Levons les tabous sur le décès et le deuil
Le jeudi 16 avril, avait lieu au centre hospitalier des Mureaux une conférence-débat proposée par JALMALV et animée par Laurence Picque, psychothérapeute et présidente de l’association « Vivre son deuil » ; le thème en était : Levons les tabous sur le décès et le deuil ; j’avais à cette occasion pris quelques notes que je vous partage.
Constat
Jusqu’au milieu du XXe siècle, la mort faisait partie de la vie, elle se passait au domicile, on la regardait en face. Le deuil était visible, il y avait des tentures à la porte des habitations, on s’habillait en noir ou on portait sobrement un ruban de tissu noir sur la veste… Aujourd’hui on cache la mort et pourtant la mort fait partie de la vie de chacun de nous. En l’espace de dix ans, avec les extraordinaires progrès de la médecine et l’invention de la réanimation, on a cessé de mourir chez soi. Tout se passe à l’hôpital et nous vivons dans la croyance que la mort est aujourd’hui contrôlable : elle ne serait plus au bout du chemin, on pourrait la vaincre, ni plus ni moins. La démarche des soins palliatifs s’oppose à cet acharnement thérapeutique.
Notre société occidentale est bâtie sur le mythe de l’immortalité. Ainsi on ne dit plus : « il est mort, il est décédé », mais « il est parti ». Cette réalité universellement partagée est si difficile à mettre en mots et à regarder en face.
Être accueilli et écouté
Face à une personne éprouvée par un deuil, la personne qui accueille doit avoir de l’attention, de la délicatesse, une attitude spécifique, une écoute particulière et doit prendre du temps. Cet ensemble de savoir-faire et surtout de savoir-être repose sur une connaissance nécessaire de ce qu’est le deuil, son déroulement, ses étapes.
Récemment endeuillés, nous sommes très occupés et en général bien entourés les toutes premières semaines, mais il vient ensuite ce temps beaucoup plus difficile de la douleur profonde, de la solitude… et du long chemin des questions. Le chagrin, les larmes, les sentiments qui accompagnent la tristesse sont tout à fait normaux et même nécessaires. Ils permettent d’exprimer la douleur et de nous décharger de nos tensions…
La traversée du chagrin va prendre du temps
Quand nous perdons un être aimé, quelque chose à l’intérieur de nous se rompt. La mort d’un être cher est dévastatrice. C’est un véritable ouragan qui ébranle tous nos repères et toutes nos perspectives. Nous étions en chemin et voilà que, tout à coup, tout est remis en question. Nous nous trouvons dans un état de sidération, c’est-à-dire que nous sommes soudainement assommés sous l’effet de ce choc émotionnel. Nous sommes même affectés physiquement : nous nous sentons anesthésiés.
L’avenir ne peut plus avoir le même sens. Il n’est plus possible de s’y projeter de la même façon. Débute alors ce que l’on appelle le travail de deuil. C’est une période très particulière, et nécessaire, faite de déséquilibre et de travail intérieur. Car les données de la vie ne sont brutalement plus les mêmes et c’est bien ce que le cœur et l’esprit vont devoir peu à peu intégrer… Il peut arriver que nous ne sachions plus du tout où nous en sommes, ni même qui nous sommes vraiment.
Mais à qui parler ? Qui peut comprendre, qui peut savoir ce que nous vivons ? Et puis les autres vont peut-être penser que nous répétons toujours les mêmes choses, ou que, le temps passant, nous devrions déjà aller mieux ? En fait, ils ne savent que faire, que dire… C’est parce qu’il n’y a rien à faire, seulement être là, écouter, caresser un visage, prendre dans ses bras… Rappelons-nous aussi qu’il existe des associations, des groupes de parole, des psychologues spécialisés dans l’accompagnement.
Il est là pour toujours
Certes le mort n’est plus visible, mais ce que nous avons vécu ensemble de l’ordre de l’affection demeure pour toujours ; il est là, il est avec nous aux étapes de notre vie, aux fêtes de notre existence et il est bon et sain de l’évoquer lors de retrouvailles familiales par exemple….
Eric Le Scanff

