NATHALIE et DAPHNÉ, bibliothécaires à Juziers


Il existait à Juziers, au sein de la MPT, une bibliothèque associative fort appréciée mais d’un accès difficile. Depuis quelques années, un projet de bibliothèque municipale était dans l’air. Il s’est concrétisé en 2013 et sa mise en œuvre et sa gestion ont été confiées à Nathalie et Daphné que nous avons souhaité rencontrer pour qu’elles nous parlent de cette belle aventure.

Bonjour Nathalie et Daphné, merci de recevoir « les Echos ». Créer et gérer une nouvelle bibliothèque doit être un travail passionnant mais pas de tout repos ; pouvez- vous nous en parler et dans un premier temps vous présenter à nos lecteurs, nous dire quel a été votre parcours ?

Nathalie : après le Bac, j’entreprends plusieurs cursus d’études dont le dernier en sciences de l’information et de la documentation. Puis passe, avec succès, le concours de  la « fonction publique territoriale ». Je débute ma carrière en tant que responsable du service documentation-archives de la ville de Limay. Dix ans plus tard, j’ai envie de me recentrer sur l’écriture en général et le livre en particulier, mes domaines de prédilection. Je me forme donc au métier mais le contexte économique n’était pas vraiment favorable. Je crée alors un blog littéraire sur Internet qui m’a permis de me faire connaître des éditeurs, des auteurs et… des lecteurs ! En 2011, quand le recrutement pour la création de la bibliothèque de Juziers est lancé, je postule, même s’il s’agit d’un emploi à temps partiel. Avoir l’opportunité de créer une bibliothèque de toutes pièces, ça ne se refuse pas !

Daphné : depuis très longtemps je m’intéressais au livre, c’est pourquoi après le Bac, j’ai fait un « IUT des métiers du livre ». C’est une formation générale autour du livre (librairie-bibliothèque-édition) mais j’ai toujours voulu travailler en bibliothèque. Je voulais aussi un niveau Bac +3, j’ai donc fait une année supplémentaire d’études dans le cadre d’« Erasmus ». J’ai fait de nombreux stages pour acquérir de l’expérience et à la fin de ma licence en 2012, j’ai envoyé des candidatures spontanées. Il se trouve que Juziers avait alors besoin de recruter une personne supplémentaire avant l’ouverture au public pour seconder Nathalie et je suis embauchée ! Nous totalisons aujourd’hui à nous deux seulement cinquante heures de travail par semaine, ce qui n’est pas de tout repos pour tout ce qu’il y a à faire !

Parlez-nous de la bibliothèque Rose Bily

Sur la base d’une consultation publique lancée par la commune, le support « livre imprimé » a été privilégié par rapport au multimédia. C’est à partir de la bibliothèque de la MPT, une bibliothèque associative, que le travail a commencé ; de nombreux bénévoles enthousiastes aidant Nathalie dans les multiples tâches. En premier lieu, il fallait choisir les livres à garder ou supprimer « désherbage ». Ensuite, le fonds conservé a été complété grâce à un budget municipal confortable et des dons, la difficulté étant de trouver l’équilibre à la fois entre les publics : jeunesse/adultes, les collections : littérature / documentaires / bandes dessinées / mangas / albums… et les différents niveaux d’accès (du grand public aux lecteurs exigeants). Le pavillon Doucet, aujourd’hui Rose Bily, était encore en chantier. Il fallait se projeter, décider, organiser, acheter, coordonner, mettre en œuvre : le mobilier et l’agencement de la future bibliothèque, l’informatisation des livres et leur équipement, la présentation des collections, les documents de fonctionnement tels la charte d’acquisition, le règlement intérieur, les demandes de subventions…

L’ouverture de la bibliothèque s’est fait solennellement le 8 janvier 2013

           A cette date, les statistiques du logiciel de gestion faisaient apparaître 7 122 titres (3 942 adultes et 3 180 jeunes) dont 2 273 venaient de la MPT, 113 de dons, 3 641 sur nos fonds propres et 1 095 prêtés par la bibliothèque départementale des Yvelines. Aujourd’hui, nous en avons un peu plus de 9 000 ce qui est la jauge optimale pour la taille du bâtiment. Désormais, pour faire de la place aux nouvelles acquisitions, nous « désherbons », ce qui permet d’assurer un fonds reflétant au mieux l’actualité éditoriale, même si les « grands classiques » sont conservés !

