Jean OLIVIER-HUCLEUX

Jean OLIVIER-HUCLEUX, artiste-peintre mondialement connu,  est décédé le 17 mai 2012. Installé à Vaux-sur-Seine depuis une trentaine d’années, c’est dans son atelier, dominant la vallée, qu’il a réalisé une majorité de ses œuvres. Notre journal l’avait interviewé en avril 1997. Nous rediffusons dans la suite de cet article, le texte paru à l’époque dans notre rubrique « En parlant avec… ».

Ceux qui souhaitent mieux connaître ce grand artiste et ses œuvres peuvent utiliser les liens suivants :

http://hucleux.chez-alice.fr/index.htm

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2012/05/23/la-mort-du-peintre-jean-olivier-hucleux-figure-de-l-hyperrealisme_1706029_3382.html

Plusieurs documentaires vidéos ont été réalisés au cours des dernières années, dont celui de Virgile Novarina :

http://www.hucleux-lefilm.com/

Article publié en avril 1997 dans les Echos de Meulan, rubrique « En parlant avec …»

HUCLEUX,

artiste peintre résidant à Vaux-sur-Seine

« Ma feuille blanche est une chrysalide, j’expérimente un univers sans ombre…

« Coucher le silence sur le feu d’une feuille est une entreprise sans destinataire..

« Ce que je fais a des millions d’années… »

« Tel un arbre qui dédie à son ombre le chant des abeilles, je peins… « 

« Peindre, arrêt sur image… »

« Peindre, dire en silence… »

Voici comment Hucleux évoque en quelques phrases, parmi d’autres, sa philosophie. Jean-Olivier Hucleux, peintre de réputation mondiale, installé à Vaux depuis une vingtaine d’années, nous a fait l’amitié de nous recevoir dans le grand atelier qu’il a aménagé sur deux niveaux dans l’ancienne grange du château de Vaux-sur-Seine. C’est là qu’il a réalisé et qu’il réalise toujours des peintures qui, présentées dans différents salons et expositions lui valent une notoriété internationale.

 – Jean Hucleux, la peinture est-elle pour vous un   « violon d’Ingres » ou une occupation à temps plein ?

– Disons que c’est une passion… héréditaire, qui remonte à au moins deux générations : mon grand-père peignait…   ma   grand-mère   peignait…   J’ai   moi-même   peint dès l’âge de 17 ans, puis je me suis abstenu pendant 20 ans (de 20 à 40 ans environ) pour exercer divers métiers. En 1968, je me suis remis devant mon chevalet où je travaille des journées entières, généralement commencées vers trois ou quatre heures du matin !

Mon intention n’est pas de « flatter » l’oeil, de le séduire, mais j’essaie de comprendre ce qu’est la vie et de la « restituer » dans mes peintures, à plat (en deux dimensions) sans avoir recours à l’anecdote. C’est difficile à exprimer avec des mots, cela se conçoit et, j’espère, se voit. Il me semble que le peintre a un rôle d’alchimiste, il « aide à naître ». En 1972, j’ai envoyé à Kassel (en Allemagne) à l’exposition « Documenta 5 » – exposition internationale d’art contemporain organisée tous les quatre ans dans cette ville – une oeuvre intitulée « Cimetières », qui m’a rendu célèbre du jour au lendemain.

Je me suis attaché à l’art du portrait, peint ou dessiné, réalisé le plus souvent d’après photo.

D’après   photo   ?…   N’est-ce pas « concurrencer » un procédé mécanique de restitution de la réalité extérieure ?

– Certainement pas. Au moment de l’invention de la photographie, certains ont pronostiqué « la mort de la peinture » ; les peintres et les dessinateurs ont alors été obsédés par l’idée des rapports de ce nouveau procédé avec l’art de la peinture. Dès la fin du XIXè siècle, des peintres comme Ingres, Manet, Cézanne, Delacroix  ont compris qu’elle pouvait être une source iconographique précieuse. Plus près de nous, Picasso, Dali ont aussi exécuté des dessins d’après photos.

