mythique route des vacances et ses bouchons !
Vous avez forcément entendu au moins une fois cette phrase : « Bison futé voit noir en ce week-end de départ en vacances ». Bison futé est né en 1977 à la suite de ce que l’on a appelé le « bouchon du siècle ». Le samedi 2 août 1975, les routes de France sont complètement bouchées. Près de 60 000 voitures sont pare-chocs contre pare-chocs sur plus de 600 kilomètres, sous un soleil de plomb. Cependant, les bouchons existent depuis bien plus longtemps et les autoroutes, les 2×2 voies créées pour les éviter n’en sont pas vraiment venues à bout !
Un peu d’histoire : la Route Nationale 7 (RN 7) est une voie qui relie Paris à Marseille. Au temps des Romains, c’était la Via Agrippa et reliait Lyon (capitale des Gaules) à Marseille puis elle fut prolongée vers le nord en direction de Lutèce. En 1792, elle est l’une des routes royales et permet de relier Paris à Marseille en neuf jours de diligence. Napoléon, afin de moderniser les infrastructures de transport, demande la numérotation des routes et la route de Paris à Antibes devient la voie n°7 puis la N7. Son point de départ est le point zéro sur le parvis de la cathédrale de Paris ; elle traverse la forêt de Fontainebleau, se dirige vers Nevers, Moulins, Roanne et Lyon puis vers la Provence et se termine à Menton, aux Portes d’Italie. Avant de devenir la route des vacances, la RN7 fut d’abord une route commerciale qui permettait d’acheminer par camions vers Paris les primeurs toute l’année, les vins du midi l’été et les vins d’Algérie l’hiver.
Dans les années 50, au moment de la démocratisation des automobiles, les vacanciers du Nord partent pour rejoindre la Côte d’Azur et son soleil. C’est alors sur les routes, la naissance des bouchons ! Thierry Dubois, auteur de C’était la nationale 7, nous raconte ses premiers voyages sur cette route : « C’était dans les années 60 à bord de la DS familiale. On descendait sur la Côte d’Azur pour rejoindre notre lieu de vacances. Il faisait chaud. On était pressés d’arriver. On était trois enfants… tous malades bien sûr à un moment ou un autre du trajet ! Je me souviens que mes parents avaient un guide Michelin. On recherchait les restaurants une fourchette, bons et pas trop chers ».
La vie économique des villes et villages traversés a été bouleversée. Tout au long de la Nationale 7, les garages, les stations-essences, les restaurants, les hôtels ont fleuri dans ces années-là ainsi que les enseignes pour signaler leur présence, au rythme des pannes et de la consommation (il fallait faire le plein).
En 1951, on étudie la construction de l’autoroute Paris-Marseille ; les travaux débutent en 1955. Les premières portions sont livrées en 1960 et, en 1970, les villes de Paris et Marseille sont totalement reliées par autoroute. C’est alors une période difficile le long de la RN7, à la fin des années 90 et au début des années 2000 : tout ferme sur le tracé. Le joyeux brouhaha engendré par le trafic s’est transformé en silence assourdissant.
Alors, comme pour la Route 66, le patrimoine a pris le relais : de nombreux bâtiments, monuments ont fait l’objet de classements historiques et l’idée du tourisme lent, le slow tourisme fait son chemin ; le magazine Détours en France vous propose de la parcourir en 995 kilomètres répartis en cinq étapes : de Paris à Sancerre, de Sancerre à Roanne, de Roanne à Valence, de Valence à Avignon, d’Avignon à Menton en découvrant musées, églises, vignobles, restaurants … de même que Les Plus Beaux Détours de France qui propose de découvrir quelques sites le long de la Nationale 7 ou un blog tel que Rendezvousnationale7 avec vingt étapes au programme !
Parmi certaines manifestations autour de la RN7, notons que de nombreuses villes organisent tous les ans des reconstitutions de bouchons (Lapalisse, Tourves, Lavaur, Pougues-les-Eaux, le Pin Bouchain, Montélimar ou Lapalud …). Des véhicules d’époque (voitures, caravanes, camions, vélos, scooters, …) se rassemblent et reconstituent les embouteillages et l’ambiance d’antan en tenue d’époque.
Alors, en cette période où le carburant … ? pourquoi ne pas flâner et redécouvrir des lieux où l’histoire a laissé sa trace. Pendant ces prochaines vacances, appliquons-nous ce proverbe italien : « chi va piano, va sano ; chi va sano, va bene ; chi va bene, va lontano ».
Bruno Gonin