Combien avez-vous de lecteurs inscrits ?

Nous avons près de sept cents adhérents, ce qui représente un peu moins de 18% de la population. C’est plutôt une bonne moyenne mais nous poursuivons nos efforts pour toucher le plus grand nombre.

Et maintenant comment fonctionnez-vous ?

Il nous faut maintenir un certain équilibre en réajustant constamment le fonds aux attentes réelles et non plus supposées de nos lecteurs. Notre budget « acquisition » a baissé car nous sommes passés du mode « constitution » au mode « renouvellement ». Mais nous avons un nouveau budget à gérer depuis l’ouverture : celui des animations ! Les pratiques se sont diversifiées aujourd’hui, donc la bibliothèque doit élargir son champ de propositions, sans hésiter à jeter des ponts entre les différentes expressions culturelles ou artistiques. Notre programmation marche au « coup de cœur », tout en suivant un fil rouge qui permet de rester cohérent. En 2016, ce sera autour des « petites bêtes » et de «  l’énigme », dont une pièce de théâtre adaptée d’Agatha Christie et, pourquoi pas, une murder party !

Les animations que nous proposons sont variées et s’adressent à tous les publics : heures du conte, cercles de lecture, ateliers d’écriture, d’enluminure, ateliers bande dessinées ou mangas, lectures musicales, rencontres d’auteurs, théâtre… Elles sont toujours gratuites mais ne rognent jamais sur la qualité !

Nathalie : j’ai rencontré beaucoup de gens du métier, organisateurs de spectacles, compagnies de théâtre, associations… Nous développons des partenariats avec les acteurs culturels importants du territoire et participons à certains festivals (Les Francos, Mosaïk, j’espère bientôt Blues sur Seine !). Nous travaillons également sur de nombreux projets communs avec d’autres bibliothèques, notamment celles de l’ancienne Communauté Seine-Vexin : Meulan, Les Mureaux, Vaux-sur-Seine, Bouafle…

Tout récemment, nous avons ouvert un espace avec une quarantaine de jeux mis à disposition. Une après-midi découverte pendant les vacances d’hiver est d’ailleurs prévue. Et si cette nouvelle offre rencontre son public, alors nous la développerons. Nous réfléchissons aussi à mettre un puzzle géant à disposition dont la réalisation serait collective.

Comment cela se passe-il avec ces jeunes et quelles activités autres que la lecture proposez-vous ?

Le public jeune est un important terreau à cultiver.

Daphné : je raconte des contes à un jeune, parfois très jeune public et pour cela je suis régulièrement des formations. J’accueille aussi tous les élèves de maternelle et du primaire. Avec les classes, que je reçois au moins une fois par an chacune, j’ai deux activités : se familiariser avec le classement ou la recherche documentaire, toujours de façon ludique. Mon rôle n’est pas de faire acquérir des compétences et de les évaluer, mais de susciter l’envie et la curiosité, de faire en sorte que le livre devienne un objet familier… Avec les jeunes qui viennent en dehors de l’école, cela se passe bien, je suis même étonnée, il n’y a ni comportements déplacés, ni vol, ni vandalisme dans notre bibliothèque.  

Qu’aimeriez-vous dire à nos lecteurs des Echos ? Votre message ?

La mission qui nous tient à cœur est bien sûr de promouvoir le livre et la lecture, de les rendre accessibles au plus grand nombre, de semer des petites graines chez les plus jeunes qui peut-être, fructifieront un jour. C’est pourquoi nous cherchons à privilégier la simplicité et la convivialité : il faut que nos lecteurs se sentent bien chez Rose Bily ! Quiconque passe la porte doit y trouver quelque chose qui lui parle, qui lui est familier ou qui puisse éveiller, voire satisfaire sa curiosité ! Rose Bily, c’est une petite structure souple et réactive qui nous permet d’agir en ce sens et de cultiver le « bien chez soi ». La luminosité du bâtiment et sa proximité sont déjà très appréciées. A nous de faire en sorte que les collections et les animations rencontrent du succès et que l’accueil reste chaleureux et à l’écoute !

 

Merci beaucoup Nathalie et Daphné pour ce temps accordé aux Echos de Meulan et pour tout ce que vous nous avez fait découvrir de la « vie de la bibliothèque Rose Bily » que vous animez avec enthousiasme et compétence. Souhaitons que cette interview vous amène de nouveaux lecteurs.

 

 (Propos recueillis par Ghislaine Denisot)

 

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