Fleurissement des carrés de la perspective
Décor ? Laboratoire à ciel ouvert ? Mises en scène végétales ? Croisement entre science du vivant et art du jardin ?
Pour fêter en beauté ses quatre cents ans, le Jardin des Plantes se pare tout au long de l’année 2026. Sur la grande Perspective, deux grandes vagues de plantation vont se succéder mêlant tulipes, anémones et coquelicots.
Le fleurissement du printemps (mars-mai) s’inspire de la collection de vélins conservés au Muséum, ceux des artistes Pierre-Joseph Redouté, Ludwig Wirsing et Nicolas Robert particulièrement. Certaines de ces planches naturalistes (150) peintes à la main depuis le XVIIe siècle qui illustrent la richesse du monde végétal ont été montrées au public il y a dix ans, entre septembre 2016 et janvier 2017 au sein de l’exposition Précieux vélins, trois siècles d’illustration naturaliste.
Au XVIIe siècle, Gaston d’Orléans (frère de Louis XIII) entreprend de constituer une collection d’illustrations botaniques. Il fait alors appel à Nicolas Robert, considéré par ses contemporains comme le plus grand peintre naturaliste de son temps et le charge de représenter les végétaux avec la plus grande exactitude.
Progressivement le catalogue s’enrichit et la collection est assez remarquable pour attirer l’attention de Colbert puis de Louis XIV qui décident de la compléter. Il se diversifie aussi aux planches botaniques, aux représentations d’espèces animales ou de végétaux exotiques. On y retrouve des dessins d’Adam Ludwig Wirsing et de Pierre-Josep
h Redouté surnommé le « Raphaël des Fleurs » qui débuta auprès de Marie-Antoinette, exécuta ses plus beaux ouvrages pour Joséphine et acheva sa carrière au service de Marie- Amélie.
De 5 321 pièces en 1809 à plus de 6 000 en 1850, le début du XXe marque, cependant, la fin de ce projet. Aujourd’hui, ce fragile et inestimable trésor de 6 998 vélins naturalistes est conservé dans 107 portefeuilles de maroquin rouge, rangés à plat dans des armoires sécurisées, à la température et à l’hygrométrie soigneusement contrôlées.
Au Jardin des plantes, près de 25 000 bisannuelles et 23 000 bulbeuses ont ainsi été installées créant un parcours vivant d’une zone à l’autre, en une immense fresque végétale vivante en lien avec le travail de trois artistes naturalistes.
Le secteur Thouin décline le perroquet monstre rouge dessiné par Wirsing, le massif Redouté s’inspire des tulipes cultivées avec des nuances délicates de roses, jaunes, pourpres et gris, le secteur Descaisne rend hommage à Nicolas Robert avec l’Anemone variaea florae simplici, dans des tons violets, blancs, rouges et roses et le carré des rosiers marie anémones et tulipes. Les jardiniers, impliqués dans la réalisation de ce projet ont donné un nom à chacune de ces compositions : La caresse du pinceau, La fleur du mal, Renaissance harmonieuse et Expression.
À partir de mi-mai et jusqu’à mi-juin, toute la Perspective sera replantée selon un nouveau thème : la gastronomie des simples. Ce sera un hommage aux plantes qui sont utilisées depuis des siècles en cuisine, en phytothérapie et dans les pharmacopées traditionnelles. Près de 25 000 annuelles et vivaces seront mises en scène dans cette composition.
Les 23 et 24 mai se tiendra la fête de la nature et à partir du 23 septembre une exposition dans la Grande Galerie de l’Évolution : Artistes au Muséum. Avec près de 350 œuvres exposées, dessins, gravures, peintures, sculptures, photographies, …, l’exposition présentera le lien qui a uni pendant quatre siècles, naturalistes et artistes.
Et enfin, un week-end festif les 17 et 18 octobre, avec des animations autour du lien entre l’art et la science.
Bruno Gonin