Pour ma part, je considère la photographie comme le plus sérieux défi qui ait été lancé à la peinture de la réalité et j’ai voulu relever ce défi d’une manière loyale, avec le moins d’artifice et sans tromperie sur le travail.

Le peintre a peu de moyens : une feuille blanche (que je compare à une chrysalide), un crayon, quelques couleurs…

Lorsque je réalise un portrait, je m’efforce de ne pas tricher, de ne pas mentir, de « creuser » la personnalité du personnage sous son aspect extérieur de l’instantané photographique. Le dessin est la probité du peintre. Maîtriser la chimie des apparences, réduire la part de l’ombre, géométriquement abraser l’image, lui rendre son murmure, sa mémoire, tel est mon souci.

 –   Sur quels supports et avec quels matériaux travaillez-vous ?

– J’utilise tous les supports : carton, toile, et même parfois formica. Quant à mes matériaux, ce sont les couleurs à l’huile ou à l’eau, et aussi la mine de plomb, avec laquelle j’exécute de nombreux portraits. Le travail à la mine de plomb est particulièrement délicat ; il demande beaucoup de minutie et de précision ; de plus il interdit toute retouche. Lorsque j’entreprends un portrait, j’y travaille sans relâche ; cela peut durer plusieurs mois.

 – Où exposez-vous ?

– J’ai participé à de nombreuses expositions dans le monde entier : Danemark, Allemagne, Italie, Finlande,   Grande-Bretagne, Japon, Etats-Unis, plus précisément au musée de Los Angeles où j’ai exposé avec Dubuffet et Bacon. En France, ma plus récente exposition était à Fécamp où un grand nombre de mes portraits étaient sur les cimaises du Palais Bénédictine de juin à septembre dernier. J’ai aussi exposé dans différentes villes de France, et, bien entendu, à Paris, dans plusieurs galeries et notamment à la Fondation Cartier et au Centre Georges Pompidou où mon portrait du peintre Mondrian est actuellement exposé dans les collections du musée.

Parmi les célébrités dont j’ai fait le portrait, on peut citer : Picasso, Cocteau, Andy Warhol, Bacon, et j’ai aussi réalisé plusieurs autoportraits.

Sur commande du ministère des Affaires Culturelles, j’ai fait un portrait du Président Pompidou, qui a pris place à l’Elysée, et un du Président Mitterand, qui doit y prendre place prochainement. C’est un autre de mes portraits du Président Mitterand qui a été choisi pour la couverture du dernier livre d’Alain Duhamel.

 –   Pratiquez-vous d’autres formes d’art ?

– Je fais aussi un peu de sculpture. J’ai exécuté un buste d’Aragon, en bronze, qui se trouve dans une des salles de la Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu.

– Mais nous voyons dans votre atelier une autre grande toile qui n’est pas un portrait et qui nous paraît plutôt abstraite. De quoi s’agit-il ?

– C’est un dessin de déprogrammation.

 – Qu’est-ce qu’un dessin de déprogrammation ?

–   Il y a déprogrammation lorsqu’on oublie tout ce que l’on sait, peut-être même tout ce que l’on est et que l’on devient totalement disponible. Dans cet état de réceptivité extrême, on peut atteindre aux principes des choses.

Ces dessins de déprogrammation montrent que nous sortons du chaos et qu’il y a un ordre qui se crée. Les nombres, par exemple, sont un aspect de cette organisation de la matière, et représentent des lois de construction de l’univers. La spirale est une autre loi d’organisation qui révèle, par exemple, comment se manifestent dans l’écoulement de la durée les aspects cyclique et linéaire. C’est pourquoi on retrouve nombres et spirales sur ces dessins.

Mais il y a bien d’autres choses.

L’atelier de Hucleux nous réservait d’autres surprises, comme par exemple ses cahiers de notes écrits pour être lus dans un miroir, pour ne pas parler de l’atmosphère très particulière qu’y créent le jeu de la lumière et la présence de l’artiste… une visite inoubliable.

Propos recueillis par Alice Montel et Daniel Pasquiet.

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